‹ Lègendes du Nouveau TestamentChapitre 82 sur 106 · TROISIÈME LÉGENDE · texte numérisé non relu

TROISIÈME LÉGENDE

— Ce peuple est indomptable et toujours prêt à se révolter.

— Lorsque Jésus te fut livré, tu en devenais responsable; et tu devais me l'envoyer, cet homme si digne, au lieu de le laisser crucifier. Les nombreux miracles qu'il a faits, comme tu le reconnais toi-même dans ton rapport, prouvent assez que Jésus-Christ était vraiment le roi mystérieux que les Juifs attendaient.

Or, au moment où l'empereur prononça le nom de Jésus-Christ, toutes les statues des dieux qui garnissaient le Panthéon tombèrent et se mirent en pièces.

L'empereur, le sénat et tous les assistants srenfuirent effrayés, et le César, en se retirant, recommanda qu'on gardât Pilate avec le plus grand soin , car il voulait encore l'interroger sur Jésus.

Le lendemain, l'empereur, accompagné comme la veille , fit amener Pilate au Capitole , et il reprit son interrogatoire :

— Misérable impie, lui dit-il, la chute de nos dieux en ta présence dénonce ta conduite infâme et le crime que tu as commis en portant la main sur Jésus. Dis-nous donc quel était cet homme dont le nom seul a renversé les dieux que nous adorons ?

— Tout ce qu'il ordonnait, tout ce qu'il conseillait, répondit Pilate, était juste et vrai, et j'étais persuadé qu'il était bien au-dessus de toutes les divinités à qui nous rendons un culte.

— Pourquoi donc as-tu poussé l'audace jusqu'à agir comme tu l'as fait, envers un homme que tu connaissais si grand ? Tu ne pouvais être poussé que par une pensée hostile à ma puissance.

— Seigneur, répliqua Pilate, la violence des Juifs iniques m'a forcé à faire ce que vous condamnez justement.

Le César, dont la colère ne se calmait pas, fit écrire sur-le-champ au préfet de l'Asie Mineure d'aller châtier les Juifs qui avaient crucifié Jésus , en les expulsant de Jérusalem et les dispersant comme esclaves chez les peuples voisins. Ce fut le commencement de ce que les légendaires appellent la vengeance du Seigneur.

Après cela, l'empereur ordonna au bourreau de trancher la tête de Pilate, pour avoir, avec les Juifs , porté la main sur l'homme juste appelé le Christ.

— Seigneur, dit alors Pilate, ne me confondez pas avec ces Juifs misérables : si j'ai offensé Votre Majesté, je ne l'ai fait que contraint par cette foule rebelle. Ne me condamnez donc pas; mais pardonnez-moi, ainsi qu'à votre servante Procula, qui arrive avec moi de cette contrée d'où nous vient la mort.

Comme il parlait ainsi , une voix descendit du ciel et adressa ces paroles à Pilate : — Martyr de ma religion, toutes les prophéties qui me concernaient ont été accomplies devant toi. Tu seras en ma présence quand je jugerai au jour suprême Israël et les peuples qui ne connaissent pas mon nom.

Et le bourreau trancha la tête de Pilate ; un Ange aussitôt prit cette tête. Procula, en le voyant, fut saisie d'une si grande joie qu'elle rendit l'esprit, et mourut ainsi avec son époux (1).

(1) Les Chrétiens d'Egypte croyaient et croient sans doute encore que Pilate se convertit, reçut le baptême et subit le martyre ; quelques do-

Regina Apostolorum.

Litanies de Lorette.

Une tradition qui ne peut être contestée, car elle est confirmée par saint Jérôme, par saint Isidore, par les anciennes liturgies d'Espagne, par une foule d'autorités et de monuments qui en font un point d'histoire, une tradition qui n'a jamais été interrompue, nous apprend que saint Jacques le Majeur alla porter aux Espagnols le flambeau de la foi. Selon les plus probables supputations, cette mission du saint Apôtre doit se placer peu après le martyre de saint Etienne. Ainsi, dès l'année qui suivit l'ascension de Notre-Seigneur, l'Espagne aurait eu le bonheur de recevoir l'Évangile.

