LÉGENDE DE LA PRÉSENTATION
commencement de la saison d'hiver, pressés peut-être parle désir d'assister aux solennités des fêtes de la Dédicace, — ou parce qu'alors c'était l'époque de service du grand prêtre Zacharie, leur parent.
Préservée du péché originel, Marie était pure aussi de toute atteinte des sentiments terrestres et des mouvements déréglés. Sa jeune âme brûlait, dégagée de distractions et d'entraves , et tous ses sens concouraient à louer et à bénir Dieu (1 ). Les rayons d'en haut avaient brillé à ses yeux; elle s'était avec joie offerte elle-même au Seigneur ; et, à un âge si tendre, elle avait été, dit-on, la première à solliciter de ses parents leur sainte démarche.
Arrivés à Jérusalem , ils s'arrêtèrent près de la partie orientale de la ville, en une petite maison que la tradition depuis a toujours appelée la maison de sainte Anne. Joachim, qui avait donné pour cortège à Marie un glorieux groupe d'innocentes jeunes filles portant des lampes allumées, souhaitait qu'elle ne retournât pas en arrière et que son esprit ne s'éloignât pas de la maison cle Dieu. En y arrivant, Marie monta vivement les quinze degrés qui conduisaient au Temple, sans regarder derrière elle ; ce qui surprit tous ses parents, que Joachim avait rassemblés.
On conte qu'en ce moment une grande afïluence d'officiers du roi Hérode, mêlés à des docteurs cle la loi, à des dames delà cour, et à d'autres personnages illustres , se trouvait réunie sous le portique de Salomon, comme si Dieu eût voulu « que l'heureuse
(1) Saint Alphonse de Liguori, Discours sur la Nativité de Marie.
Vierge qu'il avait choisie de toute éternité pour être la mère de son Christ entrât dans la maison de la prière avec l'appareil convenable à ses hautes destinées (1) » .
Un cortège plus saint l'accompagnait, disent les vieilles légendes : « Les Anges du Seigneur, gardiens du temple, chantaient ses louanges, célébraient sa bienvenue, et semaient les fleurs sous ses pas, »
Après le sacrifice de l'agneau, ce fut sans doute dans la cour des femmes que sainte Anne et saint Joachim présentèrent au prêtre du Seigneur la sainte enfant qu'ils lui donnaient. Elle avait franchi ellemême, comme nous l'avons dit, les quinze marches qui la séparaient du pontife. On était au %\ novembre, jour où l'Église fête la Présentation de la sainte Vierge. Le grand prêtre (2) ayant béni l'assemblée, Anne et Joachim se séparèrent de leur fille^; et Marie fut admise parmi les jeunes vierges qu'on élevait , loin de tous les regards, à l'ombre des autels.
(1) Isidore de Thessalonique , cité par M. Menghi d'Arville, Annuaire de Marie ; et M. l'abbé Orsini, Histoire de la Mère de Dieu.
(2) Saint Germain de Constantinople croit que ce fut saint Zacharie , depuis père de saint Jean-Baptiste, qui reçut la sainte Vierge.
Sicut cimiamomuin et balsamuin aromatisans odorem dedi ; quasi myrrha electa dedi suaTitatem odoris.
Cantic.
Marie fut donc nourrie dans le Temple. Quelques écrivains ont voulu admettre des doutes sur cette circonstance. Mais l'Église n'a pas accueilli ces hésitations. Une tradition révérée les repousse. Saint Jérôme et plusieurs Pères des premiers siècles appuient de leur grave témoignage l'authenticité de cette tradition.
L'éducation de Marie dans le Temple fut dirigée par les prêtres. Ils lui donnèrent, dit saint Ambroise, l'intelligence des livres sacrés. Mais on voit dans les Révélations de la vénérable Marie d'Agreda qu'elle avait reçu de plus haut cette intelligence.
On croit que Zacharie prit surtout le plus grand soin de la jeune Vierge. Les saintes femmes qui vivaient là se glorifiaient de lui avoir appris les choses domestiques. Au rapport de saint Épiphane, elle excella dans l'art de travailler la laine, de broder la soie, de filer le lin et de tisser les étoffes. Elle brilla plus encore dans les vertus qui plaisent au regard de Dieu. Son humilité fut si grande et si vraie, que beaucoup d'écrivains sacrés en feraient la base des faveurs inouïes dont elle fut comblée (I), si Dieu,
(1) Bourdaine, Sermon pour le jour de l'Assomption.
dès avant les premiers jours du monde , ne l'avait pas choisie. Sainte Brigitte raconte dans ses Révélations (1) qu'elle vit un jour apparaître devant elle deux femmes : l'une, pleine de faste et de fierté; l'autre, humble, soumise et douce.
« Celle-là est l'orgueil, lui dit Jésus en désignant la première; cette autre est l'humilité; — elle s'appelle Marie (2). »
La vie de Marie darfs le Temple .fut si parfaite, dit un vieil écrivain, « qu'il n'est homme qui la puisse dire ni parfaitement écrire. » Les documents antiques qui nous auraient initiés quelque peu à cette vie sainte ont été perdus. Une précieuse narration de la vie de la sainte Vierge, citée par saint Épiphane, a disparu malheureusement. Des légendes anciennes disent que Marie était là servie par les Anges ; et voici , à leur appui , un passage de saint Jérôme :
« Marie , dit-il , réglait ainsi son temps : depuis le matin jusqu'à la troisième heure du jour, elle se tenait en prières ; de la troisième à la neuvième heure, elle travaillait; puis elle reprenait l'exercice de la prière, qu'elle n'interrompait qu'à l'apparition de l'Ange de la main duquel elle avait coutume de recevoir sa nourriture, et elle croissait en piété et en amour de Dieu. Aussi était-elle la première dans les
(1) Lih. i, cap. 29.
(2) Lorsque sainte Isabelle de France , cette digne sœur de saint Louis et cette digne fille de la reine Blanche , fonda le monastère de Longchamps, près Paris, elle lui donna le nom de Xotre-Dame cVHumïlité, « parce que c'est la vertu qui a le plus mérité à la sainte Vierge son auguste dignité de Mère de Dieu. »
saintes veilles, la plus instruite dans la connaissance de la Loi divine, la plus humbfë entre les humbles , la plus habile au chant des psaumes , la plus éminente en charité, la plus éclatante en pureté et la plus parfaite en toutes sortes de vertus.
» Sa constance était inébranlable, et quoiqu'elle s'efforçât toujours de s'élever à une plus haute perfection, aucune agitation de l'âme ne parut jamais dans ses mouvements ni dans ses paroles; sa conversation était si gracieuse, qu'il était facile de connaître que Dieu réglait tout ce qu'elle disait. Elle vivait dans l'oraison et la méditation de la Loi de Dieu.
» Pleine de sollicitude pour ses compagnes, elle veillait à ce qu'aucune d'elles n'offensât Dieu par des paroles légères, par une joie trop bruyante, par des expressions de mépris ou d'orgueil.
» Elle bénissait Dieu en toute chose; pour ne pas cesser de le faire, elle répondait aux salutations qu'on lui adressait : Rendons grâces à Dieu, Et c'est à elle que remonte l'usage où sont tous les saints personnages de répondre Deo grattas à ceux qui les saluent.
