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Enfui la dernière opinion que nous adoptons est celle de Sauvai ; il dit :
« Voici de quelle façon on l’écrivait en 1465. Cette année-là Paris ayant été bloqué par le duc de Guienue, frère de Louis XI ; le comte de Charolais, fils du duc de Bourgogne, et autres flambeaux de guerre, les ministres du roi et des ennemis tinrent diverses assemblées à Bercy, petit village compris maintenant dans le faux bourg Saint-Antoine, et nommé alors la Grange aux merciers , et les différends ayant été terminés par adresse, le roi alors ayant fait naître quelque sujet de jalousie et de soupçon dans l’esprit des chefs de l’armée ennemie. Au lieu même où avaient été tenues ces assemblées, on érigea une croix avec cette inscription : « L’an MCCCCLXV, « fut icy tenu le Landit des trahisons, et fut par ces trêves « qui furent données, maudit soit-il qui en fut cause ! »
D’où il résulte que le Landit signifie une assemblée, et doit s’écrire Landit, par respect pour la vieille orthographe.
Ce vieux quatrain couronne mon opinion :
« En l’honneur de la marchandie M’est pris talent que vous die Se il vous plaist un nouveau dit :
Bonne gent ce est du Landit La plus roial foire du monde... »
Le Landit se tenait sur le chemin de Saint-Denis, en certaines loges qui avaient été bâties exprès des deux côtés du chemin, sur des caves en partie détruites par l’incendie de 1336, qui brûla presque toutes ces logettes, à la grande douleur des pauvres marchands qui, ‘venus riches, s’en retournèrent pauvres et fort marris.
L’endroit en garda toujours le nom et s’appelle encore le Champ du Lahdit.
Depuis ce fait mémorable, le Landit est toujours tenu dans la ville de Saint-Denis en certaines halles bâties à cet effet.
L’origine de la foire est toute religieuse, comme tout ce qui se faisait au moyen âge. Ce furent d’abord les nombreux pèlerins qui vinrent pieusement s’incliner devant les saintes reliques ; comme chacun apportait ses provisions, elles furent déclarées franches de droit. Les marchands arrivèrent à leur suite pour profiter de cette grande agglomération de chrétiens que la foi attirait de très-loin. Par extension, leurs marchandises furent aussi déclarées franches, grande faveur pour l’époque, et c’est ainsi que peu à peu, en ajoutant les jongleurs, baladins, trouvères , mendiants et diseurs de toute sorte , cette réunion religieuse devint une foire marchande célèbre.
Pour maintenir en bon ordre cette grande foule qui dépendait momentanément de la juridiction de l’abbé de Saint-Denis, on avait créé un grade exprès, le capitaine du Landit . Le premier jour, le moine portier de l’abbaye avait droit d’assister, armé de pied en cap, et suivi de tous ses gens d’armes, à la procession de la bénédiction du Landit, procession qui faisait le tour du champ de foire; ce droit avait été proclamé et reconnu par un arrêté du Parlement donné le 9 avril 1334 ; l’abbaye l’a laissé tomber en désuétude i
Les officiers de l’abbaye jugeaient en dernier ressort les différends survenus pendant la foire ; leur sentence était payée en nature avec des denrées que donnaient les
LA FOIllE DU LAN DIT
marchands. Mais bien des conflits de juridiction s’élevaient entre les sergents du guet de Paris et ceux de l’abbaye sur les limites de la banlieue de Saint-Denis et de Paris; et, pour y mettre lin, le roi Jean autorisa le chevalier du guet de Saint-Denis, pendant la foire du Landit, à traverser la chaussée royale pour exercer sa juridiction. Les droits des sergents de Saint-Denis s’arrêtaient à l’empavement de la chapelle Sainte-Geneviève. C’était à partir de cette chapelle légendaire jusqu’à la ville de Paris que se tenait, le long du grand chemin royal, la foire de Saint-Lazare, après la Toussaint.
Vers 1400 on vit arriver à la foire du Landit des marchands arméniens qui avaient avec eux des chats magnifiques dont la taille énorme, la fourrure splendide et le courage attirèrent la curiosité de tous les Parisiens.
C’étaient des chats d’ Angora, contrée d’Asie.
Ces chats, selon la légende orientale, ont beaucoup de ressemblance avec les lions parce qu’ils naquirent dans l’arche de Noé de l’éternument des lions ; c’est f Alcoran qui nous l’apprend, il n’en faut pas douter. Mahomet adorait cet animal.
Selon une autre légende, russe, je crois, le chien lorsqu’il fut créé, attendait sa pelisse . Le Père Éternel ne se pressant pas de le compléter, la patience lui manqua et il suivit le premier venu qui l’appela. Ce passant était le diable ; il en fit son compagnon, son émissaire et même, dans les métamorphoses diaboliques, il se logea souvent dans sa peau. La fourrure destinée au chien fut donnée au chat qu’il créa après lui; c’est ce qui explique l'antipathie des deux quadrupèdes ; le premier prétend
que l’autre lui a volé sou bien, et de là le proverbe : s'aimer comme chien et chat. Les chats angoras qui vinrent les premiers, eurent les plus belles pelisses, et la guerre la plus acharnée fut toujours ouverte entre eux et la race canine (4).
