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fort à faire pour combattre ce régiment. Nos anciens nous ont transmis les noms des plus célèbres : le Moulin endiablé, le Vieux et le Petit Moulin, le Moulin du Coq, le Moulin des Bruyères, le Moulin de la Folie, le Moulin de la Tour, le Moulin de la Motte, le Moulin du Coffre, le Moulin de la Crosse ; le plus bas était le Moulin des Chopinettes ; c’est lui qui a donné son nom à la barrière de la Chopinette, où les bandes populaires vont fêter la Saint-Lundi, en chopinant théologalement toute la semaine.
Les buttes Chaumont n’ont que quelques lignes dans les grandes pages de notre histoire, mais ces quelques lignes sont si glorieuses qu’elles suffisent pour ne les faire jamais oublier. Si Montmartre s’appelle le Mont des Martyrs , à cause de ses héros chrétiens, la butte Chaumont peut se nommer le Mont des Héros, à cause de ses martyrs patriotiques, car c’est là qu’une poignée de braves a tenu tête pendant une journée entière à une grande partie de l’armée prussienne.
Pendant que ces glorieux enfants de la patrie se faisaient tuer et arrosaient de leur sang ces buttes devenues saintes par cet héroïque baptême, voici ce qui se passait, à deux pas, le soir du 30 mars 1814, dans un cabaret borgne de la Yillette [le Petit Jardinet), tenu par Lebrun,
Là étaient réunis quelques généraux et diplomates, dont l’histoire a gardé les noms : le comte de Nesselrode, le comte Orloff, le comte de Paër, le capitaine Peterson, le duc de Raguse, le duc de T révise, le colonel Fabvier, et d’autres délégués des années étrangères et françaises. Sur une table, à la lueur de deux chandelles fumeuses,
LA LÉGENDE DES BUTTES CHAUMONT
échappées à la voracité gloutonne (les Cosaques, s’étalait le plan de Paris et de ses environs. Ils étaient tous penchés dessus , et plusieurs sentaient la rougeur leur monter au front, car l’acte qu’ils accomplissaient devait comparaître devant l’impartial tribunal de la postérité...
Ils discutaient la capitulation de Paris ; et dans l'article 8 les vainqueurs marchandaient l’aumône de la pitié envers les Parisiens.
On biffait l’Empire, on chassait Napoléon Ier, on poignardait la France; et c’est pendant cette nuit sinistre, au bruit du canon, et au dernier cri d’agonie du patriotisme français çxpirant à la barrière Clichy, malgré le général Monccy, et aux buttes Chaumont, avec la jeunesse héroïque des écoles, qu’ils paraphaient l’un apres l’autre, une page de honte, croyant effacer d’un trait de plume toutes les glorieuses victoires de la Révolution et de l’Empire.
Le lendemain de cet assassinat de l’honneur français, Alexandre et Frédéric-Guillaume, quittant le château de Bondy, montèrent jusqu’au sommet des buttes Chaumont pour jouir de leur triomphe. Ils contemplèrent longtemps, avec une farouche volupté, Paris à leurs pieds, le Paris tant désiré, le palais de l’Aigle qui, volant de capitale en capitale, était venu jusque chez eux, les avait humiliés, meurtris et enchaînés comme des esclaves à son triomphe. L’entrée triomphale se fit le lendemain. C’était l’Europe entrant dans Paris; S. M. Louis XVIII, exhibée des fourgons des Cosaques, était placée sur le trône, et un nouveau règne commençait avec un petit-fils du grand
Henri, qui avait donné bien autrement l’exemple d’une entrée dans la capitale.
Au pied des buttes Chaumont, du côté de la Villette, était la grande voirie de Paris. C’est là qu’on abattait les chevaux et qu’on déposait toutes les voitures de vidange.
