‹ Lègendes du Nouveau TestamentChapitre 8 sur 106 · L'EXPECTATION OU ATTENTE · texte numérisé non relu

L'EXPECTATION OU ATTENTE

diverses provinces étaient arrivés à Bethléem pour ce recensement, lorsque Marie approchait de son terme. Joseph et Marie étant de la race de David, dont Bethléem était la ville natale , furent donc obligés de s'y rendre, malgré l'hiver et la situation délicate de la sainte Vierge. Bethléem , à deux lieues de Jérusalem , était à plus de trente lieues de Nazareth, où ils demeuraient. Les écrivains sacrés pensent que le saint époux de Marie devait méditer en chemin ces paroles de Michée (1 ) :

« Et toi , Bethléem , tu es bien petite parmi les villes de Juda; mais c'est de toi que sortira celui qui doit dominer en Israël et dont la génération est des jours de l'éternité... »

Joseph et Marie arrivèrent à Bethléem au commencement de la nuit. Mais il n'y avait point de place pour eux dans l'hôtellerie (2). Cette remarque de saint Luc proteste du peu d'aisance des deux époux. Joseph reprit la bride de l'âne qui portait son humble compagne (3). Hors de l'enceinte méridionale de la ville, il trouva une étable creusée dans le roc; il se réfugia avec Marie dans cet abri sauvage.

(1) Michée, chap. v, f. 2.

(2) Non erat eis locus in diversorio. (Saint Luc, chap, i, y. 7.)

Au quatrième siècle , sainte Paule fit bâtir un monastère et un hôpital pour les pèlerins dans cette même rue où saint Joseph et la sainte Vierge n'avaient trouvé personne qui les reçût. (Ribade Neira). Bethléem est peuplée aujourd'hui , selon le P. de Géramb , qui visita les lienx saints en 1832, d'environ 150 Turcs, 50 Arméniens, 1,800 Grecs et 1,800 catholiques. La principale industrie de ces pauvres habitants consiste dans la fabrication des chapelets, qu'ils offrent aux pèlerins. Si la pauvreté y est très-grande, les mœurs y sont pures et sévères.

(3) Plusieurs écrivains disent que la sainte Vierge fit ce voyage à pied; mais ce n'est pas l'opinion la plus adoptée.

L'Église romaine fête le 1 8 décembre l'expectation ou attente de la sainte Vierge , qui peut-être , dans son dénûment presque absolu, méditait doucement le bonheur dont elle était comblée, — d'être bientôt la mère de Dieu.

On croit que ce même jour (4 8 décembre) est celui du départ des saints époux pour Bethléem , et que ce même jour aussi les Mages préparèrent leur voyage, quoique le miraculeux météore qui devait les guider n'ait paru , selon le sentiment général , qu'à l'instant à jamais illustre où naquit l'enfant Jésus. Mais on voit, par leurs discours à Hérode , qu'ils attendaient ce moment.

Quoi qu'il en soit, l'attente ou expectation de la sainte Vierge donne lieu en quelques pays , surtout en Belgique , à une gracieuse fête populaire qu'on appelle la Messe d'or. Elle se célèbre le mercredi des Quatre-Temps de l'Averit , à six heures du matin (deux heures avant le lever du soleil). Les églises sont illuminées comme à la messe de Minuit. Les officiants se revêtent de leurs ornements les plus riches , l'orgue accompagne de ses pins ravissantes harmonies les chants sacrés. Les chrétiens les plus froids accourent à cette belle cérémonie, où les églises sont toujours encombrées de fidèles.

Cette messe est aussi appelée la Messe des Voyageurs; et, selon une opinion générale, appuyée d'une masse de faits, tous ceux qui ont assisté à la Messe d'or sont préservés toute l'année des accidents désastreux qui menacent l'homme en voyage.

Roraîe, coli, desuper, et nubes pluant Justum.

(Isaie , ch. XLV.)

La pourpre de sa majesté souveraine n'est ici que les humbles langes qui le couvrent.

Yo.ndel.

Et ce fut dans cette grotte ou étable (1), — le !2o décembre , — à l'heure de minuit (2) , — que la Vierge sainte mit au monde , sans douleur (3) , le petit enfant si longtemps attendu, dont la venue fit taire les oracles des démons et changea les destins du monde.

