Bi/A. de l'Arsenal, Archives de la Bastille
3. « Les livres qu'Allèfire demande coûtent 53 Ib. ; écrit le 2 juin 1752 de les lui acheter. » Note de Duval, secrétaire de la lieutenance de police (Archives de la Bastille). Allègre était un personnage de condition médiocre.
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promenait en compagnie des officiers qui lui donnaient des nouvelles de la ville et des prisonniers.
Dans leurs chambres les détenus s'amusaient à nourrir des animaux de tout genre, des chats, des oiseaux; ils dressaient des chiens au manège. Quelques-uns eurent la permission d'avoir un violon ou un clavecin. Pellisson était.enfermé avec un Basque qui lui jouait de la musette. Le duc de Richeheu vante les airs d'opéra qu'il chantait, en parties, avec ses voisins de Bastille, entre autres Mlle de Launay, la tête aux barreaux de la fenêtre; « cela faisait des sortes de chœurs d'un bel cfl'ct ».
D'autres prisonniers se désennuyaient à broder, ?» tisser, à tricoter; quelques-uns firent des ornements pour la chapelle du château. D'aucuns se livraient à des travaux de menuiserie, tournaient du bois, faisaient de petits meubles. Les artistes peignaient et dessinaient. « L'occupation de M. de Villeroi était assez singulière : il avait de fort beaux habits, il les décousait incessamment et les recousait avec beaucoup d'adresse. » Les détenus qui vivaient à plusieurs dans une chambre jouaient aux cartes, aux échecs, au tric-trac. En 1788, lors des affaires de Bretagne, douze gentilshommes du pays furent enfermés à la Bastille. Ils y vivaient ensemble et demandèrent un billard pour s'amuser; le billard fut <lressé dans lu chambre du major où ces messieurs allaient faire leur partie.
Les prisonniers, qui mouraient à la Bastille, élaient enterrés dans le cimetière Saint-Paul; le service funèbre était célébré dans l'ég-lise Saint- Paul, et l'acte mortuaire, portant le nom de famille de la personne morte, était dressé à la sacristie. Il est faux que les noms des défunts fussent altérés sur le registre mortuaire, afin que le public ignorât leur identité. L'homme au masque de fer lui-même fut inscrit à la sacrisiie de Saint- Paul sous son véritable nom. Les juifs, les protestants et les suicidés étaient enterrés dans le jardin du château, les idées de l'époque ne permettant pas de placer leur dépouille dans la terre bénite du cimetière*.
Plus heureux étaient ceux qui sortaient. La mise en liberté était commandée par une lettre de cachet comme l'avait été l'incarcération. Ces ordres de liberté, tant attendus, étaient apportés par le « distributeur des paquets de la cour » ou par r « ordinaire de la poste »; d'autres fois les parents, les amis venaient remettre eux-mêmes le pli cacheté pour avoir la joie d'emmener immédiatement ceux de qui ils apportaient la délivrance. '
1. « Le nommé d'Ham est décédé le 3 déc. 1730. II a été enterré au jardin le lendemain, n'ayant donné aucune marque de la religion catholique. » Bibl. de l'Arsenal, Archives de la Bastille, 12581. « Le nommé abbé Brennert est décédé le 26 septembre 1721. Il a été enterré au jardin, à cause qu'il s'est défait. > Ibid.
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Le gouverneur ou, en son absence, le lieutenant de roi, venait dans la chambre du prisonnier lui annoncer qu'il était libre. Les elï'ets et papiers dont celui-ci avait clé dépouillé lors de son entrée lui étaient rendus sur un reçu (ju'il donnait au major, puis il signait une promesse de ne rien révéler de ce qu'il avait vu dans le château. Bien des détenus refusèrent de se soumettre à cette formalité et n'en furent pas moins libérés ; d'autres, après avoir signé, racontèrent de tous côtés ce qu'ils savaient de la prison, et ne furent pas inquiétés. Enfin, lorsque le prisonnier ne recouvrait sa liberté que sous certaines conditions, on exigeait de lui l'engagement de se soumettre à la volonté du roi.
Toutes ces formalités remplies, le gouverneur de la Bastille, avec ce sentiment des belles formes qui caractérisa les hommes de l'ancien régime, faisait servir une dernière fois, à celui qui avait été son hôie, un excellent dîner. Il allait même, si le prisonnier était homme de bonne compagnie, jusqu'à le prier de prendre place à sa table, puis, le repas terminé, les adieux faits, il mettait à la disposition du prisonnier son carrosse et, souvent, y moulait avec lui pour l'accompagner jusqu'où il désirait aller.
Plus d'un prisonnier rendu au grand air, du jour au lendemain, dut se trouver embanassé cl ne savoir où aller ni que faire. Il arriva que le
gouvernement de la Bastille donna de l'argent à l'un ou à l'autre pour l'aider à vivre quelque temps. En décembre 1783, un nommé Dubu delà Tagnerette, après avoir été mis en liberté, fut logé dans le palais du gouverneur pendant quinze jours, jusqu'à ce qu'il eût trouvé un appartement qui lui convînt. xVussi, bien des détenus furent-ils lâchés d'être mis dehors; nous pouvons citer des exemples de personnes qui cherchèrent à se faire mettre à la Bastille ', d'autres refusèrent leur liberté, d'autres s'efforcèrent de faire prolonger leur détention ^.
«. Beaucoup, dit Renneville, sortaient de là fort tristes de leur départ. » Le Maistre de Sacy et Fontaine assurent que les années passées à la Bastille ont été les meilleures de leur vie, « La vie innocente que nous menions, dit encore Renneville, MM. d'Hamilton, Schrader et moi, semblait
i. « Des gens se faisaient mettre en prison (^ la Bastille' pour faire bonne chère et gagner de l'argent. » Renneville;