AIS
ie bien. Quant au mauvais esprit, il en était autrement. Pour celui-ci il fallait bien prendre unrde de l’irriter, de peur de «attirer sa ven- “eance; aussi ils travaillaient à l'apaiser et à se le rendre propice par tous les moyen possibles,
Quand le temps de la chasse arrivait, pa exemple, il fallait adoucir le mauvais mani tou de peur qu'il n’éloigna le gibier et le:
animaux sauvages. Pour obtenir ses faveurs les chasseurs s’imposaient de rudes pénitences Ils jeûnaient rigoureusement pendant plu:
sieurs jours; quelquefois ils allaient jusqu'à pratiquer des pénitences corporelles très dou: loureuses, comme se faire des incisions sur les bras et sur les jambes : tout cela pour apaiser le mauvais manitou.
Ce manitou avait son ministre dans la tribu, lequel était chargé de comiununiquer immédiat tement avec lui. On appelait ces hommes les jougleurs ou es farseurs de médecine. Pendant
les voyages que lusaicut Les sauvases en Can: t
sur les lacs, si le bon vent venait à manquer pour aller à la voile, alors un jongleur jetuit à l'eau un bout de tabac pour avoir un vent p'opice.
Un vieux métis français, qui avait été pendant longtemps guide dans les voyages, racontait le fait suivant,
‘ Quand nous traversions le grand lac # Winnipeg (qui a cent lieues de long) il!
“ arrivait souvent que nous étions obligés de
“ le passer à la rame, faute de vent pour aller
à la voile Un sauvage, qui pratiquait la
magie et qui était réputé très fort en ‘ diablerie, conduisait une berge au milieu “ des nôtres. Tout à coup, sans que nous sen ‘ tissions la moindre brise souffler, la voile “ du sauvage s'enflait et sa berge filait devant “ nous. [Il avait jeté dans le lac un bout de ‘: tabac à son manitou, et celui-ci lui donnait
‘“ du vent. Comment la chose se faisait-clle ?
Nous ne le comprenions pas, et cependant
nous constations ce fait de nos yeux. Evi-
“ demment cette brise n'était que pour lui, “ car nos voiles restaient coll‘es au mât.”
Un phénomène étrange opéré par les jon gleurs, c’est celui de pouvoir se délier instantanément après avoir été garrottés avec de grosses cordes. Le jongleur invitait quelqu'un, n'importe qui, à le lier solidement et à faire tous les tours et tous les nœuds qu'il voudrait pour assurer qu’il était bien solidement li.
On lui attachait d’abord les mains derrière le dos; ensuite on lui ficelait les jambes depui: les pieds jusqu'aux genoux, de manière qu'il ne pouvait remuer ni les jambes ni les bras.
Avec une autre corde on lui serrait les bras autour du corps, en sorte qu'il lui était littéralement impossible de faire usage de ses mains.
Ainsi garrotté. on le jetait dans sa loge préparée exprès aussi étroite que possible, Une fois enfermé ct laissé seul, le jongleur commençait à appeler son manitou. Celui-ci ne se
faisait pas attendre Ka présence se manifes
tait par un tremblement imprimé à la loge et par quelques étincelles de feu qu'on voyait briller au sommet. Tout à coup le jongleur débarrassé subitement de ses liens, les lançait achors; puis lui-même, ruisselant de suour, venait se montrer aux siens ébahis; ce qui étonnait le plus, c’est que pas un nœud n'était défait et que le jongleur était sorti de ses cordes sans les dénouer. Etait-ce un tour de passe-passe où un effet diabolique? Personn ne le savait. Ce succès obtenu par le jongleur lui donnait une influence illimitée dans Île “amp. Ceux-là, on les appelait des Jorts cn médecine.
11 se rencontraït de ces magiciens qui se vantaient de pouvoir jeter des maléfices et mème de faire mourir un homme à distance simplement par des incantations.
Un anglais, M. Hearn, qui passa nn hiver au fort York sur les bords de Ia baie d’udson, raconte le fait suivant dont il carantit la vé-
racité, en ayant été lui-même témoin.
LÉGENDES DU NORD-OUEST, 114 Un jour, un sauvage, campé auprès du fort.
vint lui demander de vouloir bien fui desstner, sur une écorce de bouleau, Le portait d'un indien qu'il lui désigna, et que M. Hearn connaissait Payant vu plusieurs fois au fort,
Ne sachant pas quel usage le sauvage vou.
lait faire de ce portrait M. Heurn se rendit facilement à la requête, et traça le plus fidè. lement possible le portrait demandé.
