‹ Légendes du vieux ParisChapitre 4 sur 41 · I.ÊÜENDES DU VIEUX I* A H I S · texte numérisé non relu

I.ÊÜENDES DU VIEUX I* A H I S

et de religieuses enfanta des désordres. D’un autre côté, quelques religieuses, entraînées par le mauvais exemple du voisinage de la rue diffamée de Glatigny, se déguisé-» relit en ribaudes pour se prostituer dans les tavernes du Val d' Amour. L’évêque de Paris fut forcé d’agir de rigueur pour arrêter ces scandaleuses débauches, et les nonnes furent dispersées dans divers monastères éloignés. L’abbaye fut donnée à Thibaut, abbédeSaint-Pierre-des-Fossés, qui y mit douze religieux deson ordre, avec un prieurpour les diriger; ils n’imitèrent pas les débordements des nonnains.

Sainte Aurc qui, deson vivant, était moult grandement charitable, avait fait construire un four où le menu peuple venait cuire son pain, sans rétribution. Jusqu’au dix-septième siècle, sous le nom de four de madame Sainte Aure , il resta l’objet de la vénération des lidèles, quoique nul n’y fît cuire son pain depuis l’abolition des fours banaux par Philippe-le-Bel, qui avait ordonné que chacun de Paris pourrait faire et fourrier en sa maison en faisant pain suffisant et raisonnable .

Ce four fut longtemps une des curiosités de la rue Saint- Eloi .

L’église de Saint-Ëloi fut construite sur une partie de l’église du monastère, en 1399, parles orfèvres de Paris. Celle qui existait encore il y a peu de temps datait de 1530 et avait été élevée d’après les dessins de Philippe de Lorme. On y voyait plusieurs statues très-eslimées, dues au ciseau de Germain Pilon.

L’ancienne église de Saint-Martial, qui était d’une grande étendue, tombait en ruines au seizième siècle ; on perça alors une rue qui continua celle de Saint-Eloi. Le chevet

LA CITÉ KT S K S LÉGENDES

resta sous le vocable (le Saint-Martial, et de la nef on lit plus tard une seconde église que les barnabites réédifièrent quand François de Gondi , en 1629, (premier archevêque de Paris, la leur donna avec le couvent qui en dépendait. Les clercs réguliers de Saint-Paul, dits barnabites, qui faisaient leur apparition dans le clergé de Paris, étaient ainsi nommés parce qu’ils venaient du couvent de Saint-Barnabe, de Milan. Henri IV les avait appelés en France en 1608. Leur mission était de prêcher. Le portail de leur église fut transporté aux Blancs-Manteaux.

L’autel de cette église contenait des reliques de sainte Aure, enfermées dans une châsse de bois et de verre. Saint Éloi, qui elaboura de ses propres mains tant de châsses d’un travail si merveilleux, n’a pas eu la consolation de mettre cette sainte en un missel moult précieux , car il était mort auparavant.

Néanmoins, cette châsse modeste fut miraculeusement préservée du feu dans l’épouvantable incendie de 900, qui ne s’éteignit qu’à l’intercession de la sainte; et une bourgeoise de Paris, nommée Aldégonde, réfugiée auprès de cette châsse, au milieu des flammes qui l’environnaient, ne fut pas atteinte par les charbons ardenls ni écrasée par la chute de la voûte de l’Église. Ce beau miracle valait bien les quarante marcs d’argent qu’Isabeau de Bavière offrit à l’église de Saint-Éloi pour faire fabriquer une châsse digne de la sainte.

Sous Louis XIV, la petite église de Saint-Martial tombait de nouveau en ruines, lorsque ce roi, peu de jours avant sa mort, conseillé par son confesseur, par l’archevêque de Paris et surtout par madame de Maintenon, autorisa une

loterie dont le produit était destiné à sa reconstruction.

C’était le hasard au service de Dieu. Ceci ne doit pas nous étonner, <?ar, de nos jours encore, nous avons eu des loteries pieusement organisées pour l’érection d’une chapelle, et des indulgences et des messes ont également été mises en loterie.