Sa mère, par une inspiration de l'Esprit saint, dit saint Bonaventure , lava son corps avec le lait dont la bonté divine avait miraculeusement rempli son sein ; puis elle l'emmaillotta de langes et le coucha

(t) La grotte ou caverne où naquit Notre-Seigneur servait d'étahle aux voyageurs étrangers; elle est située au midi de Bethléem. Creusée dans le roc, elle a environ 40 pieds de profondeur sur 12 de large et 9 de haut. Les premiers chrétiens avaient renfermé ce lieu révéré dans une chapelle qu'ils avaient bâtie là. L'empereur Adrien, qui voulait arrêter le Christianisme , tenta de la profaner en y érigeant une statue d'Adonis. Mais sainte Hélène fit abattre la honteuse idole , éleva en ce lieu une belle église dédiée sous l'invocation de la Vierge Mère, et fit revêtir d'un marbre précieux la voûte, le pavé et les parois de la grotte sacrée. Le lieu où le Sauveur du monde est né, indiqué par un marbre blanc fixé dans le pavé et incrusté de jaspe , est éclairé de seize lampes toujours allumées. (Vie de saint Joseph, par un ancien curé.)

(2) L'an du monde 4000 ou 4004, selon la chronologie la plus admise, et Pan du monde 5500, suivant les chronologies de l'Orient; la quarante et unième année du règne d'Auguste.

(3) In partit Virginis nullus fuit dolor. (Saint Thomas d'Aquin.)

dans la crèche , sur un peu de foin , suivant une tradition respectée. Le Désiré des nations, que les Anges entouraient dé leurs harmonies, que Joseph et Marie adoraient en silence, ne fut réchauffé, dans cette froide solitude, que par la tiède haleine de l'âne qui avait porté son heureuse mère , et d'un bœuf, seul hôte de l'étable (4).

Bien des merveilles, recueillies dans les traditions des premiers siècles signalèrent le prodige éternellement unique de cette naissance adorable.

Les Romains , en paix après six cents ans de guerres , avaient construit un temple à la Paix. En l'élevant , ils avaient consulté l'oracle d'Apollon pour savoir combien de temps l'édifice durerait, et l'oracle avait répondu :

— Jusqu'au jour où une Vierge mettra au monde un fils.

Un tel événement ne leur paraissant pas possible, ils avaient placé ces mots au front de leur monument : Temple de la paix pour l'éternité.

A l'instant où Jésus-Christ naissait, le temple de la Paix s'écroula sur ses jeunes fondements (2).

Le Livre d'or ,- qui renfermait les destinées de Rome d'après les anciens oracles et les prophéties des sibylles, contenait cette prédiction : « Quand l'huile jaillira de la fontaine , on verra paraître le Sauveur. »

(1) Suivant une tradition bien appuyée et constamment reçue par l'Église, « il y avait un âne et un bœuf dans l'étable. »

(2) Sur les ruines du temple de la Paix, on a bâti depuis l'église dite de Saint e-Marie-la-Neuve.

À l'heure même où la Vierge sainte mit au monde son divin Fils dans la crèche de Bethléem, la fontaine de la Taberna Meiïtoria versa à flots une huile pure et limpide, qui ne cessa de couler jusqu'au Tibre, pendant vingt-quatre heures.

C'est en souvenir et témoignage de ce prodige que fut construite la première église dédiée dans Rome à la sainte Vierge, sons le nom de Fons olei (fontaine d'huile), qu'elle conserve encore, quoique le saint pape Calixte Ier l'ait consacrée sous le titre de Sainte- Marie du Tibre , au commencement du troisième siècle.

Mais il y eut une autre merveille. Jacques de Voragine, d'après les autorités des temps anciens, raconte que le jour de la naissance du Sauveur on vit surgir à l'orient trois globes lumineux , ou un triple soleil , symbole de la Trinité#auguste ; et après avoir brillé assez longtemps sur l'horizon , ces trois soleils confondirent leurs glorieux rayons et ne firent plus qu'un seul disque.

Ce même jour, Auguste, qui était alors au faîte de la puissance , était occupé d'un décret flatteur du Sénat qui le proclamait dieu de son vivant , et lui votait un temple où l'encens devait brûler devant sa statue. Auguste, n'ayant pas encore perdu toute sagesse, sentait bien qu'il n'était qu'un homme. Avant d'agréer les honneurs suprêmes , il fit appeler une de ces sibylles dont les fiers souverains de Rome acceptaient ordinairement les oracles. Quelques narrations l'appellent la sibylle de Tibur.

