‹ Légendes et curiosités de l'histoire (volume 2)Chapitre 10 sur 113 · Bouchot, Catherine de Médicis · texte numérisé non relu

Bouchot, Catherine de Médicis

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dans le trajet de Fontainebleau à Amboise, s'envoleront « dans un souffle d'air ».

On peut discuter sur la politique, sur la reine, sur la femme ; mais la mère commande le respect et l'admiration. Veut-on un exemple représentatif du sentiment maternel au seizième siècle, c'est Catherine de Médicis dont on fait choix K

Qu'elle ait été l'épouse attachée à ses devoirs, en dépit des libelles nous en gardons la conviction.

Elle n'aura de cesse qu'elle sache son mari en bonne santé et à l'abri des périls. « Tout ce que je désire en ce monde, écrit-elle dans une lettre privée, c'est d' « être en sa bonne grâce ». Je raimais tant, dira-t-elle après la mort de l'époux qu'elle a entourée d'une affection constante, que f avais toujours peut- : trouvez une expression plus éloquente de l'amour conjugal !

Aimait-elle moins le sang de son sang ? D'Aubigné l'accuse d'avoir corrompu systématiquement ses fils, afin de s'assurer le pouvoir. De Thou affirme qu'elle entretint les princes dans la mollesse, « pour satisfaire son ambition particulière »; la vérité, c'est son aveu spontané, le cri

1. Cf. Les Senlimenls moraux au seizième siècle, par Albert Dr'.sjARhiNs, (iiap. \\\. l'nris;. 1S87.

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de son cœur, quand on lui signale, chez les petits êtres issus de sa chair, le plus léger malaise.

A cou[) sur, Henri II fut le meilleur des pères : à la moindre alerte, faisant partir le médecin, avec ordre de lui donner des nouvelles de l'enfant malade, heure par heure ; selon les saisons, prescrivant le changement de climat, d'habitation; choisissant lui-même les lieux les plus sains, les logis les plus aérés ; tombant aux détails les plus humbles; mais cette tendresse paternelle est dépassée par la sollicitude maternelle.

Catherine passe par des transes continuelles. Elle redoute, pour ces prédestinés, l'humidité qui engendre les méchants rhumes. Sont-ils installés à risle-Adam, dans le château, après s'être renseignée elle est d'avis qu'ils seront mieux logés au pavillon qu'au château, « pour ce qu'il est près de l'eau ».

Les nourrices tiennent une large place dans ses préoccupations ; telles peuvent avoir un lait excellent, qui ont un caractère déplorable. Qu'on ne s'arrête pas à leurs menaces de départ, leurs tentatives de chantage : si la santé de l'enfant en souffre, qu'on n'hésite pas, qu'on change sa nounou. Celle du petit Charles IX a beau prétendre à toutes les qualités, le nourrisson dépérit, donc son lait n'est pas bon. Quand la chose est décidée, c'est à qui propose à la reine ses bons

offices ; jusqu'à la maîtresse en titre, tout le monde en prend souci.

En toutes circonstances, Diane de Poitiers se montre attentive à plaire au roi, et connaissant la tendresse du père pour ses enfants, fait parade d'une inquiétude qui, après tout, pouvait être sincère.

Vous m'avez mandé, écrit la favorite à Mme d'Humières, que Madame Claude s'est trouvée mal, cette nuit, de sa toux, dont nous sommes tous marris; toutefois, c'est une maladie qui n'est pas dangereuse, vu que Madame sa sœur aînée en a eu de cette façon. La reine vous en écrit son avis...

Et la reine écrit, de sa main, qu'on donne à « Madame Claude » de la panade, plus saine que la bouillie, qui est indigeste.

Un autre jour, Catherine s'enquiert comment son fils d'Angoulème se trouve de ses dents ; elle veut savoir si Charles-Maximilien a toujours ses boutons au visage ; comment François, dauphin, se nourrit.