Grâce aux nombreux sermons qui stimulaient la pieuse lenteur des fidèles, les louis d’or pleuvaient. Mais la loterie de Saint-Martial ne survécut pas à Louis XIV. La douce étoile de madame de Maintenon s’éclipsa avec le Roi-soleil, et la cour folle jet débauchée du Régent, qui succédait, eût donné toutes les églises de Paris pour un petit souper. L’église Saint-Martial fut abattue (4722), et ses quinze ou vingt paroissiens, au lieu d’invoquer Saint- Martial , adressèrent leurs vœux à saint Barthélemy , qui, en bon voisin, les exauça tout aussi bien.

La petite place devant le couvent des barnabites était faite aux dépens de la maison de Jean Cliâtel, qui commit un assassinat contre Henri IV, et le blessa d’un coup de couteau à la lèvre supérieure, le mardi, 27 décembre 1594. La maison qu’il habitait fut rasée, en exécution d’un arreté du 7 janvierl595; jusqu’en 1005, on vit sur cet emplacement une pyramide commémorative de l’odieux forfait.

Oh a aussi longtemps nommé cet endroit carrefour du Châtel.

Dans le milieu de la rue Saint-Éloi, se trouvait la belle maison du célèbre bonnetier Patrouillet. Il l’avait fait élever avec le produit de la vente des bonnets à quatre brayettes dont il était l’inventeur. Ses bonnets eurent une grande vogue et lui rapportèrent une immense fortune.

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L’église et le couvent (les barnabites servirent ensuite de grenier à sel, et, au moment de la tempête révolutionnaire, se transformèrent en ateliersîpour la fabrication des monnaies de billon. C’est là qu’on apportait le plomb des cloches, l’or, l’argent et le cuivre provenant de la suppression des églises, chapelles, sacristies et couvents de Paris, et, par une bizarrerie remarquable, c’était un prêtre, l’abbé Rochon, qui dirigeait ce travail. Le pieux métal qui avait retenti dans les clochers des églises sonnait alors sous forme de monnerons dans la poche des sans- culottes.

L’église servit en dernier lieu de dépôt général du mobilier de l’État.

En face Saint-Martial, existait une impasse qui aboutissait à la rue aux Fèves?, vis-à-vis la rue du Four- Basset. Avant de se nommer ruelle Saint-Martial, elle porta le nom de la Ganterie. C’est là que les gantiers tenaient leurs ouvroirs.

Pendant tout le moyen âge, le clergé, de même que la noblesse, faisait usage de gants; et les moines, excepté ceux de Fontevrault, avaient les mains gantées, même aux principales fêtes de l’Église.

Les rois et les seigneurs envoyaient un de leurs gants en signe de consentement, et le don d’une paire de gants valant un sol ou deux deniers, était le gage d’un marché conclu, comme aujourd’hui le pot-de-vin ou les épingles.

D’après un vieux coutumier % à chacune vente, soit de maison ou de terre , il y a un gant. . .

Jean de Sens, ménestrel du roi, en 1417, acquit une île de la Marne pour une rente de gants fauves rendus , chacun an , à la récolte de Paris à Saint-Rémi.

C’était coutume chez nos pères de donner des gants ou de quoi s’acheter des gants à ceux qui, les premiers, apportaient une bonne nouvelle; c’était une gratification. Certains vantards, pour les obtenir, inventaient des expédients souvent connus avant eux, et s’attribuaient un mérite qui ne leur était pas dû, en larronnant la crédulité publique; mais, comme on n’était pas dupe de leurs manigances on disait ironiquement : il se sont donné des ( jants .

Au quinzième siècle, d’après Olivier de la Marche, les dames parisiennes, qui jusqu’alors n’avaient porté que des mitaines, couvrirent leurs mains de gants parfumés violette, qui venaient d’Espagne.

Sous Henri III, toutes les dames de la cour portaient des gants de soie tricotée. C’est d’Italie que vinrent les gants qui empoisonnèrent Jeanne d’Albret. A cette époque les gants parfumés qui rendaient plus belles, plus blanches, et plus douces, les mains des mignons de Henri 111, eurent une grande vogue.