Seul avec elle dans un lieu retiré de son palais , il

lui demanda s'il devait naître dans la suite des âges un homme plus grand que lui. C'était précisément le jour de la naissance du Seigneur. La sibylle , attentive , consultait d'antiques oracles pour satisfaire la curiosité impériale , lorsque , vers midi ,.le disque du soleil parut à ses yeux entouré d'un cercle d'or, au milieu duquel on distinguait une vierge éblouissante de gloire , assise sur un autel. Elle tenait un jeune enfant qu'elle penchait avec amour sur son sein. La sibylle montra cette vision au César étonné. Pendant qu'il la considérait attentivement , une voix inconnue ébranla les murs du palais, et on entendit ces paroles :

Hœc ara est Dei cœlij c'est ici l'autel du Dieu du ciel.

Alors les cheveux de la sibylle se hérissèrent, l'inspiration gonfla sa poitrine; se dressant en face de l'empereur avec une majesté surhumaine, elle lui dit : — Puissant César, cet enfant est plus grand que toi. C'est lui qu'il faut adorer.

Auguste tomba à genoux , plein d'une indicible terreur-, il offrit de l'encens à l'Enfant céleste , et défendit qu'on lui rendît jamais à lui-même les honneiîrs divins.

La chambre secrète du palais des empereurs où se passait cette scène est devenue l'église d'Ara cœli (autel du ciel), en l'honneur de la très-pure Vierge. Elle a été consacrée, vingt-cinq ans après le martyre de saint Pierre , par le saint pape Anaclet. Deux des colonnes, faites avec les éperons des vaisseaux d'Antoine pris à Actium, supportent maintenant la voûte

d'un édifice dédié à Marie. La fille de David a triomphé des fils des Césars (1).

On lit dans Suidas un autre fait, qu'il avait puisé dans de vieux monuments, et que Nicéphore a répété après lui : l'empereur Auguste, inquiet des prédictions qui circulaient partout alors , offrit une hécatombe à l'Apollon Pythien, afin d'en obtenir quelque lumière. Mais il ne reçut d'abord aucune réponse, et ce ne fut qu'après qu'il eut présenté un second sacrifice qu'il obtint cet oracle :

a Un enfant hébreu , Dieu lui-même et souverain des divines puissances , me contraint à descendre d'ici et à rentrer tristement dans les sombres demeures. Désormais donc éloigne-toi en silence de nos autels. »

Me puer hebrœus, divos Deus ipse gubernans Céder e sede jubet, tristemque redire sub orcum. Aris ergo dehinc tacitùs abscedito nostris.

L'Évangile de l'enfance et beaucoup d'autres récits anciens racontent que Jésus parla en naissant , et parla dans la crèche. Les musulmans ont adopté ce fait, qui n'a rien d'invraisemblable.

Il y a dans les Évangiles apocryphes des détails que nous reproduisons sur les circonstances de la Nativité.

On lit dans le Protévangile de saint Jacques que,

(1) M. l'abbé Darras , Légende de Notre-Dame, chap. vm. L'église dUra cœli appartient aux franciscains. Aux fêtes de Noël, on y expose la statue de l'enfant Jésus, et dans de gracieuses solennités, c'est un enfant qui fait le sermon : souvenir de Jésus dans le temple au milieu des docteurs.

comme Marie et Joseph approchaient de Bethléem , Joseph, s'étant retourné, vit que Marie était triste; et il se dit : — Peut-être que ce qui est en elle la fatigue. Il se retourna une seconde fois , et i la voyant sourire , il lui demanda pourquoi elle était presque en même temps triste et gaie.

— C'est, dit-elle, que je vois deux peuples : l'un qui pleure et gémit, l'autre qui se livre à la joie.

C'étaient les Juifs et les Gentils.

Peu après , Marie pria Joseph de la faire descendre de l'ânesse, parce que ce qui était en elle la pressait extrêmement.

« Et trouvant près de là une grotte,- il y fit entrer Marie. Comme il sortait pour chercher du secours , étonné de l'immobilité où il voyait toute la nature , une femme, qui descendait par ce chemin, lui demanda où il allait. Il répondit qu'il allait à la recherche d'une sage-femme de la race des Hébreux. Or, cette femme, qui dans quelques récits est appelée Zébel, et dans d'autres Anestaise ou Ànastasie , était une sage-femme. Elle s'arrêta donc devant la grotte, bien surprise de voir au - dessus une nuée lumineuse (1), plus étonnée encore, en y entrant , de la voir éclairée comme le plus beau jour, et elle s'écria : — Mon âme est glorifiée aujourd'hui, car mes yeux ont contemplé des merveilles.

