‹ Légendes du vieux ParisChapitre 11 sur 41 · RUE DE LA HARPE · texte numérisé non relu

RUE DE LA HARPE

La rue de la Harpe. — Ses anciens noms. — Le collège de Raoul d’Harcourt. — Saint-Corne et Saint-Damien. — La légende de François Trouillac. — Son épitaphe. — L'enseigne du roi David. — Ce à quoi songeait la belle Agnès. — Un orage? affreux, et ce qu’il en advint. — • Le cauchemar du luthier. — Un page de messire Satanas. — La nouvelle qu’il apporta. — Le diable plus malin que le grand prévôt. — La légende de la belle Nanette. — Fatalité ! ! !

Le vieux Paris, s’en va par morceaux. Tantôt, c’est tout un quartier qui disparaît pour faire place à de nouvelles rues; tantôt, c’est une antique maison chargée de sculptures, chef-d’œuvre du temps, une gentille tourelle, ou un pignon crasseux, ou un vieil hôtel vermoulu qui se met à la mode du dix-neuvième siècle. Cependant, avec chaque pierre qui tombe, s’envole une tradition, une légende.

Au milieu du bruit et de la poussière d’un passé qui s’écroule, écoutez une vieille chronique dont la voix s’élève, faible et chevrotante pour raconter une dernière fois une histoire du temps jadis.

La rite de la Harpe se nomma d’abord rue de la Juiverie, parce que les Juifs y avaient leurs écoles.

Plus tard, on la divisa en deux parties. qu’on distingua

par deux noms différents.

On l’ appelait rue de la Harpe depuis la rue Sainl-Séverin jusqu’à celle des Cordeliers, aujourd’hui de l’Ecole de médecine; et, depuis cet endroit jusqu’à la Porte Saint- Michel, on la désignait sous le nom de rue Saint-Corne aux Hoirs d’Harcourt; cette distinction subsista jusqu’en 1636.

Raoul d’Harcourt était chanoine de Paris en 1280. Comme il avait été successivement archidiacre de Coutances, chancelier de Bayeux, chantre d’Evreux, grand archidiacre de Rouen, et de plus, issu d’une des plus anciennes et des plus illustres maisons de Normandie, il voulut procurer aux pauvres étudiants de cette province les moyens de pouvoir apprendre les arts et la théologie.

11 fonda donc un collège qui devint célèbre par le nombre de scs écoliers et le savoir de ses professeurs. Il acquit à cet effet plusieurs vieilles maisons situées dans la rue Saint-Côme, aujourd’hui rue de la Harpe. La mort étant venue le surprendre, son dessein fut poursuivi et achevé par son frère Robert d’Harcourt, évêque de Coutances, qui ajouta même une rente pour l’entretien de vingt-quatre pauvres écoliers pris dans les quatre diocèses désignés plus haut, dont seize pour les arts et huit pour la théologie.

C’est de cette pieuse fondation que venait le nom de Hoirs d’Harcourt.

L’autre nom lui venait de l’église Saint-Corne et Saint- Damien qui était située au coin de la rue de la Harpe et des Cordeliers.

Les derniers restes de celte église existent encore ; elle fut démolie lors du percemment de la rue Racine pro-

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