Elle recommande au nouveau gouverneur du duc d'Alençon, Jean Saint-Sulpice, de bien veiller sur la santé de son pupille. A peine le précepteur est-il entré en fonctions, que l'enfant est atteint de la [)etite véi-ole. Saint-Sulpice reçoit l'ordre de « ne Ijouger ni jour ni nuit d'auprès

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du malade ». Il devra veiller à ce ([ue Tenfant « ne |) renne l'air de longtemps ». On le changera de lit et de chambre; on le mettra dans celle de sa mère (jui, toujours prévoyante, envoie « un baume pour enipeschei- les taches de son visage ». Plus tard, c'est d'une déviation de la taille que l'on craint de le voii- atteint. Il faut le montrer au « bailleul », au rebouteur, « lequel trouve heureusement la dis[)osition de son corps aussi belle et aussi droite que l'on sauroit désirer et déclare qu'il n'y a ap[)arence de devoii* rien craindre ».

Vous pouvez croire, Madame, écrit le gouverneur du prince à la reine-mère, que, si j'eusse eu le moindre soupçon, je vous en eusse donné avis, et ajouterai davantage qu'il n'est point possible de voir complexion ni taille de prince de -son âge plus forte ni plus robuste que la sienne ^

Au demeurant, Catherine n'a ni répit ni trêve et, tout absorbée qu'elle soit par les devoirs de sa charge, elle trouve le temps, si l'un des enfants a un bobo, d'accourir à son chevet.

Comment ne serait-elle pas tourmentée, quand les astrologues sont là pour empoisonner sa vie, en lui faisant de sinistres prédictions ? Les lui

1. Guerres de religion dans le sud-ouesl de la France, par Edmond Cmmé. Paris, Champion, 1906, in-4".

a-t-on assez reprochées ses fréquentations avec les magiciens et les deA ins !

Alors qu'elle n'était que Dauphine de France, désirant connaître la destinée de son époux, elle avait })rié Luc Gaiiric de consulter les astres, et celui-ci prophétisait que le dauphin parviendrait certainement au pouvoir royal, que son avènement au trône serait marqué j)ar un événement sensationnel, et qu'un autre duel mettrait fin à son règne, en même temps qu'à sa vie.

Gauric serait allé jusqu'à préciser le genre de blessure, dont Henri II mourra au cours de sa dernière rencontre ; et ses déclaralions furent, assure-t-on, imprimées à Venise, dès 1552, soit sept ans avant le fameux tournoi où le roi devait trouver la mort. L'astrologue avait fait au monarque la recommandation « d'éviter tout combat singulier en champ clos, notamment aux environs de la quarante et unième année ; parce qu'à cette époque de sa vie, il était menacé d'une blessure à la tète, qui pouvait entiaînei- la cécité ou la mort ». Mais on se moqua de la prédiction, ne pouvant imaginer qu'en raison de sa condition, Henri put être exposé à combattre en champ clos.

Cependant, la j^rédictiou de Gauric obsédait Catherine, qui faisait appel aux savants les plus en renom, pour conjurer le danger, si faire se

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pouvait. Fréquemment, la leine consultait Michel de Nostredame, le fameux Nostradamus. Après Nostradamiis, (lome Kuggieri, Florentin comme elle, aura sa confiance, dont elle gardera une part pour Oger Ferrier, médecin natif de Toulouse, une autre pour Simeoni et quelques plus obscurs liseurs de grinioires.

Au mois d'août 1555, Nostradamus s'était rendu au château de Blois, sur l'ordre de Henri II, pour y dresser « l'horoscope des enfants de France '). Dans cette résidence historique, sur la vieille tour dite du Foix, Catherine avait fait élever un petit édifice, avec ces deux mots latins, gravés sur la porte d'entrée : Uraniiv sacmni. Cette dédicace à la déesse de l'astronomie indique à quel usage cette construction était destinée '.

Au château de Chaumont-sur-Loire, Catherine s'était réservé une pièce, pour s'y livrer à des expériences d'occultisme : c'est là qu'elle aurait vu défiler, dans un miroir magique, ses enfants avec les attributs de la royauté'-. Le merveilleux, c'est que la prédiction s'accomplit à la lettre. Gomment la reine n'aurait-elle pas ajouté foi à qui lui dévoilait l'avenir avec tant de certitude ? .

Que n'a-t-on pas dit encore ! Que la reine portait

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