‹ Lègendes du Nouveau TestamentChapitre 80 sur 106 · DEUXIÈME LÉGENDE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LÉGENDE

« Pilate tenait toujours ses yeux fixés sur un gouffre noir qui était ouvert à ses côtés. Une eau sombre se roulait au fond ; on l'entendait mugir; on ne la voyait pas ; des touffes entremêlées de chênes nains et de figuiers sauvages avaient tissu leur réseau sur l'épouvantable abîme; et le bloc de rocher, lancé au gouffre, se débattait longtemps avec les plantes, avant d'arriver à l'eau sourde qu'il faisait jaillir avec d'horribles échos. Pilate souriait au gouffre; puis il contemplait l'immense et sublime paysage qui entourait si gaiement son agonie de désespoir. Il songeait à la mort du Nazaréen , à cette mort qui fut si calme au milieu de la nature bouleversée , et il pleurait amèrement.

» — Longinus , dit-il , remets ton épée au fourreau; je n'en ai pas besoin. Je saurai mourir sans toi ; je ne veux pas souiller tes mains de mon sang ; car tu es encore couvert d'un autre sang qui ne s'effacera jamais. Oui, Longinus, ce sage du Goîgotha descendait des esprits supérieurs ; conserve cette croyance. Tous ceux qui ont trempé leurs mains dans son sang ont péri d'une mort misérable ; songe

à Hé rode et à Caïphe Je leur survis encore, moi.

Tu vas voir comment je vais les imiter.

» Et il s'élança dans l'abîme. Longinus entendit craquer les branches entrelacées et ne vit plus que les lambeaux de la toge accrochés aux plantes épineuses du gouffre. Il entendit aussi les sourds ricochets du corps, et un cri suprême, agrandi par l'écho, et qui se mêlait à un fracas d'eau brisée, dont l'écume vint étinceler au soleil. »

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