LE BAPTÊME
en donne un à son frère qui est nu; que celui qui a de quoi manger le partage avec celui qui a faim.
Mais il disait aux Pharisiens, qui venaient aussi à lui , entraînés par la foule : — Race de vipères , qui donc vous a appelés à fuir devant la colère qui vous menace? Faites de dignes fruits de pénitence, et ne dites pas dans votre cœur : Nous avons Abraham pour père. Car je vous déclare que Dieu, de ces pierres mêmes, peut faire naître des enfants d'Abraham. La cognée est déjà au pied de l'arbre , et tout arbre qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu.
Beaucoup de disciples s'étaient attachés à lui, lorsque vint le moment où Jésus voulut se manifester et paraître aux yeux d'Israël. Jésus dit à Marie, sa mère : — Le temps est venu de -vous quitter pour glorifier mon Père céleste et le faire connaître au monde. Je dois donc paraître en Israël et travailler au salut des âmes ; car telle est ma mission sur la terre. Ne vous troublez donc pas, ma mère chérie; je reviendrai bientôt auprès de vous (1).
Et avec les bénédictions et les embrassernents de sa douce mère, qu'il laissait seule à Nazareth, il s'en alla aux rives du Jourdain, où Jean-Baptiste l'annonçait (2). « Pour moi , disait-il , je vous baptise dans
(1) S. Bonaventure, Méditât., chap. xvi.
(2) Les Évangiles apocryphes ont généralement respecté les circonstances du baptême de Notre-Seigneur. Mais on lit dans les fragments qui nous restent de l'Évangile des Nazaréens (condamné) que « la mère du Seigneur et ses frères lui disant : Jean-Baptiste baptise pour la rémission des péchés ; allons et soyons baptisés par lui ; il leur répondit : En quoi ai-je péché pour aller me faire baptiser? » Les Ébionites avaient un Évangile des Hébreux, perdu aussi et condamné dans les fragments rares qui en sont cités par les Pères. Comme le nom du Saint-Esprit est
DE NOTRE -SEIGNEUR. 14a
l'eau, afin de vous porter à la pénitence. Mais il y en a un autre au milieu de vous; il est bien au-dessus de moi, et je ne suis pas digne de dénouer les cordons de ses souliers. Il était avant moi; et je suis venu baptiser, afin qu'il soit connu dans Israël (1). »
« C'est au milieu de la foule des peuples que Jésus vint au baptême de Jean. Il y vint, dit saint Bernard, comme un homme pécheur, lui qui seul était sans péché parmi les hommes. Qui reconnaîtrait en lui le Fils de Dieu ? Qui croirait que c'est là le Dieu de toute majesté? C'est trop d'humilité, Seigneur! Mais le voile impénétrable qui vous couvre ne vous dérobera pas au regard de Jean (2). »
C'est ce qui eut lieu. Jean , qui n'avait jamais vu Jésus , le distingua dans la foule et s'écria : — Yoici l'Agneau de Dieu ; voici celui qui ôte le péché du monde. Mais ce jour-là il ne fut pas compris.
Lorsque Jésus demanda le baptême de Jean , le saint précurseur s'en défendit en disant : C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par vous, et vous venez à moi ! Jésus lui répondit : Faites maintenant ce que je vous demande , parce qu'il convient que nous accomplissions toute justice.
Jean baptisa donc le Seigneur; et lorsqu'il sortit de l'eau, les cieux s'ouvrirent , et Jean vit le Saint- Esprit descendre sous la forme d'une colombe et se
en hébreu du genre féminin, les Ébionites faisaient du Saint-Esprit une femme divine , et ils faisaient dire à Notre-Seigneur : « Ma mère le Saint-Esprit m'a pris par un de mes cheveux et m'a emporté sur le Thabor.... »
(1) S. Jean, ch. r.
(2) S. Bernard, Serm. I, sur l'Épiphanie.
reposer sur Jésus. En même temps , une voix se fit entendre des cieux : « Celui-ci est mon fils bien-aimé ; en lui je me complais (1). »
Selon la croyance de l'Église, le baptême de Notre- Seigneur eut lieu le même jour que , trente ans auparavant , l'adoration des Mages. L'Église fête ces deux événements le 6 janvier; elle y joint le miracle de Cana, qui fut une troisième manifestation.
Notre -Seigneur institua ensuite un baptême , qui est le premier de nos sacrements , qui efface la trace du péché originel, et qui imprime en ceux à qui on le confère un caractère par lequel ils deviennent membres du corps de l'Église. La sainte Vierge ne le reçut des mains de son Fils que dans ce dernier but; elle n'avait jamais subi la moindre atteinte du péché originel. Saint Pierre, ayant reçu aussi le baptême des mains de Notre-Seigneur, le donna aux autres Apôtres, avec le pouvoir de remplir, eux et leurs successeurs, le même office.