Un épisode du combat du 30 mars 1814 s’y rattache, il est d’une trivialité lugubre. Voici de quelle manière un récit contemporain nous l’a transmis :
Les Cosaques du comte de Varonzow étaient acculés au pied des buttes Chaumont par une barricade, servie seulement par quatre Parisiens ; trois chargeaient les armes, et le quatrième lirait. A chaque coup, un Cosaque disparaissait. Apprenant ce qui se passe là, un officier, vient reconnaître les lieux avec une force imposante. S’apercevant que le parapet, où s’appuyait un côté de la barricade, est crevassé en plusieurs endroits, il charge une vingtaine de cavaliers de la tourner pour débusquer le tireur, et le peloton s’élance au galop par une des brèches du petit mur. Mais ce que l’officier avait pris pour un terrain solide, n’était que la surface trompeuse des matières déposées là. De sorte, qu’à peine engagés là-dessus, les vingt cavaliers s’enfoncent et disparaissent. Dès lors, l’officier change de tactique, et il est obligé, pour lever cet obstacle, de le faire attaquer parla gauche, en passant par des cours et des jardins; alors seulement, les hommes embusqués sont obligés de battre en retraite par les sentiers ardus qui sinuaient aux lianes des buttes.
Ces vingt braves Cosaques, comme Héliogabale, ne
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moururent pas en odeur de sainteté, et pourtant ils étaient dans le pays de Vespasien (1).
Môme dans ces temps rapprochés, les buttes ont toujours représenté un tableau hideux. Elles servent de hangars aux rebuts et aux immondices de la grande cité faisant sa toilette quotidienne. Ses carrières d’un blanc toujours sale, l’enclos d’équarrissage, les dépotoirs, les chantiers de manipulation de la poudrette, les industries les plus viles et les plus rebutantes s’étaient réfugiées à l’ombre de ces mamelons stériles, les enveloppant d’un nuage de fumée et d’émanations pestilentielles qui faisaient de ce quartier l’antichambre de l’enfer.
Aujourd’hui, on aurait beaucoup de peine à les reconnaître, car la fée parisienne a donnée son coup de baguette magique et les sources ont jailli ; les arbres ont poussé comme par enchantement, et des fleurs de tous les rivages sont venues mêler leurs odeurs pénétrantes aux senteurs qui s’exhalent des parfumeries les plus célèbres de Paris, établies depuis sur le versant qui descend vers la Villelte; et l’on ne chantera plus, en parodiant la chanson de Gastibeha :
Le vent qui vient à travers la Villette,
Ne sent pas bon.
L’édilité parisienne a prodigué toutes ses surprises. Au centre de ce splendide jardin, s’élève une grande cascade
(1) La plupart de ces faits m’ont été fournis par le très-intéressant ouvrage de mon érudit confrère M. Alfred Delvau, liisioire anecdotique des barrières de Paris.
exactement modelée sur la célèbre cascade de Tivoli, près de Rome.
Cette cascade, surmontée d’un temple de Vesta, la déesse des fêtes et du foyer domestique des anciens, est . à la grande cascade du bois de Boulogne ce que le dôme du Panthéon est à côté d’une maisonnette. Un torrent d’eau tombe de rocher en rocher d’une hauteur d’environ soixante-six mètres.
Au milieu du lac qui est en bas, pour recevoir les eaux du torrent, un rocher naturel et isolé, haut comme la colonne de la place Vendôme, allonge sa tête grise ; on y arrive par deux sentes accidentées, et à son sommet, par une route tournante.
Et quel panorama splendide du haut de ce belvédère olympien 1
La grotte de la Sibylle, construite en pierre meulière et en ciment romain, a fait courir tout Paris.
Gazons verdoyants, arbustes nés sous tous les soleils, ponts suspendus sur les abîmes, stalactites qui se tordent * en distillant goutte à goutte les larmes des naïades captives grottes mystérieuses peuplées de fées, rien ne manque à cette improvisation pittoresque.
Malheur aux fillettes téméraires qui s’égareraient seulettes, le soir, sous ces délicates ramelles où des satyres malins, hôtes invisibles de ces bosquets, viennent lutiner les nymphes fugitives aux pales rayons de la lune !
Mais quittons toute cette mythologie badine. Ce qui manque à ces décors d’opéra comique, pastiche des environs de Plombières ou de Spa, à toute cette exhibition olympienne, grecque, romaine, e‘, païenne, c’est la cou-
sécration du souvenir, c’est un oubli regrettable de l’acte héroïque de ces jeunes patriotes qui préférèrent mourir sur les buttes Chaumont que d’assister à l’agonie de la France.
