‹ Lègendes du Nouveau TestamentChapitre 25 sur 106 · LA TRIPLE TENTATION DANS LE DÉSERT · texte numérisé non relu

LA TRIPLE TENTATION DANS LE DÉSERT

Mon fils, si tous voulez servir Dieu, préparez votre âme à la tentation.

{Ecclésiastique, ch. u.)

Après son baptême, Jésus se retira dans le désert, où il jeûna quarante jours et quarante nuits. Alors il eut faim ; et Satan , qui ne savait pas ce qu'était ce

(l) S. Matthieu, ch. m; S. Jean, ch. i.

juste, mais qui s'en inquiétait, s'approcha et lui dit : — Si vous êtes le Fils de Dieu , commandez que ces pierres deviennent des pains, Jésus lui répondit : L'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.

Le diable, enhardi par cette mansuétude, transporta Jésus à Jérusalem , et le déposant au sommet du Temple , il lui dit : Si vous êtes le Fils de Dieu , jetez-vous en bas; car il est écrit qu'il vous a recommandé à ses Anges, qui vous porteront de leurs mains, de peur que vous ne vous heurtiez contre quelque pierre. Jésus lui répondit : Il est écrit aussi : Vous ne tenterez pas le Seigneur votre Dieu.

Le diable, rassuré contre l'effroi où il était de trouver dans le juste le Fils de Dieu , le prit une troisième fois, et, l'emportant sur une haute montagne , où, par une fantasmagorie infernale, il fit paraître déployées les splendeurs de tous les royaumes du monde , il ne lui dit plus : Si vous êtes le Fils de- Dieu; mais : Si vous vous prosternez devant moi, je vous donnerai tout ce que vous voyez , tous ces royaumes avec les richesses et la gloire qui les accompagnent. Jésus lui répondit : — Retire-toi , Satan; car il est écrit : Vous adorerez le Seigneur votre Dieu, et vous ne servirez que lui seul.

Alors Satan le laissa, et les Anges s'approchèrent pour le servir.

Saint Marc dit que le Seigneur avait passé dans le désert ses quarante jours de jeûne au milieu des bêtes sauvages, qui, selon quelques légendes, le révéraient et lui obéissaient; ce qui dut intriguer le diable.

Des légendaires assurent que Satan , pour tenter le Sauveur, s'était déguisé en philosophe; il en était bien capable ; et qu'il ne montra le pied fourchu qu'en se retirant.

En quittant le désert , Jésus passa devant saint Jean, qui dit une seconde fois en le désignant : Voilà l'Agneau de Dieu, voilà Celui qui emporte les péchés du monde.

Comme il parlait ainsi devant ses disciples , deux d'entre eux suivirent Jésus et commencèrent à s'attacher à lui. L'un de ces deux disciples était saint André.

Mais ayant appris bientôt qu'Hérode-Antipas, le tétrarque, avait fait emprisonner Jean-Baptiste, Jésus s'éloigna du Jourdain.

Milton nous offre, dans son Paradis reconquis, un tableau où, selon les traditions, Satan n'apprend qu'au baptême de Notre -Seigneur qu'il peut bien être le Messie. Mais il ne découvre pas encore le mystère de l'incarnation divine. Nous citerons ce beau passage , qui est aux débuts du livre Ier.

(( Le précurseur du Messie , d'une voix plus perçante que le son de la trompette, criait en invitant au baptême : « Faites pénitence ; le règne de Dieu » est proche. » On accourait de toutes parts; on Fécoutait avec respect. On avait hâte d'être baptisé de sa main. Celui que les hommes, encore grossiers et charnels, regardaient comme le fils de Joseph, se rendit avec la multitude sur les bords du Jourdain , et là, confondu dans la foule, il ne dédaigna pas de se voir mêlé parmi les pécheurs. Rien extérieurement

n'annonçait les divines prérogatives de sa naissance. Mais Jean, éclairé d'en haut, ne fut pas longtemps sans le faire connaître. ïl rendit publiquement témoignage à la prééminence de sa mission, déclarant qu'il était infiniment au-dessous de lui. Dieu lui-même accompagna de son suffrage le témoignage de Jean; car à peine le Sauveur avait-il reçu le baptême pour accomplir toute justice, qu'à l'instant le ciel s'ouvre, l'Esprit-Saint descend sur lui en forme de colombe ; la voix du Père éternel l'appelle son Fils bien-aimé. Un coup de tonnerre , suivant de près ces paroles, y met, pour ainsi dire, le sceau de l'autorité divine.

