‹ Lègendes du Nouveau TestamentChapitre 56 sur 106 · XLIII. — LÉGENDE DE PILATE · texte numérisé non relu

XLIII. — LÉGENDE DE PILATE

Pilate ! un de ces noms qui sont devenus à jamais une injure !

KotzÉbue.

Il y avait dans une contrée de la Palestine que les légendaires ne désignent pas un petit roi (1) qui, de Pila, fille d'un pêcheur nommé Atus, eut un fils qu'il nomma Pilatus.

Peu après, ce roi , que les légendes appellent Cyrus, se maria, et eut de sa femme légitime trois enfants , trois fils, qui lui firent un peu oublier le petit Pilate.

Cependant la mère de celui-là, n'ayant pas assez de ressources pour l'élever, l'envoya un jour à son père, qui le reçut et le fit soigner avec ses trois autres fils.

Ayant grandi tous les quatre ensemble, ils s'amusaient à des jeux militaires , à des luttes , à lancer la fronde, et à d'autres exercices. Or les fils légitimes, quoique un peu plus jeunes, l'emportaient toujours sur l'autre, ce qui charmait naturellement leur mère. Pilate , qui avait le cœur bas , écouta les odieuses insinuations de la jalousie, et un jour il tua en secret l'aîné de ses jeunes frères.

(1) Regulus. Dans les Évangiles, ce titre est donné à des gouverneurs de provinces ou de localités plus étroites. Tel était le roi d'Édesse, dont on a vu la légende. Ce titre de roi était assez prodigué dans les anciens temps. Même sous la république romaine, la ville de Cumes était gouvernée par un roi, qui, à la vérité, dépendait du sénat. Sous la première race des rois francs , on voit que sainte Aléna était fille du roi de Dilbeck, qui n'est qu'un village du Brabant. On appelait rois les seigneurs.

Le roi Cyrus, désolé et craignant que sa colère ne l'emportât trop loin , assembla sa famille pour délibérer sur les mesures qu'il était convenable de prendre. Tous les parents décidèrent que le jeune assassin méritait la mort. Mais le père, ne voulant pas que son sang fût versé une seconde fois , avisa un moyen moins violent de se débarrasser du petit monstre. Il devait, pour gage de sa fidélité à l'empire, envoyer un de ses fils à Rome en qualité d'otage. Il y envoya Pilate.

Le jeune fils d'un de ces rois qui régnaient dans les Gaules, conquises, comme on sait, par Jules- César, était alors pareillement en otage à Rome. Pilate se lia avec lui. Mais dès qu'il reconnut que le petit prince l'emportait sur lui en talents et en grâces, il en devint encore jaloux et le tua.

L'empereur demanda au sénat son avis sur ce meurtre. On savait ce qu'il avait fait dans son pays, et que ce n'était pas là son premier crime. Le sénat le condamna donc unanimement. Mais sans doute que Pilate devait être réservé pour d'autres forfaits, car une idée vint à l'empereur.

— Si on accorde la vie à celui qui , après avoir tué son frère, vient d'égorger un hôte de l'empire, il pourra, dit l'empereur, nous rendre de grands services. Un homme si féroce est le gouverneur qu'il nous faut pour soumettre les nations indomptables qui secouent le joug romain. Envoyez-le dans l'île de Pontia. Il en réduira les habitants, qui ne reconnaissent aucune autorité. Ou sa brutalité parviendra à les vaincre, ou il y périra, et dans ce cas il n'aura que ce qu'il mérite.

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