I)e nombreux pèlerins vont encore au tombeau des quatre sergents de la Rochelle, à l’autre bout de Paris, pourquoi n’irait-on pas aussi au trophée commémoratif du beau fait d’armes de 1814! La promenade comme la place publique est une école, et l’enfant, en interrogeant le vieillard qui vient réchauffer ses membres amaigris aux bienfaisants rayons du soleil, apprendrait de sa bouche comment l’on doit mourir pour la patrie. C’est le respect des grands souvenirs qui fait les générations robustes et empêche l’avenir de faire faillite.
Mais on a voulu faire avant tout de ce jardin enchanté, le bois de Boulogne des habitants de la Villette et de Bellcvillc, et l’on a admirablement réussi.
CHAMP-DE-MARS
Actualité et légende. — La plus grande des expositions. — Le concile œcuménique de la civilisation. — Le champ de Mai. — Souvenirs. — Le Cliamp-de-Mars devenu le champ delà civilisation.
— Fraternité universelle. — Ce que m’a dit une voix sortie du Champ de Mars. — - Une page douloureuse. — La légende de Bailly. — Un calvaire. — La tour de Babel. — Ce qu’on y verra.
— Les curîbsités. — L’éléphant du Trocadéro. — Son symbolisme. — Le rendez-vous général du monde entier.
Crayonner en quelques lignes l’histoire du Cliamp-de- Mars, e’est de l’actualité et de la légende : de l’actualité, tous les regards sont tournés vers lui : de la légende, il va quitter son vieux nom, et la grande Exposition sera pour lui le point de départ d’une ère nouvelle, ère pacilique, qui changera même son nom. C’est pourquoi je lui consacre ce court aperçu.
Le monde entier se préoccupe de la grande Exposition française de 1867. Pour le plus petit ouvrier de France, comme pour l’ouvrier chinois qui, accroupi sur la natte de jonc de sa pagode, à l’extrême Orient, sculpte ces chefsd’œuvre de patience que nous connaissons, le moindre détail est précieux, le plus petit fait est un sujet de longs commentaires.
C’est avec raison ; car elle dépassera en grandeur, en magnificence, en renom, tout ce qu’on a fait jusqu’à ce
jour. C’est le propre de notre caractère prirnesautier, à nous autres Français, de ne vouloir jamais être distancés par personne. Habitués à être les premiers sur le champ d’honneur, nous voulons l’être aussi sur la route du progrès et de la civilisation ; et l’Exposition de 18(17 sera la grande fête du progrès, le concile œcuménique de la civilisation, où le génie français brillera, nous n’en doutons pas, dans tout son éclat; l’orgueil national y est engagé, et nos fabricants n’y failliront pa§.
Où donc se tiendront ces grandes assises?
Au Champ-de-Mars, dont l’histoire belliqueuse et révolutionnaire sera tout d’un coup effacée, dans nos annales nationales, par cette page mémorable que viendront parafer toutes les nations de 1* univers.
Le Champ-dc-Mars a remplacé le vieux champ de Mai où les bandes franeques s’assemblaient pour délibérer; c’était là que nos ancêtres apportaient aux pieds de leurs rois les dons annuels qui composaient la principale richesse de leurs chefs. Ces réunions solennelles étaient leurs fêtes nationales. Chaque comte, sous Charlemagne, s’y rendait suivi de douze scabini nommés par les missi dominici et les prud’hommes de leur comté.
L’emplacement actuel était jadis un clos réservé aux exercices des élèves de l’école et aux manœuvres des régiments des gardes françaises et des gardes suisses.
C’est là que fut signé l’acte de naissance de la liberté, et que se célébra la fameuse fête de la Fédération , fête qui fut à la hauteur de l’idée qui l’avait inspirée.
