‹ Légendes du vieux ParisChapitre 14 sur 41 · LA RUE DE LA HARPE · texte numérisé non relu

LA RUE DE LA HARPE

L’aventure connue et commentée par le populaire passa à l’état de chronique.

Telle est l’origine légendaire du nom d’une des plus anciennes voies publiques de Paris.

On voit dans cette petite chronique un caractère de fatalité, qui, sous le nom de Satan, joue un rôle terrible. Elle me rappelle celle de la belle Nanetle dans les récits allemands, et que je vais vous conter en deux mots :

Nanette était encore enfant;

Sa grand’mère, un jour, la conduisit chez le bourreau pour acheter des onguents contre la brûlure, comme c’est l’usage, chez le peuple allemand et comme ce l’était chez

nous. #

Elles étaient à peine entrées dans sa demeure sombre, au plafond voûté, au vitrage crasseux losangé de plomb, que tout à coup on entendit remuer quelque chose dans l’armoire qui était à côté de la petite Nanette.

L’enfant effrayée s’écria : « Un rat! un rat! mère, sauvons-nous. »

Et en disant cela, elle se cachait derrière sa grand’mère.

Mais le bourreau s’effraya davantage, il devint pâle comme un mort et fit à la grand’mère cette fatale prédiction :

« Ma bonne femme, dans cette armoire est accroché le

ci s’il n’était pas aise d’avoir le roi pour paroissien, et s’il ne crierait pas volontiers : Vive le roi! Le curé répondit qu’il aviserait. La haine des prêtres pour le roi était telle, ajoute le chroniqueur, qu’ils demandaient à ceux qui se présentaient à confesse s'ils étaient contents de la rentrée du roi. Si le pénitent répondait oui, le prêtre refusait la confession.

sabre avec lequel j’exécute, et ce sabre s’agite de lui— même chaque fois que quelqu’un qui doit être décapité s’en approche. Mon sabre a soif du sang de cette enfant ; permettez-moi que je m’en serve pour égratigner seulement un peu le cou de la petite ; le sabre se contentera d’une seule goutte de sang et n’aura plus envie de répandre le reste.

Ainsi parla l’honnête bourreau.

Mais la grand’mère se récria contre ce sage conseil et ne voulut pas consentir. Plus tard, la belle Nanette séduite par un riche seigneur aux beaux atours, lancée dans une vie de plaisir et de'crimes, s’oublia dans une nuit d’amour ; et, neuf mois après, accusée et convaincue d’infanticide, elle fut décapitée ainsi que l’avait prédit le grand sabre du bourreau.

Dans quelques légendes du moyen âge, l’idée de prédestination est terrible et aussi bien suivie que la tragédie antique. On eût dit que cette enfant était née à l’ombre d’un échafaud, comme telle autre que je pourrais raconter semble avoir vu le jour au pied d’une potence.

LA

Page 1