XIV. — LÉGENDES DE LA PURIFICATION
Sed quid effaris , Simeon?
Quid audis , ô puerpera ?
Dirinis in rnvsteriis Sicne nmtantur omnia?
{O/Jic. Congreg. D. Jesu.)
Quarante jours après la naissance de Jésus, que Joseph sans doute avait fait enregistrer, ainsi que sa mère , selon Tédit , Marie et Joseph se rendirent à Jérusalem. La loi de Moïse ordonnait à toute femme qui devenait mère d'un fils de se purifier le quarantième jour. De plus, tout enfant mâle premier-né appartenait au Seigneur, et ses parents devaient le racheter.
(i) L'Epiphanie s'appelle chez les Grecs Théophanie, manifestation de Dieu.
On payait pour un garçon cinq sicles, qui» peuvent représenter dix francs de notre monnaie.
Si les grâces dont la Mère du divin Sauveur était comblée rélevaient au-dessus de la loi, selon la remarque de saint Augustin, son humilité la soumettait à la loi.
Marie et Joseph entrèrent dans le Temple, portant l'Enfant, avec les deux tourterelles pour le sacrifice.
On suppose que déjà ils avaient distribué en aumônes les présents des Mages (I) et qu'ils n'avaient plus de quoi acheter l'agneau , qui était l'offrande des riches.
Joseph et Marie furent reçus par un saint vieillard, qui était, dit-on, grand prêtre , quoique l'Évangile ne lui donne que les qualités d'homme juste et craignant Dieu. C'était Siméon. Il vivait dans l'attente du Rédempteur d'Israël, dont il savait que le temps était venu. Il méditait sans cesse les saintes prophéties, et Nicéphore Calixte rapporte qu'en lisant Isaïe il fut subitement, un jour, frappé de ce passage : « Voici qu'une vierge concevra et enfantera un fils, m
Croyant trouver là une faute de copiste, il effaça le mot vierge et le remplaça par le mot femme. Le lendemain, reprenant son livre, il y vit sa correction disparue. Il la fît de nouveau, et il eut le jour suivant la même surprise. S'étant obstiné à rétablir encore son mot, il fut consterné de voir reparaître le
(1) Le savant père Maldonat et d'autres commentateurs croient que Marie et Joseph consacrèrent au Seigneur, dans cette cérémonie, les présents des Mages. S. Bonaventure dit qu'ils les avaient distribués en aumônes. ■ #
mot vierge, écrit cette fois en lettres d'or (I). Il tomba prosterné, suppliant la bonté de Dieu de lui faire comprendre ce mystère.
C'est alors que le Saint-Esprit était descendu en lui, et qu'une révélation divine lui avait promis qu'il ne mourrait point qu'auparavant il n'eût vu le Christ du Seigneur.
Dès que l'Enfant parut devant lui, il le prit dans ses bras avec transport, et bénissant Dieu, il s'écria :
k Maintenant, Seigneur, votre serviteur peut mourir en paix, selon votre promesse, puisque mes yeux orït contemplé le Sauveur qui vient de vous , et que vous envoyez pour éclairer toutes les nations , pour être la lumière du monde et la gloire d'Israël , votre peuple ! »
Marie et Joseph étaient dans l'admiration de ces paroles.
Siméon les bénit (2); puis, après un moment de silence , il dit à Marie :
(1) La yie de saint François d'Assise nous offre une autre légende de la virginité perpétuelle de Marie. Le bon frère Égide , si dévoué à la sainte Vierge, voyant un jour un religieux de son ordre embarrassé devant ce mystère , lui dit : « Mon frère , Marie est vierge ; vierge avant l'enfantement, vierge pendant l'enfantement, vierge après l'enfantement. A chacune de ces trois affirmations, il avait frappé la terre de son bâton, et la terre avait aussitôt produit trois beaux lis parfaitement égaux.
(2) Il bénit Marie en ce que Dieu s'était servi d'elle , préférablement a toutes les femmes , pour lever la malédiction encourue par le genre humain; il bénit Joseph en ce que le Seigneur l'avait prédestiné pour être le chef de la sainte famille , le soutien et la consolation de la Vierge mère , le père nourricier de son Fils , et son digne coopérateur dans l'exécution de ses desseins miséricordieux sur la terre. — L'Évangile remarque à cette occasion que les parents de Jésus étaient dans l'admiration des choses qu'on disait de lui et de tout ce qu'ils en apprenaient
« Cet Enfant est venu pour la ruine comme pour la résurrection de plusieurs en Israël. Il sera en butte aux contradictions des hommes. Et vous-même , — quand les pensées secrètes de plusieurs se seront dévoilées , — votre âme sera traversée d'un glaive (1 ). .