Le 17 juillet, 1790, anniversaire de la prise de la Bastille, les Parisiens se préparèrent à recevoir toutes les
députations patriotiques de la France; ils choisirent celte plaine immense dans laquelle ils résolurent d’édifier un amphithéâtre capable de contenir quatre mille personnes ; au milieu se dressa l’autel de la patrie sous un dais de chênes pavoisés de drapeaux. Un enthousiasme inouï répondit à l’appel des districts parisiens, et l’on vit alors un spectacle unique dans l’histoire; des princes, des ducs et pairs, des évêques et abbés, gentilshommes, bourgeois, dames de haut lignage, manièrent la pelle et la pioche pour former les talus ; les manchettes de dentelle des petits marquis se confondirent avec les haillons sordides des mendiants. Accouplement bizarre! le hasard attela à la même brouette un Beauharnais avec l’abbé Sieyès, le brasseur Santerre avec le duc de Lauzun. L’appel fit écho même sous les voûtes silencieuses des abbayes, et les Chartreux sortirent, blancs et solennels, de leurs cellules austères pour travailler aux fondations du nouvel édifice social, et tremper de leurs sueurs la terre promise où le peuple allait planter bientôt l’arbre de la liberté, au chant du Ça ira , et l’arroser du sang mêufe de ces nobles et de ces religieux.
Ce jour-là le Champ-de-Mars, on peut le dire, a vu la véritable fête de la fraternité.
En août 1792, les fêtes de la République y promenèrent la déesse de la liberté, sur un char emblématique traîné par vingt chevaux blancs ; chaque soldat avait pour toute arme un épi de blé, et le bonnet phrygien sur la tête.
Le vieux champ de guerre, après avoir hérité de toutes les traditions du champ de Mai de nos ancêtres, changera son nom et ne s’appellera plus à l’avenir que le
Champ de la Civilisation , car c’est là que 1867 sèmera l’épi civilisateur qui donnera un jour le pain de la fraternité universelle.
Je suis allé visiter une dernière fois cette immense plaine qui a vu s’agiter tant de passions, tant d’idées; qui vit flotter tant de drapeaux, retentir tant de cris de victoire et de douleur, prêter tant de serments, violés le lendemain, et, je ne sais pourquoi, un souvenir douloureux vint tout à coup murmurer à mon oreille un épisode lugubre de la grande renaissance de 89.
C’était comme une voix qui sortait de. ces trous immenses que creusent les ouvriers, et me redisait la légende sanglante du pauvre Bailly.
Écoutez-la, cette page douloureuse, et ditcs-moi si le Christ portant sa croix a plus souffert que ce grand patriote portant l’instrument de son supplice sur le chemin de la guillotine, ce calvaire politique des grandes âmes qui immortalisèrent notre glorieuse Révolution, et lui donnèrent la consécration héroïque que nous retrouvons à ^utes les dates glorieuses de notre histoire.
Bailly venait de paraître au tribunal pour la première fois ; son jugement avait été remis à une autre séance ; ceux qui s’intéressaient à son sort lui demandèrent s’il avait été jugé. Bailly répondit en se frottant les mains : Petit bonhomme vit encore. Il ne devait pas vivre longtemps.
Ce patriote, qui avait été comblé d’honneurs, est celui dont l’agonie fut des plus douloureuses. Il épuisa la férocité de la populace dont il avait été l’idole, et fut lâchement abandonné par le peuple, qui n’avait jamais cessé de l’estimer.
LE CHAMP-DE-MARS
Ce revirement est fréquent dans la fou'e ameutée, qui piétine souvent le lendemain son dieu de la veille. Un émeulier suffit pour renverser un trône, comme une étincelle peut réduire en cendre une immense forêt.
Bailly est mort comme le juste de Platon, au milieu de l’ignominie. On le conduisit lentement au Champ-de- Mars, où la guillotine se dressait sombre et sinistre.
Il serait difficile de dépeindre tous les tourments qu’on lui fit endurer pendant cette longue traversée : la passion du Christ seule peut en donner une idée.
La fureur populaire distilla goutte à goutte sur sa tête tout le fiel de la cruauté la plus sauvage.