» La nourriture qu'elle recevait de la main de l'Ange suffisait à réparer ses forces, et elle distribuait aux pauvres tout ce que lui donnaient les Prêtres du Temple. Tous les jours on voyait l'Ange du Seigneur s'entretenir avec elle, en lui témoignant la déférence qu'on a pour la plus tendre sœur ou la mère la plus chérie. »
A l'appui encore de saint Jérôme et des bons lé-
gendaires qui ont rapporté sur la vie de Marie dans le Temple des faits dont notre foi si frêle peut se montrer surprise, nous devons citer, du Koran même, des passages que d'Herbelot a insérés dans sa Bibliothèque orientale.
Après avoir rappelé ce que nous remarquions précédemment du privilège unique qui a préservé Marie du péché originel, il cite ces paroles mêmes du Koran : Qu'il n'y a jamais eu que Marie et son Fils qui aient été préservés de l'attouchement de Satan. Il parle ensuite de Marie dans le Temple.
« Dieu, dit-il, l'avait donnée en garde à Zacharie. Elle habitait une chambre du Temple , et il avait seul la clef de cette chambre. Souvent il lui rendait visite ; et il ne le faisait jamais sans trouver auprès d'elle, à sa grande surprise, les plus beaux fruits, qui semblaient venir du paradis terrestre, et toujours à contre-saison.
» Enfin, il osa demander à Marie d'où lui venaient ces fruits admirables. Marie lui répondit : « Tout ce » que vous voyez vient de la part de Dieu , qui )> pourvoit de toutes choses ceux qu'il lui plaît, sans » compte et sans mesure. »
On trouve dans les Révélations de sainte Elisabeth de Hongrie un passage qui fait connaître les occupations spirituelles de Marie dans le Temple. Ceux qui ont lu l'admirable histoire de la sainte reine due à la plume si charmante et si sûre de M. de Montalembert savent que la sainte Vierge honorait Elisabeth de ses intimes communications. Elle lui dit un jour, en l'engageant à suivre ses traces :
« J'avais l'habitude de me lever au milieu de la nuit; j'allais me prosterner devant l'autel; et là, avec toute l'ardeur dont j'étais capable, je suppliais Celui qui peut tout de m' accorder les sept grâces suivantes : 1 0 de l'aimer de toute mon âme , de tout mon cœur, de tout mon esprit, de toutes mes forces; 2° d'aimer le prochain comme il veut qu'on l'aime; 3° de détester et fuir tout ce qui lui déplaît; 4° de pratiquer l'humilité, la patience, la douceur, la bonté et toutes les vertus qui. pouvaient me rendre agréable à ses yeux; 5° de connaître le moment où viendrait sur la terre la Yierge bienheureuse qui devait enfanter le Fils de Dieu ; de donner à mes yeux le bonheur de la voir, à ma langue le bonheur de la louer, à mes mains le bonheur de la servir, à mes pieds le bonheur d'exécuter ses ordres, à mes genoux le bonheur d'adorer l'Enfant divin incarné dans son sein virginal. 6° Je demandais encore à Dieu la grâce d'une soumission parfaite aux ordres et aux désirs du grand prêtre préposé à la garde du Temple. 7° enfin, je priais le Tout-Puissant de conserver ce saint vieillard, pour son service, pour le Temple et pour le peuple. »
Il est certain encore que Marie fut fort instruite , et que, dans le sens humain, elle était douée d'un noble génie. Le Magnificat , qu'elle nous a laissé, à part le côté sacré qui le rend si auguste, sera toujours une œuvre poétique du plus haut prix. Toutefois, le mérite et le génie de la sainte Yierge furent soigneusement voilés par son humilité profonde.
Ajoutons donc, avec un historien moderne (1), « qu'en effet Marie est le chef-d'œuvre de la nature, la fleur des générations et la merveille des siècles; que jamais la terre n'avait vu et que jamais la terre ne verra tant de perfections réunies dans une simple fille des hommes; que tout était grâce, sainteté, grandeur, dans cette noble et bienheureuse créature, conçue dans l'amitié de Dieu, sanctifiée avant de naître, riche d'une plénitude de dons que n'atteignirent jamais les saints ni les Anges. »
Comme si Dieu voulait cacher à nos regards et ne réserver que pour les applaudissements des cieux certaines existences merveilleuses, on a historiquement très-peu de détails sur les circonstances intimes de la vie de la sainte Vierge. On sait, dans le même sens, peu de chose aussi de la vie de ses parents, après qu'ils se furent séparés d'elle. On dit que, lorsqu'elle fut entrée au Temple, Joachim vint avec Anne s'établir à Jérusalem; et on ajoute que la sainte Vierge avait douze ans quand il tomba malade et sentit que sa dernière heure allait sonner; il demanda, dit-on, sa fille, qui lui fut amenée. Marie pleura bientôt son père; elle prit le cilice, vêtement du deuil et de la douleur chez les Juifs.
Dieu voulait la retirer de tout attachement icibas; sainte Anne allait aussi lui être ôtée; elle bénit à son tour sa fille chérie, la recommanda à Celui qui la lui avait accordée, et rendit doucement l'esprit dans ses bras.
Mais d'autres légendes et d'anciennes vies de
(1) M. l'abbé Orsiiii, Histoire de la Mère de Dieu.
sainte Anne font vivre la mère de Marie bien plus longtemps. Suivant ces récits, l'heureuse épouse de Joachim aurait eu le bonheur de voir l'enfant Jésus. Les artistes ont mis à profit cette douce tradition.
« Plusieurs croient, en effet, que la bienheureuse Anne survécut de longues années à son époux, et qu'elle passa les jours de son veuvage dans une piété et dans une prudence qui la font regarder comme le modèle et la protectrice des veuves chrétiennes (1). »
Quoi qu'il en soit, Marie rentra dans le Temple avec l'intention de n'en plus sortir et d'y servir tout le reste de sa vie, si Dieu l'eût voulu.
Des auteurs sacrés présument que Marie (la première au monde, selon la remarque de l'abbé Ruppert) avait pris l'engagement d'une virginité perpétuelle dès l'instant de sa présentation.
Te , Joseph , célèbrent agmina cœlitum ; Te cuncti resonent christiadum chori Qui , clarus meritis , junctus es inclytœ , Casto fœdere, virgini.
(Pfjic. Rom.)
Quoique la virginité ne fût chez les Hébreux que la vertu de la jeunesse, et que toute femme juive fût appelée au mariage , les vierges étaient parmi ce
(1) Madame Daniel, Vie de la très-sainte Vierge
peuple un objet d'honneurs et de respects. Il y avait dans le Temple une réunion de jeunes vierges occupées du service de Dieu. Mais leurs vœux n'étaient que temporaires. Lorsque leurs parents voulaient les marier, ils pouvaient , selon la loi , racheter leur engagement et les retirer ainsi du lieu saint, moyennant une petite somme d'argent.