Mais une autre tradition, plus merveilleuse, se rattache à cet heureux voyage , et attribue à saint Jacques lui-même la fondation de l'église auguste de Notre-Dame-du-Pilier, révérée depuis lors à Saragosse.

Or, tant de contestations s'étaient accumulées autour d'une si miraculeuse origine, que l'Espagne s'adressa au Saint-Siège, régulateur de la foi. Innocent XIII occupait la chaire de saint Pierre. Après de longues informations, de sérieuses recherches et de prudentes études, douze cardinaux, assemblés par

cuments remarquent même qu'il prêcha l'Évangile , probablement dans l'Ethiopie , et qu'il expia par le martyre ses lâchetés , sous Néron.

ordre du Souverain Pontife pour statuer sur cette question, si chère à l'Espagne, adoptèrent l'exposé suivant, qui fut approuvé par la sainte Congrégation des rites, le 7 août 1723, et inséré, depuis lors, dans les leçons de l'office propre de Notre-Dame du Pilier, fêtée le \ % octobre :

« De tous les lieux qui offrent en Espagne un » attrait spécial à la dévotion, le plus illustre sans » dou^e est le sanctuaire consacré à Dieu sous l'in- )) vocation de Notre-Dame, qu'on appelle à Sara- » gosse Notre-Dame-du-Pilier.

» Suivant une antique et pieuse tradition, saint » Jacques le Majeur, conduit par la Providence en » Espagne, séjourna quelque temps à Saragosse (1). )> Il y reçut de la sainte Yierge une faveur insigne : » une nuit qu'il priait avec quelques disciples, sur » les bords de l'Èbre , la Mère de Dieu , encore » vivante, lui apparut et lui ordonna de bâtir là un » oratoire. L'Apôtre obéit sans retard. Avec l'aide » de ses disciples, il éleva au Seigneur, en l'honneur » de la Yierge sainte, une petite chapelle (2) ».

Les légendes populaires ne s'arrêtent pas à ce récit trop sommaire; elles ajoutent que saint Jacques, ayant visité Orviédo, Padron et d'autres lieux, s'était arrêté plus longuement à Saragosse , où il avait fait plusieurs disciples; qu'il les réunissait tous les soirs

(1) Alors appelée Cesar-Augusta.

(2) Le récit approuvé par la congrégation des Rites ajoute : « Dans la suite des temps, on y construisit une église plus vaste », et la chapelle bâtie par saint Jacques est devenue une crypte, enclavée dans le grand édifice. Cette chapelle, que l'on croit être la construction primitive, a trente-six pieds de long et vingt-cinq de large.

aux bords de l'Ëbre; que là, il les instruisait, en les entretenant du royaume de Dieu et des grandeurs de la sainte Vierge ; qu'un soir, aux approches de minuit, les fidèles qui entouraient le saint Apôtre entendirent les chœurs des Anges chantant sur un rhythme divin : Ave, Maria, gratta plena; qu'ils virent aussitôt, entourée d'esprits célestes éclatants de splendeur, la figure d'une dame radieuse de beauté, posée sur un pilier de marbre. Saint Jacques reconnut la Mère de Dieu et se prosterna. Elle l'engagea à élever une église au lieu même où elle apparaissait, et laissa le pilier de marbre en témoignage du prodige qui venait d'avoir lieu. L'Apôtre obéit : une chapelle fut construite avec empressement; une image de la sainte Vierge fut installée sur le pilier de l'apparition, et c'est cette image révérée qui attire toujours les pieux pèlerins.

La sainte Vierge est debout, portant dans ses bras son divin Enfant, qui tient à la main une colombe (1).

(1) Saint Jacques ne quitta l'Espagne que pour retourner à Jérusalem, où il emmena quelques-uns des disciples qu'il avait faits en ce pays. Ces disciples, après son martyre, rapportèrent son corps en Espagne, où il devint le but du célèbre pèlerinage connu sous le nom de Saint-Jacques de Compostelle.

LES DERNIÈRES ANNÉES DE LA SAINTE VIERGE, etc. 323

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