On crache sur lui, on brûle un drapeau rouge sous sa figure (1); des forcenés furieux, hurlant, se ruent sur lui pour le frapper, malgré les bourreaux. indignés euxmêmes de tant d’acharnement. On le couvre de boue, on le force à manger du crottin de cheval, mais co n’est pas tout, les tigres veulent jouer avec leur proie.
La populace , trouvant que son supplice n’csl pas assez long, l’oblige de descendre de la charrette et défaire à pied le tour de l’enceinte du Champ-de-Mars.
Le Champ-de-Mars fut son jardin des Oliviers ; cette promenade achevée, les cannibales, non contents de cette longue série de souffrances, en imaginent de nouvelles; ils exigent que les bourreaux détachent toutes les pièces de la guillotine, et les obligent de transporter l’échafaud sur un tas d’ordures, aux bords de la Seine. C’est alors que ces buveurs de sang poussèrent la cruauté jusqu’à le
(1) Ce drapeau rouje était celui qui avait servi, lors de sa proclamation de la loi martiale, pour dissiper les attroupements.
forcer de porter sur son dos, pièce à pièce, l’instrument de son supplice.
L’infortuné Bailly tomba plusieurs fois dans ces stations sanguinaires qui épuisèrent lepeude force qui lui restait.
A la troisième, il succomba sous le faix, et resta inanimé sur le sol.
Ayant repris l’usage de scs sens sous une pluie froide et glacée qui tombait à verse et ajoutait encore à l’horreur de son supplice, comme si le ciel se fût fait le complice de toutes ces cruautés, il demandait qu’on hâtât sa mort.
Mais ses paroles étaient calmes et dignes d’une grande âme qui méprise le martyre du corps pour ne penser qu’aux idées dont il est l’apôtre.
A un citoyen qui lui disait ; « Tu trembles, Bailly, » il répondit : « Mon ami , c'est de froid ! »
Une parole généreuse désarme les grandes âmes, elle irrite la médiocrité.
Son martyre dura trois heures entières, trois siècles, et son courage ne faillit pas.
Une inscription, gravée par une main amie au bas de son portrait qui ornait la première édition de ses mémoires sur cette fameuse époque, résume sa vie en quatre vers :
De ses vertus, de sa raison,
Il servit sa patrie ingrate ;
Il écrivit comme Platon,
Il sut mourir comme Socrate.
Tel est l’épisode douloureux qui me revenait à la mémoire en voyant une légion d’ouvriers remuer le sable
LE CHAMP-DE-MARS
du Champ-de-Mars, sable qui fut imbibé du sang de cet héroïque citoyen.
Mais chassons ces pénibles souvenirs, et voyons le contraste.
Ah ! qu’elle sera belle cette lutte pacifique et grandiose delà grande Exposition où les peuples se défieront, non à coups de canon, mais à force de chefs-d’œuvre, par une longue et glorieuse série d’inventions et de découvertes utiles à tous! Comme on comprend bien la fraternité universelle dans cette immense communion d’idées! C’est le commerce et l’industrie groupant tous les peuples en faisceau, et la France couronnant le faîte avec les trois glorieuses couleurs de son drapeau qui flottera comme l'arc-en-ciel de la civilisation.
Dans le Champ-de-Mars, remué de fond en comble, pour l’érection de cette immense Babel, où tous les peuples et tous les idiomes seront confondus, une fourmilière industrieuse d’ouvriers, aidés par de puissantes machines, creuse ou élève, réunit ou sépare, charrie ou amoncelle. Les Pyramides géantes, aux souvenirs napoléoniens, ont demandé moins de travaux.
Ici, c’est un palais; là-bas, un kiosque, une pagode; ailleurs, une vision orientale ; dans ce coin, une féerie mauresque; tout autour, des jardins dignes d’Armide, rochers, grottes, cascades, forêts, etc... Toutes les plantes exotiques, civilisant pour cette grande solennité leur végétation sauvage, viendront faire admirer leurs corolles originales distillant des parfums inconnus qui laissent bien loin derrière eux les odeurs les plus raffinées
de notre parfumerie moderne, cette enfant gâtée du luxe et de l’élégance.