Quand Marie eut quinze ans, selon les uns , douze ans selon d'autres, ses tuteurs, qui étaient de famille sacerdotale , et qui , suivant les idées répandues en Israël , considéraient le célibat comme une tache, lui proposèrent un époux : c'était le fils du grand prêtre Abiatar. Saint Grégoire de Nysse cite d'imposantes autorités qui rapportent qu'elle repoussa cette offre, ne demandant toujours qu'à mener dans le Temple une vie ignorée. Les tuteurs insistèrent. Elle était du sang de David; de ce sang devait naître le Messie, et une jeune fille d'une race si auguste pouvait moins qu'une autre se soustraire à la loi du mariage. Les Juifs, voyant dans le libérateur attendu un roi brillant et fort , ne savaient pas quels seraient les mystères de sa naissance et de sa vie. Mais ils savaient par les prophètes que les temps étaient proches. Malgré les désirs et le vœu de Marie , ses tuteurs s'occupèrent donc de son mariage comme d'un devoir.
Elle avait atteint l'âge où, selon les Pharisiens, les femmes ne pouvaient plus habiter le Temple. Aussi on fit annoncer par un héraut que tous les hommes qui n'étaient pas engagés dans le mariage eussent à se présenter au Temple au bout de trois jours.
Le jour venu et le peuple réuni , le grand prêtre
monta an haut des degrés, afin d1être mieux entendu, et ayant commandé le silence, il dit : « Écoutez , ni s d'Israël ; depuis le jour où le Temple fut construit par Salomon, ce fut l'usage d'y élever les filles des rois , celles des prophètes , des prêtres et des pontifes ; et il y a eu parmi elles de grandes et admirables vertus. Toutefois, elles ont toutes été mariées en atteignant l'âge nubile, et, dans ce nouvel état, elles se sont rendues agréables à Dieu.
>i Hais nous devons tenir une antre conduite à l'égard de Marie , qui a voué à Dieu sa virginité: H nous parait donc sage de consulter le Seigneur, et d'attendre sa réponse pour conn|drre à qui nous devons confier la garde de cette jeune Yierge. »
Ce discours plut à l'assemblée, et les prêtres jetèrent le sort sur les douze tribus; le sort tomba sur la tribu de Juda.
Le lendemain le grand prêtre dit : « Que quiconque est sans épouse vienne et ûenne une verge a la main, a» On obéit à cet ordre , et Joseph vint avec les jeunes gens, portant comme eux une verge. Lorsqu'ils eurent remis leur verge au grand prêtre, celuici offrit le sacrifice et consulta le Seigneur, qui M répondit :
« Place toutes ces verges dans le saint des saints, qu'elles y reposent toute la nuit, et que demain matin chacun vienne reprendre la sienne. Du sommet de l'une de ces verges s'élancera une colombe qui s'élèvera vers le ciel. Ce sera là le signe. A celui qui aura apporté cette verge , tu donneras Marie. »
Il fat fait comme le Seigneur l'avait ordonné. Et le
DU MARIAGE DE LA SAINTE VIERGE. 4â
lendemain, de grand matin, tous les fils de Juda étant réunis, le grand prêtre entra dans le sanctuaire. Il en rapporta bientôt les verges. Il avait rendu à chacun des fils de Juda, qui étaient au nombre de trois mille, celle qui lui appartenait, et cependant il ne s'était élevé de colombe d'aucune d'elles. Alors il se revêtit de ses habits sacerdotaux et du manteau à douze clochettes; il entra de nouveau dans le saint des saints et alluma le feu du sacrifice. Tandis qu'il priait, un Ange lui apparut, et lui dit : « 11 y a ici une petite verge que tu n'as point remarquée, mais que tu as déposée en même temps que les autres. Sitôt que tu l'auras remise à celui qui l'a apportée, apparaîtra le signe que je t'ai annoncé. »
Cette verge était celle de Joseph. Or, Joseph était un vieillard d'un extérieur pauvre, et qui, n'ayant point reçu sa verge , n'avait pas osé la redemander. Comme il se tenait humblement derrière tous les autres, le grand prêtre lui cria :
» Tiens recevoir ta verge, qui ne t'a pas été remise. » Joseph, n'osant résister à cet appel fait à haute voix, s'avança en tremblant. Comme il tendait la main pour recevoir sa verge , il en sortit une fleur de laquelle une colombe s'écliappa, blanche et resplendissante comme la neige.
Après avoir voltigé quelque temps sur le Temple , elle s'élança vers les cieux.
Alors le peuple combla Joseph d'unanimes félicitations : « Heureux es-tu dans ta vieillesse, lui disaiton , puisque le Seigneur t'a choisi pour recevoir Marie. »
(( Reçois-la, lui dit le grand prêtre; car le Seigneur t'a élu entre tous pour ce bonheur ! »
Mais Joseph, embarrassé et rougissant, s'en défendait et disait : « Je suis vieux et j'ai des fils, pourquoi me donnez-vous cette enfant ? » Le grand prêtre le menaça de la colère de Dieu, s'il n'obéissait. Joseph alors se soumit (1).
Les artistes ont souvent représenté cette scène.
On lit encore dans l'histoire de la nativité de Marie et de la naissance du Sauveur, monument que les anciens attribuaient à tort à saint Matthieu, que Marie , après ses fiançailles, reçut des prêtres cinq compagnes, jeunes vierges de son âge, qui s'appelaient Rebecca , Susanne , Abigée , Zahel et Saphora , et qu'on leur donna à tisser du lin , de la soie et de la pourpre. Elles tirèrent au sort quel serait à chacune d'elles le genre de travail. La pourpre échut à Marie, qui fut chargée de faire le voile du Temple. Alors ses jeunes compagnes l'appelèrent en riant la reine des vierges.
Comme elles disaient ces mots, l'Ange qui servait Marie parut au milieu d'elles et leur dit :
« Ce que vous venez de prononcer sera la vérité à jamais. »
Elles se jetèrent effrayées aux pieds de Marie , lui demandant de prior pour elles.
Ceux qui repoussent ces détails légendaires se bornent au récit que nous devons faire suivre.
(1) Ce récit est tire de l'histoire apocryphe de la Nativité de Marie et de V enfance de Jésu.%. On verra plus loin, dans l'histoire de Joseph, que les légendaires lui donnent des enfants nés d'un précédent mariage.
Entre ceux des hommes fidèles sur lesquels les prêtres jetaient les yeux pour choisir un époux digne de la Vierge sainte, parmi ces hommes que distinguaient l'éclat, la richesse et la naissance, l'esprit de Dieu conduisit un humble charpentier de Nazareth , qui était, comme Marie , de la tribu de Juda et de la race de David , mais qui gagnait sa vie par son travail. Il se nommait Joseph. Il était juste ; c'est le magnifique témoignage que lui rend l'Évangile (1). Selon le sentiment le plus général , il était alors âgé de cinquante ans (2), et n'avait jamais été engagé dans les liens du mariage.
On dit qu'il était né à Capharnaùm ; et le pieux Gerson croit que , comme Jean-Baptiste , il avait été sanctifié avant de naître par l'Esprit-Saint. On ne sait pas à quelle époque il avait quitté Capharnaùm pour s'établir à Nazareth , où il demeurait alors.
