‹ Légendes du vieux ParisChapitre 13 sur 41 · LA R U R DR LA H A R P R · texte numérisé non relu

LA R U R DR LA H A R P R

11 y avait déjà de longues heures que le couvre-feu était sonné ; cependant le pauvre luthier attendait toujours Agnès. Il ne savait que penser d’un pareil événement. Un noir pressentiment tourmentait sa cervelle, c’est alors qu’il se remémora en tremblant un rêve horrible, qui avait troublé son sommeil, ordinairement si calme.

Il avait vu une légion de diables rouges s’abattre sur son échoppe, s’emparer de tous ses instruments, et faire un vacarme épouvantable, tel qu’on doit l’entendre au sabbat. Ils célébraient les noces de sa fille avec Satan en personne trônant sur son vieux fauteuil de cuir noir aux clous dorés. Plus de doute, ce funeste présage cachait un malheur pour sa maison, et Beelzébuth avait choisi pour victime sa pauvre Agnès.

11 se lamentait déjà avec cette idée fatale quand, tout à coup, il y eut dans la rue de Mâcon, qui commence rue de la Harpe, un bruit horrible, un tapage épouvantable sur le pavé. On eût dît une armure qui tombait, un chevalier tout bardé de fer pourfendu par la foudre et roulant sur le sol.

C’était le roi David et sa harpe qui, fatigués de danser sur leur tringle de fer, venaient tout simplement de choir dans le ruisseau.

Le pauvre luthier comprit alors tout à fait l’avertissement tardif qui venait compléter son horrible rêve ; il voulut sortir pour relever le saint roi, sans doute bien endommagé. Mais, hélas! ce fut inutilement, car à peiné eut-il entrebâillé l’huis, qu’il vit un page noir dé mauvaise mine, le guettant à la porté.

Ce page était bossu et contrefait des jambés ; de sa cape

s’échappait une odeur de soufre; tout en lui indiquait qu’il portail la grande livrée de Satan.

A sa vue, le luthier ferma vivement sa boutique et, plus mort que vif, poussa les verrous.

Mais le page de mauvais augure lui glissa sous la porte une missive de sa chère Agnès elle-même.

Elle lui disait sans doute que, fascinée, ainsi que la Marguerite de Gœthe, par un Faust aux manches de satin, elle avait suivi un gentil cavalier dont le bel air et la barbe fine lui plaisaient infiniment mieux que le roi David avec sa harpe qui ne disait rien, et son vieux père qui lui débitait toute la journée de sempiternels et ennuyeux discours, et que alors, montée sur une belle haquenée, , rue du Palais-des-Thcrmes, elle partait avec un noble et gentil cavalier courir les aventures à travers le monde.

Le lendemain matin, l’honnête luthier fortement scandalisé, fit mettre sur pied tous les archers du grand pré- j vôt, mais ce fut en vain; monsieur le grand prévôt n’était pas assez malin pour attraper le diable. T

Le luthier, pour se venger, ramassa son enseigne qui était de bois et la brûla. Il s’en alla ensuite demeurer rue de l'IIirondcllc, avec un vieux tonnelier de ses amis qui le consola de son mieux. (1) j (j(

(i) Voici l’origine de celle rue : elle fut ouverte vers le treizième siècle, sur le territoire de Laas : onia nommait de l’Arondale de Laas. Elle doit sans doute son nom à une enseigne de l’hirondelle, eu vieux langage arondale ou arrondelle.

Le 23 mars, 1594, rapporte le Journal de Henri IV, le roi passait dans la rue de f Arrondelle. Un seigneur de sa suite, apercevant le curé de Saint-André et celui de Saint-Germain, demanda à celui-

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