LA FOIRE D Y LAN 1)1 T
De la guerre revenoit,
IL avoit meschans habis,
Car tout despendu avoit.
Ainsy comme il chevauchoit Rencontra ung bon compain Qui bonnes cauches portoit; Mais tantost y mist la main.
Le gent d’arme prestement Lui dist; or vous arrestés,
Vos cauches certainement Convient que vous me prestés ; Mes habits sont desquirés En la guerre tout pour voir Or à coup, or vous délivrés, Car vos cauches me fault avoir.
De peur le bon compaignon Contredire ne l’osa,
Et sans dire mot ne son Bien envys se descaucha,
Et ses cauches délivra Au gend’arme qui les recliupt ; Très-bien gaingnier il y cuida, Mais il s’en trouva dechupt.
Car le bon compaignon luy dist, En priant courtoisement,
Que ses cauches lui volsist Donner, pour tant de gramment Ne valoient; prestement L’omme armé, sans penser mal, Lui ottria bonnement,
Disant : Tenés mon cheval.
A la terre l’omme armé S’asit pour soy descaucher;
Les cauches dont j’ay parlé Commença à recaucher.
Quand l’autre lui vit muchier L’autre jambe il s’avisa Qu’il faisait bon chevauchier,
Lors sur le cheval monta.
Le compaignon s’en alla Sur le cheval bien montés.
L’autre crie : Hola ! hola !
Tenés vos cauches, tenés !
— Certes vous vous abusés :
Mes cauches vous duisent bien, Vous en estes bien parés.
Mais ce cheval sera mien.
Vous .estiés très-inéchamment Cauchiés comme ung gentgallant, Et le cheval vraiement Me duist très-bien maintenant.
Car je ne pooie avant.
Or suy je très-bien montés,
Plus ne me laisseray tant :
A Dieu soiés commandés.
LE GENT n’ARME.
Mon ami, hau ! revenés,
Et vos cauches reprenés.