L'Évangile ne donne aucun détail sur la vie de saint Joseph jusqu'à ce moment, excepté le nom de son père Jacob , aussi appelé Héli , comme le remarquent les commentateurs. Les premières années d'un si grand saint sont pour nous cachées sous un voile. Mais nous ne pouvons douter qu'ayant été choisi pour être uni, par le plus étroit de tous les liens, à la plus pure, la plus sainte, la plus parfaite des créatures, qu'ayant été appelé à la dignité de père adoptif de Jésus -Christ et de tuteur de son enfance, son âme
(1) Saint Matthieu, chap. i, f. 10.
(2) Des écrivains ont donné quatre-vingts ans à saint Joseph , et d'autres trente-neuf , à l'époque de ses saintes fiançailles avec Marie ; de ce dernier avis est l'auteur de la Dévotion à saint Joseph. Amiens, 1730, in-12. Mais ces opinions ne sont pas fondées.
n'ait été ornée des plus excellentes vertus et sa vie occupée des actes qui plaisenjt à Dieu. Ceux que Dieu destine à une fonction , il les dispose d'avauce et les rend propres à la remplir (I). Aussi Suarez estime pieuse et vraisemblable l'opinion de ceux qui ont cru que Joseph a surpassé tous les autres saints en vertus et en mérite.
L'ancienne tradition , qu'on lit dans les Apocryphes, et qui est conservée dans l'histoire du Carmel et ailleurs , rapporte effectivement que les prêtres du Temple , embarrassés de fixer leur choix , se décidèrent à consulter le Seigneur, lis prièrent celui qui préside au sort de les éclairer, et ils déposèrent dans le sanctuaire le bâton d'amandier de chacun de ces hommes qui tous avaient leurs suffrages. Le lendemain matin, le bâton de Joseph se trouva seul couvert de fleurs, par un divin prodige. Et l'on ajoute qu'à la vue de cet arrêt du Ciel, qui désignait si clairement l'humble Joseph , l'un des poursuivants se retira au Carmel, parmi les solitaires de la grotte d'Élie, où dans la suite il devint un des premiers saints du christianisme. Il se nommait Agabus (2).
Marie , obligée au mariage , apprit du moins avec consolation quel était l'époux que lui prescrivait la volonté de Dieu. Son cœur rassuré sentit que Joseph le juste serait pour elle un protecteur. Une inspiration du Très-Haut lui fit espérer qu'elle pourrait avec lui garder son vœu. Elle se disposa à passer des
(1) Vie de saint Joseph^&x un ancien curé. Tournay, 1844.
(2) Tous les artistes du moyen âge, et Raphaël avec eux, ont aussi retracé cette scène.
pompes du Temple clans la modeste demeure de l'artisan. Elle fut fiancée à Joseph, qui lui donna, selon l'usage, devant les témoins établis par la loi, une petite pièce d'argent et un anneau d'or (1). Après cette formule, par laquelle les futurs époux étaient liés , on employa quelques mois à préparer les noces.
Le mariage chez les Hébreux se célébrait avec magnificence, et, pauvres ou riches, leurs fêtes nuptiales étaient belles.
Les noces, selon quelques écrivains, se firent à Jérusalem. Selon d'autres, qui n'admettent pas la mort si prompte des parents de la sainte Yierge, les noces furent célébrées à Séphoris , dans une petite métairie qui appartenait à saint Joachim et à sainte Anne, retirés là et vivant dans l'exercice de toutes les vertus (2).
Si les saints époux n'étaient pas opulents, leur famille était grande et nombreuse ; elle comptait dans son sein beaucoup d'illustres personnages, lesquels,
(1) D'après Xicéphore, cette cérémonie eut lieu en présence des prêtres, dans le Tempie même. On découvrit , sous le pontificat de Grégoire V, mort en 999, l'anneau que saint Joseph mit au doigt de la sainte Vierge dans la cérémonie de leur mariage : il fut conservé cent quatrevingt - quatre ans à Chiusi , en Toscane ; de là il a été porté à Pérouse , dans l'État- de l'Église, où il est encore aujourd'hui. L'authenticité de cette relique a été attaquée dans de savantes dissertations que Benoît XIV a closes , en prononçant « qu'on peut croire pieusement que c'est le vé- 5> ritable anneau de mariage de la sainte Vierge. » (Vie de saint Joseph, par un ancien curé.)
(2) Séphoris , autrefois ville grande et forte , à deux, lieues de Nazareth, n'est plus aujourd'hui qu'un village. Sainte Hélène avait fait construire, sur l'emplacement de la maison des parents de la Mère de Dieu, un magnifique temple catholique, dont il ne reste plus que des ruines imposantes. (Vie de saint Joseph, par un ancien curé.)
dans les mœurs nationales, devaient tous assister au festin. La famille donna donc à la réunion la splendeur convenable , tout le monde en telle occasion ayant coutume de faire des présents, chacun suivant ses moyens. Marie , dans cette cérémonie , se montra humble et douce , comme elle le fut toujours , et comme il convenait à celle que Dieu avait élue.
Aussitôt après la célébration du mariage, pendant que les convives passaient dans la salle du banquet, Marie et Joseph se communiquèrent ou se renouvelèrent mutuellement leur vœu de virginité; et dès ce premier moment ils furent, dans le mariage, comme un frère et une sœur (4 ).
Des monuments anciens et quelques saints Pères donneraient à penser que saint Joseph aurait été marié en premières noces à Salomé (fille d'Aggée, frère de Zacharie, le père de saint Jean-Baptiste); qu'il en avait eu ces enfants qui sont appelés frères et sœurs de Notre-Seigneur dans l'Évangile, et qu'il était veuf lorsqu'il épousa la sainte Vierge.
On lira ces détails ci-après, dans l'histoire de la vie et de la mort de saint Joseph.
Mais l'opinion la plus générale rejette ce sentiment (2). Saint Thomas enseigne même que Joseph,
(1) L'auteur du livre intitulé Dévotion à saint Joseph, Amiens, 1730, in-12, place le mariage de la sainte Vierge au 24 novembre. L'Église latine célèbre depuis longtemps l'anniversaire de cette sainte union. L'illustre pape Paul III en a fixé la fête au 23 janvier.
(2) Vie de saint Joseph, par un ancien curé. — Il est conforme à la foi de l'Église , écrit saint Pierre Damien , d'honorer comme vierge nonseulement la Mère de Dieu , mais aussi son père adoptif. — C'est parmi les Anges, et non parmi les hommes, qu'il faut compter cette âme pure, dit le P. Corneille de la Pierre.
conduit par la main de Dieu au mariage qu'il venait de contracter, était vierge par vœu.
Quand les sept jours de la fête des noces furent passés, Marie et Joseph s'en allèrent à Nazareth, où ils devaient demeurer. La jeune Vierge était ainsi ramenée par son époux dans le lieu de sa naissance; elle rentra dans la maison d'Anne et de Joachim, maison destinée à la plus sainte des merveilles.
Les deux époux vivaient dans le travail et la prière, dans l'aumône et les bonnes œuvres; Marie s' occupant des soins du ménage et des ouvrages de son sexe, pendant que Joseph travaillait, de son métier de charpentier, dans une boutique à part de la maison; boutique dont on voit encore la place, occupée par une petite chapelle, à cent pas de la maison de sainte Anne, désormais la maison delà sainte Vierge.