(1) Dans l'histoire apocryphe de la Nativité de Marie et de V enfance dit Sauveur, que les premiers siècles attribuèrent à saint Matthieu , on lit : « Qu'une grande étoile brilla sur la caverne où Marie était entrée, depuis le soir jusqu'au matin , et que jamais on n'avait vu , depuis le commencement du monde , un astre de cette grandeur. »

Lorsqu'elle vit l'Enfant divin, elle s'écria encore : — Ce jour est grand pour moi !

Puis, comme elle sortait, Salomé, que le Protévangile fait arriver là aussi , se trouva au-devant d'elle. Salomé était l'épouse de Zébédée. La sagefemme lui dit : — J'ai de grandes merveilles à vous raconter. Une vierge vient d'enfanter, et elle reste vierge;

Salomé répondit : — Si je ne m'en assure par moimême, je ne le croirai pas. Mais à l'instant elle sentit . sa main et son bras paralysés. Tombant à genoux dans la grotte, elle s'écria : Malheur à moi, perfide et impie ! car j'ai tenté le Dieu vivant.

Comme elle priait avec ardeur, un Ange parut à ses côtés et lui dit : — Salomé, Dieu t'a entendue; tends la main à l'enfant, et prends-le dans tes bras. Aussitût qu'elle l'eut fait avec adoration , elle fut guérie. Et l'Ange lui dit encore : — N'annonce pas les merveilles que tu as vues , jusqu'à ce que l'enfant soit entré à Jérusalem.

Il est inutile de faire observer que l'intervention d'une sage-femme dans la nativité de Notre-Seigneur est complètement rejetée par l'Église.

Gaudet chorus cœlestium, Et Angeli canant Deo , Palamque fit pastoribus Pastor, creator omnium.

(Offic. Rom.)

« Or, il y avait près de là (aux environs de la tour d'Ader, entre Bethléem et Jérusalem) (1), dit saint Jérôme, des bergers qui passaient la nuit dans les champs, veillant tour à tour à la garde de leurs troupeaux. Tout à coup un Ange du Seigneur (2) se présenta devant eux. Une lumière divine les environna; ce qui les remplit de frayeur. Mais l'Ange leur dit :

» Ne craignez point. Je viens vou% apporter une nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet d'une grande joie. Aujourd'hui, dans la cité de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ. Et voici la marque à laquelle vous le reconnaîtrez : — Vous trouverez un enfant emmaillotté de langes et couché dans une crèche.

» Au même instant, il se joignit à l'Ange une grande troupe de l'armée céleste , louant le Seigneur et chantant : — Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté! »

Quand ces chants merveilleux eurent cessé, comme la divine lumière et les Anges radieux se retiraient

(1) Ce lieu s'appelle encore aujourd'hui le village des Pasteurs; il est habité. La place où les bergers se prosternèrent est close de murs.

(2) Selon plusieurs commentateurs, l'Ange Gabriel.

dans le ciel , les bergers , qui s'étaient inclinés devant le Seigneur, se relevèrent et se dirent entre eux :

« Allons donc jusqu'à Bethléem , et voyons ce qui est arrivé (1). »

Les anciens Pères rapportent que ces bergers étaient au nombre de trois ou quatre seulement. Ils prirent de simples offrandes : des agneaux et des fruits ; et ils s'acheminèrent vers la cité , à la clarté des astres de la nuit. Celui qui les avait conviés dirigeait leurs pas. Ils entrèrent dans l'étable abandonnée, où ils trouvèrent Marie et Joseph auprès de l'Enfant couché dans la crèche (2). S'étant prosternés, ils offrirent en adoration leurs humbles présents, rendant grâces à Dieu de la manifestation dont il les avait honorés, puis ils se retirèrent pour répandre aux alentours les heureuses nouvelles de cette nuit sainte.

L'Église , qui célèbre à minuit , le 25 décembre , la naissance de Notre-Seigneur, fête le même jour, à la messe de l'aurore , le souvenir de l'adoration des bergers.

(1) Saint Luc, chap. ri, f. 8-18.

(2) Les traditions nous apprennent que la crèche de pierre était garnie en dedans d'une crèche de bois , que plusieurs écrivains sacrés pensent avoir été accommodée à la hâte par saint Josephr Cette crèche de bois se garde à Rome, dans l'église auguste de Sainte-Marie-Majeure, où elle fut apportée au septième siècle , comme l'a reconnu Benoît XIV. La crèche de pierre demeurée à Bethléem est décorée de marbre blanc et ornée de riches draperies.

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