‹ Légendes du vieux ParisChapitre 25 sur 41 · LA FOIRE DU LANDIT · texte numérisé non relu

LA FOIRE DU LANDIT

aux écoles (c’est de Ver go des docteurs en Sorbonne que vient l’étymologie du mot argot) rédigèrent la grande charte du royaume argotique. Ils firent bande à part, se réservant l’exploitation facile des foires , pardons et marchés ; leur bande d’argotiers faisait ses initiations, accomplissait ses mystères, dans les bouges infectes de la cour des Miracles.

Le hasard fit découvrir par un page de la chambre d’Henri IV leur mystérieuse manière d’opérer et de se rencontrer quand ils avaient jeté leur dévolu sur un champ de foire, halles, églises, endroit public quelconque; coup hardi qui souvent exigeait des compères, recéleurs du larcin ou défenseurs.

Dans un obscur recoin connu seulement de la bande en expédition, le premier qui passait plaçait un dé qu’il tournait du côté marqué d’un point ; celui qui venait après, le tournait sur le deux ; le suivant sur le trois ; jusqu’à ce que le sixième gueux l’eût trouvé sur la face qui marque six points; si le coup était fort risqué et exigeait plus ample précaution, le septième apportait un second dé qu’il plaçait à côté du premier et le tournait sur le un, le huitième sur le deux, ainsi de suite jusqu’à ce que la bande qui devait manœuvrer fut complète. Ils suivaient ainsi la trace du premier qui était ordinairement le plus adroit et le plus agile, sentinelle perdue, lancée en éclaireur.

Le page qui raconte sa découverte avoue naïvement qu’au lieu de donner l’éveil au lieutenant de police qui aurait gobé comme dans une souricière tout ce gibier de potence, il leur joua un tour de sa façon : pour sauver la

bourse des braves gens de leurs mains larronnesses, il retourna le dé sur le six, quoiqu’il n’y en eût encore qu’un de passé, faisant ainsi avorter le coup en leur donnant créance que la bande était entière, et isolant le premier argotier.

Pardon, chers lecteurs, de cette promenade en aussi mauvaise compagnie, mon excuse est bien simple : ne sommes-nous pas à la foire du Landit : c’était la fête de tous les francs- mitoux, des truands, leur temps de moisson; et quoi faire à la foire, à moins qu’on ne s’y promène ? ordinairement on y va pour cela. Si je l’ai fait, c’est que je tenais, à propos de ces singuliers penanciers que je vous ai présentés, à constater que le royaume des gueux ne fut régulièrement organisé que lors de leur venue à la foire du Landit de 1427 : c’étaient des modèles superbes arrivés d’Asie tout exprès pour poser devant les truands parisiens, et qui firent époque à la cour des Miracles.

Le jour de la foire du Landit était jour de fête pour tout Paris dont l’aspect devenait bien étrange et pittoresque. Dans toutes les rues tortueuses grouillaient moines, soudards, manants, truands, clercs, criant et dévalisant les tavernes, joyeux et turbulents compaings; comme ils savaient qu’il faudrait rosser le guet à presque tous les carrefours, ils troquaient l’écritoire contre la dague, suivant le vieil adage :

Que l’épée et la dague Soient à votre côté;

Ne eouré pas la bague Si vous n’ètcs bote.

Les capettes de Mon taign avaient leurs victimes de pré-

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