Tout ainsi que descend en la fleur la rosée , Le visage au miroir, en l'esprit la pensée, Le soleil en la vitre et n'est pas entamée , La voix en notre oreille et n'est pas offensée , Tel le Fils de Dieu vint en la Vierge honorée.
Guillaume Niverd, 1516.
Seigneur, abaissez la hauteur des cieux , et descendez sur la terre.
(Psaume CXLIII.)
Il y avait trois mois que la vie des deux saints époux s'écoulait dans ce calme si doux qu'on ne peut
50 L'ASNOXCIATION.
connaître qu'avec Dieu. Alors vint l'heure à jamais bénie que l'Éternel avait marquée pour accomplir le salut du genre humain. C'était le 25 mars, au déclin du jour.
Marie priait, recueillie devant le Seigneur, et seule avec Dieu. Joseph, sans doute, alors était dans son atelier (î). En ce moment apparut aux regards de la Vierge sainte l'un des sept qui se tiennent à la droite du Très-Haut, l'Ange Gabriel, envoyé de Dieu, et vêtu, disent les légendes, d'un vêtement de lumière.
Inclinant sa tête radieuse, l'Ange lui dit :
« Je vous salue, vous qui êtes pleine de grâce. Le Seigneur est avec vous. Vous êtes bénie entre toutes les femmes (2). »
Marie, troublée, non pas à la vue de cet enfant du ciel, mais par ces louanges qui effrayaient son humilité 3), se montra inquiète. Elle pensait en elle-même quelle pouvait être cette salutation.
« Ne craignez point, Marie, reprit l'Ange ; car vous avez trouvé grâce devantDieu (4). Vous concevrez dans
(1) On désigne encore la place de cet atelier sous le nom de boutique de saint Joseph. Cette boutique axait été transformée, en une église assez Taste, que les Turcs ont détruite en partie; il en reste une chapelle où l'on célèbre tous les jours le saint sacrifice de la messe. Au-dessus de l'autel est un tableau représentant saint Joseph occupé au trayail et aide par l'enfant Jésus. (Fie de saint Joseph, par un ancien curé.)
(2) Saint Luc, chap. i, y. 28.
(3) Turbata est in sermone ejas, et cogitabat qualis esset ista salutatio. (Saint Luc, chap. i, y. 29.)
(4) Saint Bonayenture explique ainsi ce passage : « Non - seulement tous ayez en yous la grâce dans toute sa plénitude, mais yous ayez encore recouv ré de Dieu ce don précieux pour tout le genre humain. »
votre sein, et vous enfanterez un fils à qui vous donnerez le nom de Jésus. Il sera grand, et on l'appellera le fils du Très-Haut. Dieu, notre Seigneur, lui donnera le trône de David, son père, il régnera, éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin. »
La Vierge, dont la surprise augmenta à ces paroles, demanda avec douceur :
« Comment cela se fera-t-il, car j'ai consacré à Dieu ma virginité?
L'Ange répondit :
« Le Saint-Esprit surviendra en vous , et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C'est pourquoi le fruit saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu. »
Et, — pour lui donner un signe, — Gabriel ajouta :
« Voici même qu'Elisabeth, votre cousine, a conçu un fils dans sa vieillesse. Celle qui était appelée stérile est déjà dans le sixième mois de sa grossesse, parce que rien n'est impossible à Dieu. »
Marie répondit :
(( Voici la servante du Seigneur : qu'il me soit fait selon votre parole (4). »
A ces mots, l'Ange se sépara d'elle, et le Verbe se fit chair : Mystère divin (dit saint Jean Chrysostome^ et profond abîme que nul regard curieux ne peut sonder.
Mais lorsque la salutation de l'Ange la troubla , Marie, instruite dans les saintes Écritures, savait que
(1) Saint Luc, chap. i, f. 30-38.
les temps prédits par les prophètes pour la venue du Messie étaient arrivés; que les soixante-dix grandes semaines de Daniel se trouvaient accomplies; que, selon le signe donné par Jacob, le sceptre de Juda était passé dans les mains d'un roi étranger. Elle savait enfin qu'une vierge devait enfanter le Rédempteur.
En entendant sortir de la bouche de l'Ange ces paroles qui ne pouvaient s'adresser qu'à la Mère de Dieu, ne lui vint-il point à l'esprit qu'elle était peutêtre celle que le Seigneur avait annoncée?
« Non, répond un saint écrivain (1 ); non : son humilité était trop grande pour lui permettre d'accueillir une telle pensée. Ces hautes louanges n'aboutirent qu'à augmenter encore sa défiance d'elle-même, selon la réflexion de saint Pierre Chrysologue. Le Sauveur voulut plus tard qu'un Ange vînt le fortifier lui-même : ainsi Gabriel fut-il obligé de rassurer Marie dans son trouble et de lui dire : « Ne craignez rien, ô Marie, et ne soyez point surprise des titres dont je vous salue. Car, si vous êtes humble et petite à vos propres yeux, le Seigneur, qui exalte ceux qui s'abaissent, vous a rendue digne de regagner aux hommes la grâce qu'ils avaient perdue. Pour cela, il vous a sauvée de la tache commune à tous les fils d'Adam. Il a voulu que, dès votre conception, vous fussiez pourvue d'une grâce plus grande que celle de tous les saints; et il vous élève jusqu'à la dignité de sa mère.... »
(i) Saint Alphonse de Liguori, Discours sur l'Annonciation. Voyez aussi le père Bourdaloue, Sermon pour le jour de l'Assomption.
Marie, dans une faveur si haute, ne perdit donc rien de son humilité merveilleuse. — « Comment, ô Vierge bénie, s'écrie saint Bernard, avez-vous pu persévérer dans cette humilité parfaite, en voyant les privilèges que le Seigneur vous prodiguait? Lucifer, contemplant la beauté dont il était revêtu, conçut la pensée d'élever son trône au-dessus des étoiles, et voulut se rendre semblable à Dieu. Que n'aurait-il pas dit, dans sa superbe, s'il se fût vu orné de tous les avantages de Marie ? Mais ce fut cette humilité même de la Vierge sainte qui arrêta sur elle les complaisances du Très-Haut. »
Ce grand mystère de l'annonciation , l'aurore de . notre salut, a frappé les plus beaux génies , et bien des poètes l'ont traité avec amour. Qu'il nous soit permis de citer Sannazar, dans son poëme des Couches sacrées de la sainte Vierge :
« Gabriel n'eut pas plutôt reçu sa glorieuse mission, qu'il se mit en devoir de la remplir. Pour se rendre visible à nos regards, il couvre ses formes angéliques d'une ressemblance humaine, il environne ses cheveux blonds d'un riche diadème aux rayons étincelants; il se pare d'un long vêtement de lin, dont les plis ondoyants sont plus blancs que la blancheur même ; il étend ses grandes ailes dorées, et, devançant les tourbillons et les vents, il traverse en un moment l'espace immense, et il paraît bientôt devant cette Reine future du ciel et de la terre.