Sous d’autres pavillons princiers, pavoisés aux couleurs nationales, de puissantes machines broieront l’air ; la vapeur captive bouillonnera de rage ; des marteaux cyclopéens, mus par un moteur invisible, piétineront les plus durs métaux qui se tordront sous leur vigoureuse étreinte et montreront jusqu’où peut aller la puissance du génie aux prises avec les forces de la nature.
Une foule de curiosités meubleront ce célèbre Capharnaiim, et attireront les foules.
L’Orient tout entier répondant à l’appel, étalera tous ses trésors instructifs et splendides à la fois. Il sera facile d’étudier chaque contrée par ses produits, car ils caractériseront d’une manière aussi vraie que magnifique le génie de chaque peuple dans ce qu’il a de plus beau.
Ça et là un cri d’enthousiasme s'élève dans quelque coin du globe et retentit dans tous les échos ; c’est le signal qu’une merveille nouvelle vient de naître au monde.
Que de surprises dans les épanouissements de cette vision féerique, surtout dans les vitrines des Américains, ces géants que l’on voulait emprisonner dans une boîte de Mirmidons, et dont l’activité dévorante effraye ! D’un seul bond, en moins d’un siècle, ils sont arrivés au premier rang à côté des vieilles nations de l’Europe.
L’Exposition sera le résumé le plus brillant de tout ce qui a été fait. C’est le passé et l’avenir se donnant la main, et de cette étreinte solennelle jaillira un éblouissement splendide qui éclairera la route de l’avenir.
LE CHAMP-DE-MARS
Là l'humanité sera vivante sous toutes ses formes : l’art, la science, l'industrie, le commerce, la politique, la philosophie, tout sera au rendez-vous. Nous connaîtrons la hauteur du génie du dix-neuvième siècle et pourrons mesurer la distance qui nous sépare encore de Dieu.
Un projet que je regrette beaucoup de voir abandonné, c’est l’éléphant monumental, moulé sur celui qui encombrait jadis la place de la Bastille, qui devait présider, du haut du Trocadéro, toute cette civilisation moderne venant déposer à ses pieds ses produits, lui, Je représentant de la vieille Asie, jadis la reine de la civilisation. Toujours calme et immobile, comme le sphinx de l’antiquité, il devait laisser tomber de sa trompe de bronze l’eau pure et bruyante d’une cascade immense.
Symbolisme frappant qui aurait fait rêver le philosophe et le moraliste, en leur rappelant que tout découle du passé, et qu’il faut trouver dans ces flots qui descendent le cours des siècles, les paillettes d’or et les diamants que les génies du vieux monde nous ont légués, et que notre époque chercheuse retrouve un à un, après bien des luttes et des tentatives infructueuses.
A chaque pas, ce sera donc un enseignement ; car le monde entier s’est donné rendez-vous dans ce splendide caravansérail de la civilisation: le moraliste, le philosophe, l'économiste, le statisticien y trouveront matière à de profondes réflexions ; le commerçant et l’industriel, de nouveaux éléments de progrès ; et les poètes ne manqueront pas d’accorder leur lyre pour chanter les couplets de ce banquet immortel de la pâque civilisatrice à laquelle seront conviés tous les êtres, depuis l’insecte
modeste qui tisse lentement sa toile fragile entre deux brins d’herbe, jusqu’à l’aigle orgueilleux qui prête sa plume au génie; depuis l’eselave qui fabrique paisiblement sous sa hutte de bambou, au pied de l’Himalaya, le splendide cachemire qui pare une impératrice, jusqu’au souverain le plus puissant qui décrète les lois du peuple le plus civilisé.
(1) Selon l’accueil fait à ce premier volume, un second et un troisième viendront compléter cette nouvelle série de légendes parisiennes.
TABLE
INTRODUCTION
Pages
Encore un livre sur Paris. — Quelle ville a plus de légendes? — Ruines et rêverie. — Le D? profundis du souvenir. — Les petites vignettes de la grande histoire. — Ne les dédaignons pas. — La petite étoile des pastoureaux. — Plaidoyer pour mon musée. — La morale dans les légendes. — L’histoire dans la rue
LA CITÉ ET SES LÉGENDES