LA RUE DE LA HARPE
longée. Eile avait un cimetière et un charnier; le premier lundi de chaque mois, des chirurgiens venaient y visiter les pauvres malades et donner des consultations gratuites.
Parmi les épitaphes curieuses qui ornaient cette église, il en est une rapportée par les vieilles chroniques, et qui se rattache à la légende d’un espèce de gnome qui fut le jouet de son époque.
François Trouillac vint au monde avec une étrange difformité qui le rendit célèbre. Il avait une petite corne au milieu du front, et cet appendice étrange ne lit que croître et embellir avec l’âge.
11 avait grand soin de la cacher.
Or, un jour qu’il travaillait à une charbonnière, dans la foret du Maine, le marquis de Lavardin, étant en chasse, vint à passer. Aussitôt tous les manants de se découvrir au plus vite et de saluer respectueusement le noble chasseur, mais François Trouillac, dans la crainte de faire voir sa difformité, 11’ôta pas son bonnet. Aussitôt, il est saisi par les écuyers, qui le décoiffent violemment . Amené au château, le marquis de Lavardin s’en auiusa quelque temps et le conduisit à la cour de Henri IV comme curiosité.
Le roi galant, qui aimait tant à rire des maris trompés et à courir les aventures amoureuses, le donna à un de ses valets pour en tirer profit.
En effet, le malheureux, promené de foire en foire, devint uiv objet de risée publique. Il en mourut de chugrin.
Les quolibets le poursuivirent même après sa mort, et l’on est étonné de retrouver dans une église cette épitaphç
ridicule, qui fut payée par celui dont il avait fait la fortune :
Dans ce petit endroit, à part,
Gît un très-gentil cornard,
Car il l’était sans avoir femme.
Passant, priez Dieu pour son âme.
Maintenant, voici la légende qui a fait donner à celle voie publique le nom de la Harpe, nom qui a remplacé les deux premiers dont je viens de parler, et qui subsiste encore aujourd’hui :
On raconte que, vers 1250, une enseigne pendait à la deuxième échoppe à droite, au-dessus de la rue de Mâcon. Elle représentait le roi David jouant de la Harpe, et indiquait la chétive boutique d’un bon été luthier, vieillard qui côtoyait la nonantaine.
11 avait auprès de lui, pour charmer ses vieux jours et les ennuis d’un commerce peu lucratif, une gentille fillette, vive et follette.
C’était la belle Agnès qui, cloitrée dans cette demeure froide et triste, suppléait par l’imagination à la monotonie du logis. Elle passait tout le jour dans une douce et mélancolique rêverie.
A quoi songeait-elle?
A ce que songe fillette de vingt ans.
Plus d’une fois de gentils clercs, en allant aux écoles, lui jetaient des sourires qui disaient beaucoup de choses.
Un beau jour, elle disparut, montée en croupe sur le cheval d’un gentilhomme inconnu de tous, excepté sans doute de la charmante Agnès.
Ce soir-là, il lit un orage affreux et un vent à tout emporter.