» Suivant sa coutume , elle roulait dans son cœur de hautes et sublimes pensées. Elle s'occupait des
54 L'AXNOXCIATIOX.
prodiges que les prophètes et les sibylles antiques avaient prédits sur la venue du Messie. Elle attendait, avec une grande allégresse de cœur, Celui dont elle se reconnaissait la créature. Et dans la méditation où elle se complaisait que les temps arrivaient où FEsprit-Saint descendu d'en haut incarnerait le Fils de Dieu dans le sein d'une vierge, elle adorait humblement son Dieu et révérait tendrement celle qui devait être sa mère. Elle était loin de s'attendre aux honneurs qui se préparaient pour elle, malgré les grâces dont la bonté de Dieu l'avait comblée. A la vue de l'Ange éclatant, elle ne fut qu'étonnée (car elle avait très-souvent vu des Anges). Il lui dit :
» — 0 claire lumière de nos yeux, astre radieux de la terre, qui lancez vos rayons jusqu'au Ciel, je vous salue, chaste Yierge, à qui Dieu a prodigué, avec ses trésors, l'abondance infinie de ses grâces. Je vous salue au nom de Celui qui a créé tout ce qui respire dans le monde, et je vous annonce de sa part que, vous ayant dès longtemps élue pour être Tunique et le plus digne objet de ses saintes affections, il désire que vous le receviez dans votre cœur, où il veut habiter. Sachez que, bénie entre toutes les femmes, vous êtes celle que le Ciel et la terre, les Anges et les hommes révéreront éternellement. Oh ! quel excès d'allégresse vous allez amener parmi la race humaine, dont vous soulagerez les misères!
» A ce discours, la Yierge demeura interdite, ne sachant si elle avait bien entendu, et baissant les yeux dans un étrange étonnement.
» L'Ange, dont les doux et suaves accents calment
tout à coup les plus impétueux orages et font taire à l'instant les vents furieux, reprit alors: — Bannissez toute crainte, ô Vierge, et repoussez le trouble qui vous agite, car vous devez enfanter Celui qui règne dans le Ciel , qui est la plus chère espérance de la terre, et qui veut par vous apporter au monde une paix éternelle. Il régira les cités et les peuples; les hommes s'inclineront devant lui, et son sceptre n'aura point de fin.
» La Vierge, rassurée, répliqua : — Divin messager du Ciel, quelle nouvelle heureuse m'apportez-vous ? Se peut-il que je sois choisie pour être la mère d'un tel fils? Et comment, après le vœu que j'ai fait, dès le sein de ma mère, de garder une virginité inviolable, pourrai-je rompre la foi que j'ai promise à Dieu ? Malgré cette gloire que vous m'annoncez, j'aimerais mieux mourir que d'être parjure.
>> — Non , répliqua l'Ange, vous ne cesserez pas d'être vierge. Le Saint-Esprit descendra en vous, et, sans avoir enfreint vos vœux, vous serez mère du Fils de Dieu. Pour vous confirmer ce prodige, je vous annonce que Dieu vient d'accorder un fils à votre cousine Elisabeth, qui était âgée et stérile; tant la puissance divine domine la nature.
» A ces mots, la chaste reine, élevant ses yeux au ciel , résigna humblement tous les mouvements de son âme entre les mains du Seigneur, et dit : — Grand Dieu, qui tenez tout sous votre main puissante et qui, pour m'annoncer votre dessein, m'avez envoyé cet Ange dont je connais le visage, la démarche et la sainte parole, je me soumets de tout mon cœur à
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votre volonté adorable, et je suis heureuse à jamais de la grâce que vous me faites en accomplissant un si divin mystère en moi votre servante.
» A peine a-t-elle parlé ainsi , qu'une clarté resplendissante se répand autour d'elle ; le Verbe éternel était descendu dans son sein virginal , et la nature entière tressaillait d'allégresse. »
31. Bonnetty, clans ses savantes et précieuses Annales de philosophie chrétienne (année 1839), après avoir remarqué les efforts qui furent faits pour donner au Christianisme la gloire d'être chanté en beaux vers, a reproduit un centon de l'Annonciation, tout composé de vers d'Homère. Sa bienveillance connue nous permettra de le transcrire ici, après avoir rappelé qu'un autre travailleur a publié la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ en un centon entièrement composé de vers de Virgile.
« Alors Dieu envoya un messager chargé d'annoncer à la jeune Vierge le dessein qui plaisait à sa sagesse. Celui-ci se mit en marche , car l'ordre important de Dieu le pressait , pour parler devant sa dame et l'entretenir des choses qui lui étaient confiées. Il se dirige donc rapidement vers la terre, descendant du haut des deux, à travers l'Éther inhabité, pour faire part à la Vierge aux cheveux ondoyants de l'immuable dessein de Dieu."
» Il s'avance vers la chambre glorieusement ornée où la jeune fille était assise au bord d'un lit, les pieds sur un coussin, faisant tourner un fuseau brillant de pourpre.admirable à voir. Son père et sa mère l'avaient fiancée dans leur maison à un homme qui , plein de
bienveillance pour elle , la reçut , et elle demeura intacte chez lui.
m L'envoyé trouva donc la reine dans son appartement; il s'arrêta devant elle. C'était le héraut Pisénor (1), renommé par la sagesse de ses conseils; et il lui parla ainsi à voix basse (une légère émotion s'était emparée de la jeune fille) : — Ayez confiance, ô femme remplie de grâce, et ne redoutez rien. Seulement, que votre esprit soit attentif à mes paroles, car je suis le messager de Dieu, qui m'envoie à vous pour que je vous dise ces choses : « Soyez bénie, ô » reine, à jamais. Tant que les hommes qui habitent » la terre nourricière seront soumis à la vieillesse et » à la mort, commune destinée de l'humanité, votre » gloire sera aussi grande que celle de la lumière, » qui se répand partout, auprès des hommes qui sont » nés et de ceux qui naîtront à l'avenir. Réjouissez- » vous, femme remplie de grâce; avant qu'un an soit » révolu , naîtra Celui qui doit régner sur toutes les » contrées habitées par les hommes de votre sang et » de votre race. Je vous parlerai avec vérité et ne » vous cacherai rien ; sa gloire sera très-grande sous » le ciel devant tous les hommes, et la part qui lui » sera faite sera immense. »
» Le messager parla ainsi; mais les genoux et le cœur de la jeune fille lui manquèrent à la fois; elle ne pouvait plus ni voir ni réfléchir. Elle s'assit en silence, penchée sur son cœur. La joie et l'inquiétude avaient en même temps envahi son âme. Ses yeux
(1) Pisénor veut dire porteur de bonnes nouvelles. C'est dans Homère le nom d'un messager divin.
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s'emplirent de larmes, sa voix brillante s'arrêta sur ses lèvres, ses cheveux frémirent sur sa tète. À la fin pourtant, elle parla ainsi :
» — Ami, puisque enfin i! m'est possible de vous répondre, pourquoi le grand Dieu m'adresse-t-il ses ordres ? Je suis saisie de crainte, moi, vierge, qui ne connais point le joug d'un homme. Mais que puis-je faire ? Dieu mène à bonne fin tout ce qu'il décide, car il est le Tout- Puissant. Ainsi, que ce que vous m'avez annoncé soit fait comme vous l'avez dit. Mais ne vous fâchez pas et ne vous irritez pas contre moi, à cause de l'hésitation que je vous ai témoignée d'abord.