Quand il fut terminé, il Le remit au sanvagt qui aussitôt alla le porter à un Jjonglem cunpé avec lui aux portes du fort. Curieux di savoir ce qui allait 8e passer et ce qu'on allait fure du portrait, M. [en se rendit immé diatement au camp. Le jongleur, payé pom faire sa sorcellerie, plaça devant lui écorce di bouleau et se mit à appeler son manitonu poui maudire et frapper de mort l'individu dont il avait le portrait. Ensuite, armé d'un poinçon. il perça Ja figure deux où trois fois en pleine poitrine, tout eomime pour poirnarde:
quelqu'un. M. Hearn croyait peu à l'effet
que le jongleur attendait de son maléfice, mais quelle ne fut pas sa surprise quand il apprit quelques jours plus tard que le sauvage voué à la mort par le jongleur était tombé subitement, juste au moment ou s’opérait la magic dirigée contre lui. Etait-ce pure coïncidence ou bien le maléfice avait-il eu son eflet par l’intervention du démon ? Toujours est-il que le sauvage était mort.
À ceux qui ne veulent rien voir de surhumain dans ce fait, nous pouvons citer l’histoire de Balaam payé par le roi Balac pour maudire le peuple de Dieu. Le roi Balac était persuadé qu'en le maudissant il pourrait le détruire facilement, voilà pourquoi le Seigneur envoie un ange pour défendre à Balaam de le maudire. Tous les peuples paiens avant et depuis Jésus-Christ ont cru à la puissance des maléfices, et cette croyance est enracinée chez toutes les peuplades sauvages,
Les jongleurs ou faiscurs de médecine sont
appelés auprès des malades pour Les guérir par
e, la magie. Ils usent de remèdes naturels, tels il que racinages, écorces, feuillages dont ils font re avaler des décoctions, mais ils ont toujours bé soin de prononcer sur ces remèdes des mots mala giques qui doivent leur donner de l'efficacité. [n- Quelquefois les jongleurs pratiquent sur Île on malade une opération assez curieuse qu'on ur's appelle le soufflage. Cette opération consiste
| à souffler dans la bouche, les narines ou les hu- oreilles du patient ; ou bien le magicien prare tique de petites incisions dans la peau, y apdire plique sa bouche et souffle de toutes ses forces rade pour y introduire l'air. Il prétend que c’est uire la vie qu'il fait pénétrer par là. Si après cela vole le malade meurt, c’est toujours de sa faute mAau- bien entendu et non de celle du médecin. puis D'autre fois ces jongleurs s'amusent dans nalé- un eau» à mystifier les profanes par des tours chez de passe-passe. Ils avalent, par exemple, une règle de trois pieds de long, sans qu'on puisse
» sont découvrir par où ils la font disparaître ailleurs
ir par que dans leur bouche,
Le terme “jonglerie” chez les sauvages, n’a
amer ee ma ap à A
pas la même signification que chez les blanc<. Pour l’indien, faire la jonglerie, c’est se mettre en rapports immédiats avec les esprits, soit bons, soit méchants.
Le sauvage infidèle est persuadé qu’il a toujours auprès de lui un manitou familier qui l’accompagne partout; c’est à lui qu’il s’adresse quand il veut obtenir une faveur extraordinaire, comme la guérison d’une maladie, ou encore, pour retrouver un objet perdu. |
Il y a des jongleries qui se font avec beau-
coup de solennité, pour de grandes circons-
tances, et alors, toute une tribu y prend part.
Les jongleurs, jeunes et vieux, se rendent de
très loin à ces assemblées, qui ont lieu ordi-
nairement au commencement de l’automne.
En l’année 1866, lorsque j'arrivai à la Rivière-
Rouge, je fus témoin d’une grande jonglerie
donnée par les Sauteux, justement sur l’em-
placement de la ville de Winnipeg. Les sau-
vages, venus du lac des Bois et du bas de la
LÉGENDES DU NORD-OUEST. 115 rivière Rouge, avaient planté leurs loges à peu près où se trouve aujourd’hui la gare dv Northern Pacific ; on y comptait une soix.
antaine de loges. De l'évêché de St-Boniface où j'étais, il m'était facile d'examiner c« camp avec une lunette; d’ailleurs la distance n’était que d’une douzaine d'arpents. Comme je n’avais Jamais vu de sauvages, je ne man quai pas cette occasion de suivre les prépari tifs de leur incantation.
Les familles indiennes arrivaient les une:
après les autres, et il s'écoula bien une quin zaine de jours avant que le camp des invités fât au grand complet. Pendant ce temps-là, tous les jours étaient employés à chanter et à danser, mais c'était le soir, à la nuit tombante, que le concert éclatait avec son brio. Ceux qui n’ont jamais assisté À un concert sauvage nie peuvent guère se faire une idée de leur chant. Malgré que je fusse bien exercé à copier un air sur simple audition, 1l me fallut cinq
ou six jours pour saisir une espèce de
Ed AO ol mul dé ADR VE LOL ARE AE re D 22 ARS DRE BTE LR L LULU ANNE A/R à MNT 6 CLL,2 NP CAT 2 ce