‹ Lègendes du Nouveau TestamentChapitre 2 sur 106 · I. — LÉGENDE DE SAINTE ANNE · texte numérisé non relu

I. — LÉGENDE DE SAINTE ANNE

Benedicti sint sancti Joachim et Anna , ex quibus benedicta virgo Maria sine originali labe concepta et nata est.

(Offic. de SS. Joachim et Aima.)

Il y avait à Bethléem une jeune fille de la tribu de Lévi, qui s'appelait Anne. Elle était la plus douce et la plus charmante des filles d'Israël. Vincent de Beauvais, dans son Miroir historial, nomme son père Stolan et sa mère Emérentiane. Elle épousa Joachim, de Nazareth, qui était de la lignée de David. Ainsi la race royale et la race sacerdotale s'unissaient dans ce mariage, qui devait être si magnifiquement béni. «

Mais Dieu éprouve ceux qu'il veut glorifier.

Joachim était pasteur de troupeaux; il servait Dieu dans la simplicité et la droiture de son cœur. Dès avant son union avec Anne, il avait mérité les regards favorables du Seigneur. Il faisait trois parts de ses biens, distribuant la première aux pauvres, aux orphelins , aux veuves , la seconde au temple et aux personnages consacrés qui s'occupaient du service de Dieu ; il ne se réservait que la troisième pour lui , sa maison et ses serviteurs.

Il continua ce genre de vie avec Anne ; et Dieu multiplia leurs troupeaux à ce point qu'il n'y en avait aucun qui pût leur être comparé clans tout le pays.

Mais pendant vingt ans, quoiqu'ils allassent chaque

année au temple et qu'ils y fissent de doubles offrandes pour obtenir la fécondité, car c'était la gloire des femmes d'Israël, Anne demeurait stérile.

Et, après tant d'angoisses, comme ils montaient au temple , le jour de la fête des Encénies ou des Tabernacles, et que Joachim s'avançait pour offrir un agneau, le prêtre, que les uns nomment Ruben et les autres Issachar, les repoussa en leur disant :

— Pourquoi vous mêlez-vous à ceux qui offrent des sacrifices au Seigneur, vous dont il n'a pas béni le mariage, vous à qui il n'a pas donné d'enfants (1)?

Humilié ainsi en présence du peuple , Joachim , tout en pleurs, sortit du temple, et, ne voulant pas rentrer dans sa maison , il s'en alla à ses troupeaux, qu'il emmena dans les montagnes; il y resta, cinq mois dans la pénitence et le deuil, ne donnant plus de ses nouvelles à son épouse désolée.

Anne, rentrée seule dans sa maison, se retira en silence pour pleurer devant le Seigneur.

Elle répétait tous les jours, prosternée devant Dieu, ses humbles supplications :

— Seigneur tout-puissant, disait-elle, Dieu d'Israël, miséricordieux et bon, pourquoi ne m'avez-vous pas accordé un enfant ? Pourquoi avez-vous éloigné de moi mon époux? Depuis cinq mois je ne le vois plus; et s'il est mort, je ne sais comment lui donner la sépulture. Ayez pitié de moi, mon Dieu.

Cependant une autre grande fête se préparait.

(l) Cette scène et toutes celles qui vont suivre de la vie légendaire d'Anne et de Joachim ont été popularisées partout dans les vitraux de nos églises.

Comme Anne pleurait à la fois sa stérilité et son veuvage, Judith, sa servante, vint à elle et lui dit:

— Jusqu'à quand vous abandonnerez -vous à l'affliction ? Yoiei le jour de la grande fête ; prenez donc ce manteau et ornez votre tête.

— Je n'en veux rien faire, répondit Anne ; éloignetoi ; Dieu m'a grandement humiliée.

— Que vous dirai-je, répliqua la servante, si vous n'écoutez pas mon conseil ? Dieu a sans doute ses raisons pour ne pas vous donner un enfant

Tout à coup Anne quitta ses vêtements de deuil ; elle orna sa tête , reprit ses habits de noces , et descendit dans son jardin pour s'y promener.

Elle s'assit sous un laurier et fit à Dieu cette prière : « Dieu de mes pères, daignez m' écouter, et bénissezmoi, comme vous avez béni Sara, en lui donnant un fils. »

Alors, levant. les yeux, elle vit sur le laurier un nid cle passereaux. Elle se prit à pleurer ;

— Hélas ! dit-elle, à qui me puis-je comparer, moi que l'on méprise, que l'on repousse, que l'on rejette du temple saint? Les oiseaux du ciel peuvent paraître devant vous, ô mon Dieu, et moi je ne le puis. Les animaux qui peuplent la terre sont féconds devant vous, Seigneur, et moi je suis stérile ; les fleuves et la mer sont remplis de poissons qui célèbrent vos louanges-, les plaines et les prairies portent leurs fruits en leur temps et leur fertilité vous bénit, ô mon Dieu !

Gomme elle achevait ces gémissements, l'Ange du Seigneur, descendant des cieux, parut devant elle :

— Anne, lui dit-il, Dieu a entendu votre prière. Vous concevrez et vous enfanterez ; et le fruit qui naîtra de vous sera illustre dans le monde entier.

Anne, comblée de joie à ces paroles, s'écria :

— Vive le Seigneur mon Dieu ! Que le fruit qui naîtra de moi soit un garçon ou une fille , je l'offrirai au Seigneur ; et il lui sera consacré dans son temple ('!).

En même temps qu'Anne était ainsi consolée, une faveur semblable était accordée à Joachim, dans son désert. Un Ange du ciel descendit auprès de lui et lui dit :

— Pourquoi ne retournes-tu pas auprès de ton épouse ? Tu l'as abandonnée dans une grande tristesse. Sache qu'elle concevra une fille, qui entrera dans le temple de Dieu; l'Esprit -Saint reposera en elle; elle sera bénie entre toutes les femmes, et les siècles n'en verront jamais une autre qu'on lui puisse comparer; elle sera la mère de l'éternelle bénédiction. Retourne donc auprès d'Anne, dont la prière est exaucée, et rendez grâces tous deux au Dieu toutpuissant.

— Seigneur, dit Joachim (ï) en se prosternant, si j'ai mérité votre bienveillance , reposez-vous un peu sous ma tente et bénissez-moi , moi qui suis votre serviteur.

— Tu n'es pas mon serviteur, répondit l'Ange.

(1) ProtéYangile de saint Jacques.

(2) D'après les rabbins , saint Hilaire et beaucoup d'autres anciens, il paraît que le père de Marie eut deux noms, Héli et; Joachim. (Christophe de Castro , cité par M. l'abbé "Orsini , dans son Histoire de la Mère de Dieu.)

Page 1