L’HOTEL-DIEU
Le grand caravansérail de la mort. — La charité au moyen âge
— Ce que les anciens faisaient de leurs malades. — Iisculape et messire Legris. — Saint Landry fonde l’hôpital Saint-Christophe.
— Donations royales et particulières. — Maison-Dieu. — Le legs des chanoines de Notre-Dame. — Les jonchées de Philippe- Auguste. — Les dons de saint Louis. — Les bienfaiteurs. — Üudard de Mocreux, bourgeois de Paris. — Les beignets des sœurs Augustines. — La crèche de l’Ilôtel-Dieu. — Curieuse coutume des bougeoises de Paris. — Privilèges. — Chaque infirmité a son asile. — Organisation régulière au seizième siècle. — Dons d’Henri IV. — Le grand hôtel de l'Humanité. — Une date que le temps n’effacera jamais.
Avant de saluer le nouvel Hôtel-Dieu, il nous est permis de regarder une dernière fois ees vieilles murailles que le marteau des démolisseurs va bientôt faire disparaître sous un nuage de poussière, et sur lesquelles la main des siècles a gravé le témoignage de la charité de nos pères. Bien des misères ont passé dans ce grand caravansérail des larmes et de la mort; bien des cris de douleur ont retenti sous ces voûtes lugubres pendant ces dures époques que notre vieux Paris a traversées avant d’arriver à sa splendeur présente.
Différentes calamités, que l’on désigna sous le nom collectif de peste, vinrent souvent assaillir les Parisiens, et les hôpitaux se ressentirent des misères du temps,
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des préoccupations des esprits et du sentiment religieux des époques.
Au moyen âge, sous l’influence salutaire de la foi, on vit s’épanouir l’âge d’or de la charité chrétienne ; c’était un besoin inné de faire le bien, de soulager ses frères selon les préceptes de l’Evangile suivis à la lettre, c’était un élan d’enthousiasme aussi grand que celui qui arracha l’Occident de sa base pour le précipiter en terre sainte.
Les portes de la charité étaient toutes grandes ouvertes à la souffrance, à la misère ; le pauvre, le malade étaient abrités, nourris, soignés sous un toit hospitalier, mais quel abri ! quel toit ! Ce n’est que peu à peu, quand le niveau de l’aisance publique s’éleva avec les découvertes successives, fruits glorieux des conquêtes de l’esprit humain, que le bien-être des malades dans les hôpitaux suivit les accroissements de la prospérité générale.
Les palais des pauvres s’élevèrent d’abord auprès des basiliques épiscopales et des abbayes. Les monastères cisterciens avaient leurs hôtelleries d’hospitalité, où l’on hébergeait voyageurs, malades et pèlerins. A Clairvaux, il existait une infirmerie des pauvres. A Cluny, un moine savant avait pour mission de visiter les malades à domicile ; il entrait dans la maison quand c’était un homme, et faisait remettre les secours par un aide quand c’était une femme. C’était le médecin du peuple. A Clairvaux, un moine savant dans l’art de la médecine, faisait tous les jours ses tournées dans les terres de l’abbaye : les nobles et les riches sollicitaient ses soins, mais, lui, préférait les pauvres et soignait leurs plaies avec autant de zèle que si elles eussent été celles du Christ.