Alors c'est une pieuse croyance que toutes les ignominies et toutes les douleurs de la Passion apparurent en quelque sorte à Marie. Soumise et dévouée à la volonté de Dieu, elle baissa la tête, acceptant les angoisses avec résignation , comme elle avait accepté les faveurs avec humilité.
En ce moment survint encore une prophétesse nommée Anne. Elle était fille de Phanuel, de la tribu d'Aser, veuve de son mari, avec lequel elle n'avait vécu que sept ans, depuis qu'elle l'avait épousé étant vierge. Elle avait alors quatre-vingt-quatre ans. Elle demeurait dans le Temple, servant Dieu nuit et jour dans le jeûne et dans la prière. A la vue du divin Enfant, « elle se mit aussi à louer hautement le Seigneur et à parler de Jésus à tous ceux qui attendaient la rédemption (2). »
« Non-seulement, dit ici saint Ambroise, les Anges, les prophètes et les bergers publient la naissance du Sauveur, mais les justes et les anciens d'Israël font
de nouYeau par le ministère de ceux que Dieu remplissait de son esprit pour publier ses merveilles; car il faut observer que, quoique l'Ange eût découvert si parfaitement à Josepb et à sa sainte épouse le miracle de l'incarnation du Verbe éternel, il ne leur avait cependant pas dévoilé à la fois toutes les suites de ce grand mystère. (Vie de saint Joseph, par un ancien curé.)
(1) Saint Luc, cbap. n, y. 25-35.
(2) Saint Luc, chap. n, t. 36-38.
éclater cette vérité. Hommes et femmes, jeunes et vieux , célèbrent une croyance que tant de miracles confirment. Une vierge devient mère ; une femme stérile (1) enfante ; un muet parle (2); Elisabeth prophétise; le Mage adore; un enfant enfermé dans le sein de sa mère (3) fait sentir sa joie ; une veuve (4) confesse cet événement merveilleux, et le juste l'attend (5). »
Saint Thomas de Villeneuve s'arrête ici à considérer le saint vieillard Siméon, qui, au moment de prononcer la sentence qu'attendait la pauvre Mère, se trouble, se tait, puis se tourne vers Marie, surprise de ce trouble soudain du vieillard, au milieu de la consolation que les Gieux lui donnent : « 0 fille des rois, dit-il , je voudrais vous épargner les paroles que vous devez entendre (6) : Cet Enfant, qui vous rend si heureuse aujourd'hui, deviendra pour vous le sujet de la plus cuisante douleur que jamais créature ait éprouvée. Il sera poursuivi, abreuvé d'opprobres, et vos yeux le verront expirer dans les supplices. Beaucoup viendront qui rendront gloire à son nom au prix de leur sang même. Mais, tandis que ceux-là souffriront dans leur corps , vous aurez à souffrir dans votre cœur (7). »
Ces choses se passaient dans le parvis du Temple.
(1) Élisabeth.
(2) Zacharie.
(3) Saint Jean-Baptiste.
(4) Anne.
(5) Siméon.
(6) Virgo regia ! nollem tibi talia nuntiare ; sed audi.
(7) Saint Alphonse de Liguori, discours sur la Purification de Marie.
Les saints Évangiles ne nous disent pas si les prêtres auxquels Marie offrit le sacrifice de la purification, ni ceux à qui fut présenté Jésus , eurent la grâce de reconnaître en lui le Sauveur du monde. Mais une tradition, admise par saint Basile, saint Grégoire de Nysse et plusieurs autres Pères des premiers siècles, autoriserait à croire que Zacharie était présent. Suivant cette tradition, Marie s'étant placée dans le Temple du côté des vierges, les prêtres voulurent l'en éloigner. Zacharie, ajoute-t-on, s'y opposa, soutenant qu'elle était toujours vierge; sur quoi, dit-on encore, les prêtres le tuèrent. Nous rapporterons un peu plus loin une autre version sur la mort de ce patriarche.
« Marie et Joseph , ayant accompli ce qui était ordonné par la loi (1), s'en retournèrent à Nazareth (2). »
C'est alors que les peintres placent souvent, dans leurs tableaux de la sainte Famille, le petit saint Jean visitant l'enfant Jésus sur le sein de sa mère.
Ils ont peint aussi le sommeil du divin Enfant, que le futur précurseur voudrait bien troubler, mais qui s'arrête sur un signe de Marie.
(1) La fête de la Purification de la sainte Vierge et de la Présentation de Notre-Seigneur se célèbre dans l'Église le 2 février.
(2) Saint Luc, chap. h, f. 39.
HÉRODE L'ASC ALOîsTIE .