Jusqu’au règne de Louis XIV on avait laissé le gant de peau, qui rappelait le gantelet des batailleurs, aux mains rudes des hommes. Ce ne fut qu’à cette époque de luxe et de faste que l’usage des gants de peau devint général chez les dames.

Les gantiers de la rue Saint-Martial suivirentTimpulsion qui entraînait le commerce dans le quartier des Halles, et, au quatorzième siècle, allèrent se fixer rue de la Lingerie.

Jadis, un dicton populaire disait que pour qu’un gant Lit bien fait, il fallait que trois royaumes y eussent contribué : l’Espagne pour préparer la peau ; la France pour

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le tailler; l’Angleterre pour le coudre. Aujourd’hui, grâce au progrès, chaque pays peut faire ses gants sans mettre à contribution ses voisins. Et ce n’est que par la supériorité de leur coupe que les principales maisons de Paris voient leurs gants recherchés par les élégants et les élégantes du monde entier.

Sur le sol qui a vu les transformations successives que je viens de raconter sommairement, s’élève lentement une immense caserne. Si les églises qui ont surgi à diverses époques caractérisaient les siècles de foi qui les avaient vu naître et les idées du temps, la caserne qui va les remplacer, ajoutée à la longue liste de celles édifiées de nos jours, caractérise à son tour le côté belliqueux du caractère des Français du dix-neuvième siècle.

Notre Paris moderne est beaucoup moins intéressant que l’ancien, au point de vue de l’histoire de la Cité. Jadis chaque rue avait sa légende, qui lui donnait une physionomie particulière; une couleur historique était pour ainsi dire empreinte sur ses vieilles maisons. C’était le peuple qui baptisait ses quartiers et ses rues, et il trouvait toujours le mot juste et pittoresque, parfaitement en rapport avec le fait dont il voulait perpétuer le souvenir.

Au point de vue de l’art, chaque rue avait aussi son cachet particulier : l’une était sombre et mystérieuse, elle longeait un couvent, une prison, une tour de sinistre aspect; telle autre, gaie et pimpante, était entièrement gothique. Plus loin, dominait le style de la Renaissance'. La gentille tourelle étalait orgueilleusement ses dentelures de pierre. Ailleurs un vieil hôtel présentait sa longue série d’écussons, ses créneaux et ses auvents sculptés/ Dans

tel autre quartier commerçant, la rue avait l’air du corps de métiers qu’elle abritait.

Aujourd’hui, dans nos rues, tout est uniforme : une architecture bâtarde montre de tous côtés ses calques maladroits, sans expression, sans style, sans goût. L’autorité impose aux rues des noms qui, le plus souvent, ne disent rien, ni au quartier ni à la ville.

Nous prions instamment nos édiles parisiens de ne pas faire aussi bon marché des noms historiques et des traditions des rues du vieux Paris; de n’y toucher que dans le cas d’une nécessité matérielle ou morale, et de rendre aux nouveaux quartiers qu’ils substituent aux anciens, les vieux noms qui sont du domaine de l’histoire ; car ils n’appartiennent pas seulement aux pierres des rues, mais bien au sol de la vieille Lutèce.

La Cité est celui des quartiers de Paris qui 9 le plus longtemps gardé sa vieille et pittoresque physionomie, mais bientôt, tout aura disparu.

Quand tous les embellissements projetés seront terminés, la Cité ne renfermera plus que des établissements publics. C’est le navire de la vieille Lutèce qui sombre dans le cataclisme des démolitions. Il ne restera debout que les grands mâts : les tours de Notre-Dame, la flèche pointue de la Sainte-Chapelle, et les tours du Châtelet, respectées par le souflede la tempête municipale; et nous autres, chroniqueurs, nous nous attachons aux débris échappés au grand naufrage, et qui flottent encore pour en raconter une dernière fois, en guise d’oraison funèbre, l’ histoire ou la légende.

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