Le premier président du parlement de Paris sous Charles VI, Jean Popincourt, avait acheté aux environs de Paris sur les hauteurs qui se dressent à l’est, de vastes terrains parsemés de cours d’eau, et couverts de marais qu'il lit dessécher. Quelques années après, le coteau métamorphosé se couvrit de vignes et de maisons de plaisance bâties au milieu de jardins et d’opulents vergers. Jean Popincourt y avait une maison de plaisance où il venait passer ses vacances. Telle fut l’origine de Popincourt, qui devint un hameau champêtre fort agréable surtout à cause des ruisselets clairs et limpides et des cultures qui les bordaient. Ces petits cours d’eau descendaient des pentes verdoyantes de Ménil montant, pentes peuplées de maraîchers. Tous les ruisselets qui coulaient des hau-
(1) Nous venons de dire l’origine de la guerre éternelle entre chien et chat. Une autre légende aussi curieuse nous apprend pourquoi les chats ne tombent jamais sur le dos.
Saint Matthieu avait un chat qu’il affectionnait beaucoup. Un jour que l’animal, couché sur une manche pendante du vêtement de son maître exécutait ses rons rons les plus sonores, ce dernier, appelé à la prière, n’osant le tirer de son sommeil, coupa la manche de sa robe.
A son retour, l’apôtre trouva le chat qui revenait de son assoupissement et qui, voyant sous lui la manche coupée, reconnut l’attention dont il avait été l’objet.
Alors, il se leva, fil la révérence, dressa la queue, et plia son dos pour témoigner son respect. Saint Matthieu comprit ce que cela voulait dire, et lui passant trois fois la main sur le dos, lui imprima, par cet attouchement, la vertu de ne jamais tomber sur cette partie.
teurs de Belleville et de Ménilmontant, après avoir arrosé les jardins et formé des ruelles vertes, (1) allaient se jeter dans la Seine. Peu à peu des maisons se bâtirent à droite et à gauche de leurs rives charmantes ; on y jeta des immondices, et ces ruisseaux devinrent des cloaques d'infection qui engendraient des pestes. C’est même de ces petits cours d’eau limpide et pure que l’on nommait du vieux mot aigues, ^aux fraîches et courantes, qu’on a fait aigoux ou égouts ; le mot, en changeant d’orthographe, devint synonyme d’infection. François Myron fit voûter ces cloaques qui plus tard devinrent des égouts canalisés.
Mais si les nouveaux habitants des coteaux jouissaient de jardins ravissants et du magnifique panorama de Paris qu’on apercevait de là par-dessus ses murailles et ses bastions, ils eurent pendant longtemps à combattre deux fléaux terribles résultant du sinistre voisinage de Montfaucon. Le jour ils étaient assaillis par des nuées de mouches stercoraires logées dans les carcasses putrides des pendus ; la nuit, leurs demeures étaient mises au pillage et minées dans les fondations par des myriades de rats.
Pour chasser et asphyxier les ennemis ailés, on fut, pendant longtemps, obligé de brûler à certaines époques de l’année des fagots de romarin, de genièvre, des branches de saules et des herbes odorantes sèches.
Pour combattre les rats, on fit une levée générale des chats parisiens qu’on distribua par brigade de cinq dans chaque logis; ils n’avaient pas toujours la victoire. Sur
(1) Ces ruelles s’appelèrent chemins verts ; une rue allant vers Ménihnonlant a gardé ce nom.
ces entrefaites, Jean Popincourt étant allé à la foire du Landit, fut frappé de la force et de la beauté des chats angoras des Arméniens ; il en acheta, et grâce à ce renfort venu d’Asie, les légions de rongeurs de Montfaucon mordirent la poussière.
Pour compléter ce court aperçu sur le hameau de Popincourt, disons qu’au seizième siècle, pendant les premiers temps de la réforme, les protestants se réunirent clandestinement dans l’antique demeure qu’avait habitée, cent ans auparavant, le fondateur du village, et qu’au milieu du dix-septième, les religieuses Annonciades achetèrent pour en faire un couvent. Elles bâtirent une église (pii devint la paroisse de Saint-Ambroise.
Au mois d’aout 1427, la foire du Landit fut surtout curieuse et attrayante par la venue de ces émigrants d’Asie que l’on appela, suivant les contrées, Bohémiens, Gitanos et Zingari. En France, on les nomma Bohémiens, parce qu’ils passèrent de Bohême en France. Ils vinrent camper dans la plaine de Saint-Denis, et le populaire de Paris courut les visiter comme une grande curiosité*
Ils étaient au nombre de cent vingt hommes, femmes et enfants. Ils avaient la peau basanée, les cheveux crépus, des anneaux d’argent aux oreilles, étrangement accoutrés avec des loques pour chemises, retenues à la taille par des ceintures de cordes et de drap. C’étaient les plus pauvres gens qui oneques furent vus dans le beau foyaume de France.
Cette caravane bigarrée, composée de gueux et de coupe-bourses avait un roi, une reine et des officiers superbement décorés du titre de comte. Les femnles, con-