» Le messager Pisénor, reprenant la parole à son tour : — Il est convenable pour vous, ô reine, dit-il, d'avoir pu seule m'entenclre et m'interroger. Ayez foi en ma démarche, car rien ici ne s'est fait sans le conseil de Dieu. Gardez le silence sur tout ce que je vous ai dit; retenez-le dans votre cœur, et là-dessus ne consultez personne. Mais conservez le secret de ce mystère, et mettez toute votre confiance en Dieu. Je me retire ; jouissez de votre bonheur dans votre maison. Je me retire, mais rien de ce que je vous ai dit n'aura été dit en vain ; et il serait difficile, ô reine, de vous l'exposer plus au long.
» Après avoir ainsi rempli son message, l'envoyé de Dieu se dirigea vers le ciel éclatant, à travers l'Éther inhabité (1). »
(l) On trouvera dans l'appendice le texte grec de cette curiosité.
Vin. — LÉGEXDES DE LA VISITATION.
O Regina regni Davidiei, Tu es virga floris Dorainiei , Tu es arca panis Angelici , De quâ nostra meretur refici Solitudo.
S. Bernard.
Dans la douce joie que lui faisaient éprouver les grâces inouïes dont la comblait le Seigneur, Marie n'oublia pas qu'elle devait aller féliciter Elisabeth, sa cousine, femme de Zacharie. Elle partit avec diligence (1; à travers les montagnes; car elle était poussée par la charité et par l'affection qu'elle portait à des parents qui avaient protégé son enfance.
Sans doute elle apprit alors les prodiges qui avaient sanctifié sa cousine. On en trouve le récit au commencement de l'Évangile de saint Luc :
« Zacharie et sa femme Élisabeth marchaient tous deux dans les commandements et les préceptes du Seigneur d'une manière irréprochable. Mais ils n'avaient point d'enfants, et ils étaient l'un et l'autre avancés en âge.
» Or, un jour que Zacharie exerçait devant Dieu sa charge sacerdotale, son tour vint d'entrer dans le Temple du Seigneur pour y offrir les parfums, pendant que la multitude était dehors, faisant la prière. Un Ange du Seigneur lui apparut, se tenant debout à la droite de l'autel des parfums.
(l) Cuni festinatione. (Saint Luc, chap. i, 7. 39-)
» Zacharie, le voyant, fut troublé, et la frayeur le saisit. Mais l'Ange lui dit : — Ne craignez point , Zacharie, parce que votre prière est exaucée. Elisabeth, votre épouse, vous enfantera un fils, à qui vous donnerez le nom de Jean. Vous en serez dans l'allégresse et dans le ravissement; et plusieurs se réjouiront de sa naissance. Il sera grand devant le Seigneur ; il ne boira point de vin , ni rien de ce qui peut enivrer. II sera rempli du Saint-Esprit dès le sein de sa mère. Il convertira plusieurs des enfants d'Israël au Seigneur ; il marchera devant Dieu dans l'esprit et dans la vertu d'Élie, pour ramener les cœurs des pères sur leurs enfants, pour rappeler les incrédules à la sagesse des justes, pour préparer au Seigneur un peuple parfait.
» Zacharie lui répondit : — A quoi connaîtrai-je qu'il en sera ainsi ? Car je suis vieux , et ma femme est déjà avancée en âge.
» L'Ange répliqua : — Je suis Gabriel , toujours présent devant Dieu ; j'ai été envoyé pour vous annoncer cette heureuse nouvelle. Et puisque vous n'avez point ajouté foi à mes paroles, qui s'accompliront en leur temps, vous allez, de ce moment, devenir muet, pour ne plus parler jusqu'au jour où ce que j'ai dit arrivera.
» Cependant le peuple attendait Zacharie et s'étonnait de voir qu'il restât si longuement dans le Temple. Mais lorsqu'il sortit, comme il ne pouvait parler et qu'il cherchait à se faire comprendre par des signes, on reconnut qu'il avait eu une vision.
» Il demeura donc muet. Elisabeth, sa femme,
quelque temps après, se voyant enceinte, se tint cachée durant cinq mois, bénissant le Seigneur de ce qu'il avait jeté sur elle un regard favorable, et de ce qu'il la tirait de l'opprobre où elle était devant les hommes. »
Dans ce pieux voyage de . Marie pour visiter Elisabeth , on croit qu'elle était accompagnée de saint Joseph ; et saint Bonaventure le dit formellement. La ville d'Ain ou Hébron, où demeurait Zacharie, était à quelques lieues de Jérusalem; il fallait cinq journées de marche, par des chemins pénibles, pour y arriver de Nazareth ; et il n'est pas probable que la sainte Vierge ait fait seule un tel voyage.
Aussitôt qu'Elisabeth eut entendu la voix de Marie qui la saluait, elle sentit que son enfant tressaillait dans son sein. Remplie du Saint-Esprit , elle connut par inspiration le mystère de l'incarnation du Verbe, et elle s'écria :
« Vous êtes bénie entre toutes les femmes ( I ), et le fruit de vos entrailles est béni !
» Mais d'où me vient ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne vers moi (2) ?
)) Car votre voix n'a pas plutôt frappé mon oreille, lorsque vous Yu'avez saluée, que mon enfant a tressailli de joie dans mon sein. Et vous êtes heureuse
(1) Élisabeth répète, sans le savoir, les paroles de l'Ange.
(2) Élisabeth s'étonnait de ce que Marie venait à elle , dit saint Bernard; mais il y avait encore un autre sujet d'étonnement , c'est qu'elle venait pour servir et non pour être servie.
On voit aussi là que l'Église , en donnant à la sainte Vierge le nom de Mère de Dieu, ne fait que répéter ce que le Saint-Esprit a dit par la bouche de sainte Élisabeth.
d'avoir cru, parce que les choses qui vous ont été dites de la part du Seigneur seront accomplies (1). »
Alors Marie dit ces paroles :
« Mon âme glorifie le Seigneur, et mon esprit est ravi de joie en Dieu mon Sauveur, parce qu'il a regardé l'humilité de sa servante. Et voici que toutes les générations m'appelleront bienheureuse.
» II a fait en moi de grandes choses, lui qui est le Tout-Puissant (2) , lui de qui le nom est saint, et dont la miséricorde se répand d'âge en âge sur ceux qui îe craignent.
» Il a déployé la force de son bras. Il a dissipé ceux qui enflaient leurs cœurs de pensées d'orgueil. Il a renversé les grands de leurs trônes, et il a élevé les petits. Il a rempli cle biens les pauvres affamés; il a renvoyé vides ceux qui étaient dans l'opulence.
» Il s'est souvenu de sa miséricorde , et il a pris sous son appui Israël, son serviteur, comme il l'avait promis à nos pères , à Abraham et à sa race pour tous les siècles (3). »
Dans cette entrevue célèbre, dit saint Ambroise, Elisabeth et Marie prophétisèrent toutes deux, « par l'Esprit-Saint dont elles étaient remplies et par la vertu de leurs enfants. »
Marie passa trois mois dans la maison d'Elisabeth.
