PRÉFACE. XIX
de Buquoy. Mais on ne paraît pas y avoir attaché grande importance.
Avec d'Allègre et Latude, c'est une autre airairc. Les passants ont pu voir, de grand matin, l'échelle flotter au long des murs, et l'évasion n'est plus secrète. Elle discrédite la Bastille. On peut donc s'en échapper. — La police se pique au jeu. On va rire à ses dépens. Et puis, on connaît les deux fugitifs. — Ils ne manqueront pas de publier le récit de leur évasion, avec force diatribes contre le gouverneur, le lieutenant de police, les ministres, la favorite, le roi!... Il faut, à tout prix, empêcher ce scandale et les rattraper!
Et l'on prend en pitié ces deux malheureux qui, après une fuite si bien combinée, se font arrêter sottement, l'un, d'Allègre à Bruxelles, pour une lettre d'injures écrite àlaPompadour; l'autre en Hollande, pour une demande de secours à sa mère !
Latude est remis sous les verrous — et cette fois condamné à une détention plus sévère. Et le vacarme recommence : clameurs, exigences, violences, menaces! — 11 exaspère et décourage ics L'cns les plus résolus à lui venir en aide.
XX PUEFACE.
On l'expédie au donjon de Vinconues; on lui promet sa liberlé, s'il veut bien rester Iranquille. Sa délivrance, il en convient lui-même, n'est i)lus qu'une affaire de jours.... On lui accorde la promenade dans les fossés. — Il en profite pour s'évader encore!...
Il est repris, réinstallé à Vincennes et tout est à recommencer. Mais on daigne le considérer comme un peu fou, et après un séjour à Charenton, où il est fort bien traité, — on lui donne enfin congé, en l'invitant à s'en aller dans son pays, et sans bruit!...
Ah bien oui! — Il court tout Paris, déblatérant contre MM. de Sartine, de Marigny, colportant des mémoires; réclamant cent cinquante mille livres de dommages-intérêts!... et finalement extorquant de l'argent à une bonne dame, par la menace!
Pour le coup, on perd patience, et on l'enferme à Dicêtre , comme fou dangereux!... Mais dame!!...
Soyons juslcs ! — Supposez, de nos jours, un chevalier d'industrie, qui, condamné à quelques mois de prison, inculte les agents de l'autorité, les magistrats, le tribunal, le président!... et
PRÉFACE. XM
recondamné de ce chef plus durement, s'évade une première fois, une seconde fois, une troisième!... et toujours rattrapé, recoffré, recondamné de plus belle : puis enfin relâché, après avoir fait son temps, répand des libelles injurieux contre le préfet de police, les ministres, les deux chambres, somme le Président de la République de lui payer cent cinquante mille francs à titre d'indemnité!... Et arrache de l'argent à une bonne femme par la peur!
Vous m'accorderez bien que ce gaillard-là n'aurait aucune peine à additionner trente-cinq ans de prison!
Seulement ses condamnations seraient publiques et ne donneraient prise à aucune de ces légendes qu'autorise toujours le huis-clos.
Mais quant aux motifs et à la durée de la détention, son cas serait exactement celui de Latude. Sauf qu'il n'y aurait pour lui ni fourrures, ni promenades dans les jardins, ni poulet piqué à ses repas!
Outre une cinquantaine de lettres autographes de Latude, adressées de Bicôtre à Mme Legros sa bienfaitrice, et oii le personnage se révèle : intrigant, charlatan, vaniteux,