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LA FOIRE DF LANIMT

trel'açons de sorcières, regardaient les mains de ceux qui les allaient voir et leur disaient ce qui advenu leur était et advenir devait : aux bourgeoises de Paris, des nouvelles des maris et ce qu’elles auraient bien voulu ne pas savoir. Et pendant qu’elles contaient la bonne aventure, les compères coupaient bourses et anneaux de ceux qu’elles amusaient, c’étaient des artistes passés maîtres en filouterie.

Ils nazillaient leur légende.

Nés dans les steppes de la basse Égypte, ils avaient été chassés, disaient- ils, par les Sarrasins, et allaient aux pays chrétiens. Ceux-ci les envoyèrent à Home, ne voulant les héberger dans leurs logis qu'avec un ordre du pape. Ils prirent donc la route de la ville éternelle, traînant avec eux leurs ribambelles d’enfants chétifs et malingres.

Le pontife les confessa, leur donna l’absolution et leur imposa comme pénitence d’aller sept années d’affilée, errants de par le monde, sans coucher dans des lits, et, pour qu’ils ne mourussent pas de faim, il leur octroya une provision de bulles par lesquelles il mandait et ordonnait à tous archevêques, évêques et abbés, crossés et mitrés qu’ils rencontreraient, de leur donner chacun dix livres tournois. C'est à cause de cette pénitence extraordinaire, qui peint bien les mœurs de l’époque, qu’ils durent le nom de pénanciers (pour pénitenciers.)

Comme c’était la foire du Landit, le menu peuple, et les femmes surtout, mirent leur savoir divinatoire à l’épreuve. Leurs tours de force et de passe-passe provoquaient la grande hilarité des truands parisiens qui troua ient dans ces bohémiens des maîtres ès artsen larronnie.

Leur renom fut tel que l’évêque de Paris s’en inquiéta et vint les voir, de compagnie avec un frère jacobin du nom de Le Petit. Après un beau prêche contre les acolytes du diable, devineresses, sorciers et autres engins sataniques vomis par le trou horrifique d’enfer, le bon moine les goupillonna de son mieux avec force eau bénite, et, finalement, exorcisa, après avoir fulminé son petit anathème, toutes celles qui regardaient ès mains et toutes celles qui les avaient montrées et ajouté créance à leurs prédictions mensongères.

L’anathème fit son effet, car les bohémiens abandonnés du public, menacés, proscrits, déguerpirent le 8 septembre du champ de foire du Landit, sans que l’on sût jamais où allaient ces sauterelles d’Égypte.

La venue de ces bandes maudites au costume et au langage bizarres fit époque à la Cour des Miracles, car c’est de là que l’argot s’organisa parmi les gueux, francsmitoux et surtout les argotiers, ramification de truands, qui prit son nom de ce langage pittoresque. C’est à l’instar de ces Bohémiens qu’ils élevèrent à la Cour des Miracles un roi et une reine, des officiers, et combinèrent ce langage particulier qui devint l’origine de l’argot parisien.

Les truands avaient déjà reconnu la nécessité de créer entre eux certains mots et signes particuliers, car pour vivre aux dépens d’autrui, il leur fallait un langage à part pour expliquer, articuler et manigancer leurs expéditions clandestines, partager les larcins, cacher le butin. Des écoliers débauchés associés à des gueux, coupeurs de bourses et francs paillards, habitués à argoter

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