(1) Saint Luc, chap. i, f. 42-45.
(2) Fecit mite magna qui potens est. Pourquoi la sainte Vierge , dans le Magnificat, ne dit-elle pas quelles sont ces merveilles que le Seigneur a accomplies en elle? C'est, répond saint Thomas de Villeneuve, qu'elles sont telles qu'aucune langue ne saurait les exprimer.
(3) Saint Luc, chap. i, f. 46-55.
Sur l'emplacement de cette antique demeure, en souvenir de la Visitation (1), on avait bâti une église et un couvent dont il ne reste que des ruines (2).
Ce qui se passa dans ces trois mois entre Elisabeth et Marie, leurs pieux entretiens, leurs œuvres pleines de bénédictions, rien de tout cela n'est connu que de Dieu. La Vierge sainte était si bonne, qu'elle dut plaindre Zacharie , muet et puni de son doute , mais, malgré cet instant de fragilité, toujours saint devant le Seigneur.
Saint Ambroise, saint Bonaventure et d'autres Pères n'admettent pas que Marie se soit retirée sans avoir béni le saint précurseur.
« Elisabeth étant parvenue, dit saint Bonaventure, au terme de sa grossesse , mit au monde son fils ; Marie le prit entre ses bras et s'empressa de lui donner tous les secours que réclamait sa situation. L'enfant la regardait affectueusement, comme s'il eût compris ce qu'elle était, et lorsqu'elle le présentait à sa mère, ses yeux, se tournaient vers Marie, et il semblait n'avoir de bonheur que dans cette douce contemplation ;
(1) L'Église célèbre le 2 juillet la Visitation, qu'on a souvent appelée la fête de Notre-Dame des Grâces , à cause des faveurs immenses qui se répandirent sur l'heureuse mère de saint Jean-Baptiste. Le 2 juillet n'est pas le jour où la sainte Vierge arriva chez Elisabeth; mais ce jour a été choisi comme se rattachant à la nativité du saint précurseur, dont il est l'octave.
(2) Parmi ces ruines, une chapelle rustique subsiste au lieu même de la rencontre des deux saintes cousines , nommé spécialement le lieu de la Visitation. A l'endroit où était la maison de Zacharie et où est né saint Jean-Baptiste, on voit encore une belle église, due à la piété de Louis XIV. Au milieu du sanctuaire et dans le pavé est incrusté un marbre rond, sur lequel on lit cette inscription : Hic prœcursor Domini natus est {Pèlerinage du P. de Géramb à Jérusalem, lettre 34.)
Marie lui souriait gracieusement , le pressait contre son cœur et le couvrait de ses délicieux baisers.
Voyez quelle fut la gloire de Jean -Baptiste : nul enfant ne fut jamais si honorablement porté.
Les voisins et les parents d'Elisabeth, sachant la grâce signalée que Dieu lui avait faite, accoururent pour l'en féliciter. Ils vinrent aussi le huitième jour, où l'on devait circoncire l'enfant.
Or, dans ces grandes réunions, dit encore le même Père, la sainte Vierge , pour se dérober aux regards des hommes , se tenait cachée derrière un rideau.
Les parents nommaient l'enfant Zacharie, du nom de son père; mais Elisabeth leur dit : « Non, il doit s'appeler Jean.
— Il n'y a personne, dirent-ils, qui porte ce nom dans votre famille. »
En même temps ils interrogeaient par signes le père de l'enfant à ce sujet. Zacharie ayant demandé des tablettes, écrivit dessus, à la surprise de tout le monde : « Jean est son nom. m
Aussitôt sa bouche s'ouvrit, sa langue se délia; il fut rempli du Saint-Esprit, et louant Dieu il parla en ces termes :
« Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël. Il a visité et racheté son peuple. Il nous a suscité un Sauveur puissant dans la maison de David son serviteur. Il l'avait promis par la bouche de ses saints prophètes. Il avait juré à notre père Abraham qu'il se donnerait à nous. ))
Puis se tournant vers l'enfant, il reprit :
« Et vous, petit enfant, vous serez appelé le pro-
phète du Très-Haut. Vous marcherez devant le Seigneur pour lui préparer ses voies. Tous donnerez à son peuple la connaissance du salut, afin qu'il obtienne la rémission de ses péchés , par les entrailles de la miséricorde de Dieu, qui, nous visitant d'en haut, vient éclairer ceux qui sont encore dans les ténèbres et dans l'ombre de la mort, et conduire nos pas dans le chemin de la paix. »
« Tous les voisins furent frappés de crainte ; le bruit de ces merveilles se répandit dans les montagnes de Judée ; et tous ceux qui en furent instruits les conservaient dans leur cœur , disant : Quel pensezvous que sera un jour cet enfant ? Car la main du Seigneur est sur lui. »
Marie, rentrée à Nazareth, avait repris les modestes occupations de sa retraite paisible. Bientôt, avançant dans sa grossesse, elle fut reconnue enceinte, dit l'Évangile. Joseph, que le ciel n'avait pas encore instruit, et à qui l'humble Marie n'avait rien dit de l'ineffable mystère dont elle était l'instrument auguste, se reposant en la sagesse de Dieu , — Joseph fut troublé en lui-même , car il ne comprenait pas que sa jeune épouse, si pure et si dévouée au Seigneur, eût pu trahir son vœu. Ne s'expliquant point ce qu'il voyait, redoutant de soupçonner la Vierge très-sainte d'une faute que les Hébreux punissaient de mort, ne pouvant se résoudre à lui faire un reproche qui l'eût blessée , il se décida à un parti qui n'immolait que son propre repos : il résolut de quitter secrètement Marie (i).
(l) Qui sait, dit saint Bernard, si Joseph ne pensait pas que Marie
La sainte Vierge, dans son angélique modestie, n'avait pas pu révéler elle-même les insignes faveurs dont elle était l'objet. Son humilité profonde en eût souffert; et, nous le répétons, sa confiance en Dieu l'assurait que Celui qui avait fait en elle de grandes choses saurait bien diriger les événements.
Aussi , comme Joseph s'était endormi dans les pensées qu'il méditait, un Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit :
« Joseph, fils de David, ne craignez pas de garder avec vous Marie , votre femme; car ce qui est né dans elle a été formé par le Saint-Esprit. Elle enfantera un fils, à qui vous donnerez le nom de Jésus, parce que ce sera lui qui sauvera son peuple, en le rachetant de ses péchés. C'est l'accomplissement de ce que le Seigneur a promis par ces paroles du prophète : a Une vierge concevra et elle enfantera un fils, que l'on appellera Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous (■!). »
« Joseph s' éveillant adora le Seigneur, et fit ce que l'Ange lui avait dit. (2). »
était peut-être la vierge miraculeuse d'Isaïe, et s'il ne se jugeait pas indigne de partager ses honneurs ?
(1) Isaïe, cbap.yii, y. 14.
(2) Saint Matthieu, ch. i] y. 18-24.