» L'ennemi de Dieu, Satan, qui parcourt sans cesse le monde, entendit ces mots au milieu des tonnerres. Aussitôt, d'un vol rapide, il se transporte sur les bords du fleuve, vers l'endroit où le peuple était assemblé ; et , frappé de la déclaration que le Très-Haut venait de faire en faveur clu Fils de Marie, ii contemple d'abord avec admiration; puis, frémissant de colère, ecumant de rage, il se retire, convoque les princes de sa cour au milieu de l'air, dans une nuée dix fois plus épaisse que les autres nuages. Le conseil ténébreux assemblé , l'orgueilleux monarque de l'abîme, regardant ses ministres d'un œil farouche, s'écria, en quelque sorte éperdu :

« x4nciens princes du monde , puissances redoutables des airs (1), car je n'ose rappeler ici l'enfer, sé-

(1) C'est conforme à la doctrine de l'Église. Saint Paul dit au chap. vi, y. 12, de son épitre aux Éphésiens, que nous n'avons pas à combattre seulement contre la chair et le sang , mais aussi contre les esprits de malice qui sont dans les airs : Contra spiritiialia nequitiœ in cœlesiibus.

jour de malédiction pour nous, puissances des airs, où depuis tant de siècles nous dominons avec empire , comme dans un pays de conquête , vous n'ignorez pas que , dès la naissance du monde , nous avons une autorité presque souveraine sur la terre. Depuis que , par mon habileté , je suis parvenu à faire chasser du Paradis Eve trop crédule et son époux, les affaires d'ici-bas suivent assez l'impression que nous voulons leur donner. Nous sommes regardés à peu près partout comme des divinités dans cet univers visible , bien que nous attendions le coup fatal qu'un rejeton d'Ève doit un jour me porter.

» Le Tout-Puissant lui promit après sa chute qu'un être de sa race m'écraserait la tête. L'exécution de ce redoutable arrêt a été suspendue. L'Éternel est maître du temps; aussi ne se presse-t-il pas d'exécuter ses desseins. Mais, hélas! nous ne sentirons que trop tôt les tristes effets de cette menace. Le moment funeste approche. S'il est possible, parons le coup; et si notre ruine entière n'est pas absolument résolue , sauvons au moins ce que nous pourrons de notre puissance , pour nous maintenir dans notre ancienne conquête.

» Encore une fois, poursuivit-il, le moment funeste est proche. Je vous en apporte la triste nouvelle. Le héros destiné à nous mettre aux fers et peut-être à consommer notre perte, ce rejeton d'Eve, dont nous redoutons si fort la venue , est enfin né d'une femme , et sa naissance grossit mes frayeurs. Il est déjà dans la fleur et la force de l'âge; la grâce et la sagesse ont grandi avec lui ; toutes les vertus brillent dans sa con-

duite, etle rendent capabled'exécuter les plus grandes entreprises. Tant de perfections réunies redoublent mes alarmes. Déjà son précurseur, prophète illustre, et plus que prophète , lui prépare les voies. Il exhorte les peuples à la pénitence, et les dispose, par un baptême dont il est le ministre , à recevoir ce Messie, ou plutôt à lui faire hommage comme à leur libérateur et leur roi. Toute la Judée court au Jourdain; et ce héros nouveau vient actuellement d'être baptisé avec la multitude, non pour se purifier, il n'en a pas besoin, mais afin que sa mission, publiquement autorisée par le suffrage céleste, n'ait rien de suspect pour les nations.

» Au moment où il sortait de l'eau, l'Empyrée a ouvert ses portes de cristal; une colombe, descendue du ciel , est venue se reposer sur sa tête ; le Très- Haut lui-même l'a proclamé en ces termes : « C'est » là mon Fils bien-aimé, cher objet de mes plus dou- » ces complaisances. » J'ai entendu sa fulminante voix.

» Que nous marque tout cela? Ce bien-aimé , il est vrai, n'a pour mère qu'une femme mortelle. Mais le tout - puissant Monarque des ci eux n'omettra rien pour l'exaltation d'un Fils si chéri. C'est son premier né; et la foudre qui nous précipita dans l'abîme ne nous a que trop fait sentir jusqu'où va son pouvoir. Ce Christ favori est un mystère qu'il nous faut pénétrer. 11 faut découvrir quel est ce Messie. Après tout, il ne paraît rien que d'humain en sa personne; cependant la splendeur de son Père semble éclater sur son visage. Le danger presse donc; et nous sommes

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