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LA FOIRE DU LAN DIT

dilection, et jouaient force farces aux moines de l’ordre des Mathurins, surnommé par eux l’ordre des ânes, asinorum, parce qu’ils voyageaient toujours sur des ânes portant le sac au ventre rebondi.

La nuit ils couraient les rues avec des falots allumés, comme dans celle qui suit la fête de saint Nicolas, leur patron.

Ou bien il leur fallait ruser, à ces gamins de Paris des quinzième et seizième siècles, pour faire ces fameuses franches repues qui les alléchaient tant. Voici un de leurs moyens que nous empruntons à la Légende de Pierre F ai feu, moins connu que ceux que nous raconte si pittoresquement François Villon :

Advint ung soir, luy et ses compagnons Pour leur soupper n’avoient pas deux ongnons,

Et tous estoient sans denier et sans maille,

Et n’eussent sceu trouver qui leur en baille,

Tant ilz estoient bien par la ville acreuz,

Et de grant fain estoient quasi recreuz,

Pour en avoir il se va adviser,

Qu’il se fauldroit par bendes diviser,

Faisant le guect par tout la cité Quant cliascun est allé soupper cité,

Les Chanoines ungs o aultres en somme Se font porter leur soupper par leur homme,

Avoir des gens qui portassent corbeilles,

Barriz, flascons, pincernes ou bouteilles,

Faire semblant de voulloir tout tuer Sans rien frapper, mais les destituer Tant seullement des bribles et lorreaux Pour le soupper des compaignons lureaux,

Chascun a dict, c’est très-bien advisé,

Ainsi soitfaict comme il est dévisé.

Lors ilz s’en vont par bendes et monseaulx Amassèrent, Dieu saiche! quels morceaulx.

Et de bons vins tant, qu'en lieurenl assez A suffisance, et pour l'heure passer.

Mais les seigneurs qui leur soupper attendent,

Qu’il soit ainsy entre eulz pas ne l’entendent Tant que leurs gens leur dirent la fortune,

Qui, pour le temps, leur fut grande infortune :

Car tel cuidait manger d’un bon pasté,

Ou d’ung chappon, qui n en a onc tasté.

Mais il fallut que maistres et servans Pour ce soir là, tant fussent-ils sçavans Fussent tout ung, et prinsent en passience,

Ou aultrement n'eussent pas heu science.

Ou bien quand la souquenille était trop percée, il fallait gausser les bourgeois et les moines en jouant de bons tours qui rapportaient profit. Quand ce tour était bien avisé ou que le farceur avait été farce , la verve railleuse et gauloise s’en mêlait et le soir, après le couvre-feu, les chaînes tendues au coin des rues, l’huis fermé à triple verrous, on chansonnait l’aventure , la voix vibrante le visage gai. Cette chanson populaire du temps de Louis XI, pleine de jovialité, nous en donne un exemple :

Dieu vœuelle tous ceulx garder De mal et d’encombrement Qui me vorront escouter,

Pour rire joieusement.

Je vous chanleray comment Ung fars (1) se laissa farcer,

Ainsi qu’il avient souvent,

Pour aultrui volloir gréver.

Le galant que je vous dis

(1) fars farceur.

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