‹ Lègendes du Nouveau TestamentChapitre 14 sur 106 · DE LA FUITE EN EGYPTE · texte numérisé non relu

DE LA FUITE EN EGYPTE

Les Evangélistes n'ont rien laissé touchant les circonstances de ce voyage d'exil vers une terre étrangère (1).

« On était encore dans -la froide saison,, dit saint Bonaventure (c'était au commencement de février). Dans sa terreur, la sainte Famille dut traverser la Palestine, en suivant les chemins les plus déserts et les plus rudes. Où se sera-t-elle logée pendant les nuits ? En quel lieu aura-t-elle osé prendre du repos ? Où aura-t-elle rencontré le frugal repas qui devait soutenir ses forces ?. .. »

Ce sont encore là des mystères sur lesquels les traditions mêmes sont peu nombreuses. Le pays était infesté de bandes armées. Des périls de toutes sortes entouraient les fugitifs. De pieux auteurs racontent que, comme la sainte Famille, après une marche pénible, traversait un dangereux passage de la Syrie, un détachement d'Arabes errants lui barra le chemin ; mais leur chef, ému de la détresse de Marie, de l'aspect vénérable de Joseph et des grâces de l'Enfant Jésus, leur donna, loin de leur nuire, l'hospitalité dans son repaire, qui était un petit fort au sommet d'un rocher. On montre encore aujourd'hui aux pèlerins de la Terre sainte les ruines de cette retrai-te. A ce monument, qui n'est peut-être pas sans authenticité, les légendaires ajoutent une autre tradition, conservée par les vieux souvenirs ; c'est que ce bandit

(l) La plupart des vieux écrivains disent que Marie et Joseph s'enfuyaient à pied. Muzzarelli , dont l'autorité est si grave , croit avoir découvert que la sainte Vierge, comme le disent les Évangiles apocryphes, était portée par un âne.

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fut le même qui plus tard se convertit sur la croix, à côté de Notre-Seigneur, et qui est désigné dans les récits de la Passion douloureuse sous le nom du bon larron. Saint Anselme admet ce fait (1).

« Il arriva (2) que le troisième jour de leur fuite Marie, fatiguée du soleil, fut prise d'une soif ardente. Voyant un arbre qui s'élevait dansledésert, elle dit à Joseph : « x4.11ons un peu nous reposer à son ombre. » Joseph, pressant le pas, s'avança vers le palmier et descendit Marie à terre. Lorsqu'elle se fut assise, et qu'ayant levé les yeux elle remarqua les fruits dont la chevelure du palmier était pleine, elle dit à Joseph : « Je voudrais bien, s'il était possible, manger de ces fruits. — Je m'étonne, lui répondit Joseph, que vous formiez un pareil vœu, à la vue d'un arbre si élevé. Ce qui m'occupe, moi, c'est l'eau qui commence à manquer dans nos outres, et que nous ne savons comment nous procurer. »

» Alors l'Enfant Jésus tourna vers sa mère un visage riant, et dit au palmier : « Palmier du désert, abaisse tes rameaux , et de tes fruits rafraîchis la bouche de ma mère ! » Aussitôt le palmier inclina sa

(1) Les Évangiles apocryphes donnent plus de détails : « Ces voleurs avaient pour chefs Titus et Duniachus , deux brigands célèbres dans le pays. Titus voulait qu'on laissât passer la sainte Famille sans lui faire de mal et sans la dépouiller; mais son collègue s'y opposait. Pour décider ce chef avide , Titus détacha sa ceinture et lui donna trente drachmes qu'elle contenait. A la vue du dévouement de ce bon voleur, Marie s'écria : Le Seigneur vous remettra vos fautes et vous recevra à sa droite. Jésus ajouta : Dans trente ans, ils seront l'un à ma droite et l'autre à ma gauche ; mais Titus seul me précédera dans le ciel. »

(2) Protévangile de saint Jacques, chap. xx.

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