L. Battifol, Revue liebdom., 28 novemljre 190S
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(Musée dM.r.)
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UNE TENTATIVE r>E VITRIOLAGE AV WV SIECLE «(9
Vers la quarantaine — Diane tic Poitiers avait alors plus de soixante ans — Henri II ne lui faisaitil pas cette déclaration passionnée : « Je vous supplie avoir toujours souvenance de celui qui n'a jamais aimé et n'aimera jamais que vous ? «
Catherine, qui se sentait plus jeune que sa rivale, se désolait, rongeait son frein en silence. Elle cherchait à surprendre le secret de cette incroyable passion ; elle ne pouvait croire que la sénéchaie n'eût recours à quelque philtre. Rien de plus naturel, cependant. Diane avait reçu mission du roi François de déniaiser son dégingandé de fils et elle s'y était employée avec zèle. Catherine n'était pas de taille à se mesurer avec elle sur ce terrain; elle manquait de l'expérience nécessaire.
Bien qu'horriblement jalousée, Diane occupait dans le ménage royal une place qu'on ne se serait guère attendu à lui voir prendre. Prise de pitié pour Catherine, qui se désolait de sa slérilité, quêtant recettes et conseils auprès de ses intimes, de ses proches, c'est la favorite elle-même qui dut obtenir, de son royal amant, qu'il fit à l'épouse l'aumône d'une entrevue hâtive; et un gros garçon ne tardait pas à venir au monde, un jour gris de janvier, à l'heure crépusculaire.
L'héritier de la couronne, en dépit de ses apparences de santé, était gorgé d'une lymphe de mau-
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vais aloi, accumulation de toutes les tares originelles empruntées des Médicis ; du grand-père infecté par la Féronnière; et aussi du père, neuroarthritique i)our le moins; mais on futtôt rassuré, quand on vit de quel appétit l'enfant se jetait sur le sein de sa nourrice; et bien l'on augura, dès ce moment, de son avenir.
On a beaucoup médit de la reine: si son rôle politique prête à de nombreuses et passionnées critiques, nous avons montré que Catherine fut une mère admirable. 11 n'en est point qui ait veillé avec plus de sollicitude sur ses rejetons; du jour ou les petits êtres, coup sur coup, de deux ans en deux ans, avec une ponctualité qui ne se démentira pas, naissent à la lumière, elle est tout entière à ses devoirs de maternité. Nulle autre chose ne l'inquiète.
La nourrice laisse-t-elle son nourrisson dépérir, elle ordonne qu'on la change sur l'heure, sans s'arrêter à ses criailleries ou à ses menaces. A-t-elle de l'embarras à trouver une « remplaçante », la reine-mère n'hésite pas : elle en réclame à tout venant, et voilà tout le monde occupé à lui complaire, jusqu'à la grande sénéchale elle-même ! Car, à l'occasion, et quelque étonnant que cela paraisse, Diane de Poitiers s'improvise garde d'accouchée, gouvernante et pourvoyv.'.use de nourrices. Gomment en douter, quand
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nous l'affirme l'archiatre même, le « médecin ordinaire du roy et de messieurs ses enfants » ?
Lorsque Guillaume Chrestien eut terminé son livre sur « les mois des femmes », à qui songeat-il à le dédier ? A la reine ? Non ; à « très illustre et très prudente dame Diane de Poitiers, duchesse de Valentinois » ; et cette dédicace nous renseigne, aussi explicitement qu'il se peut, sur le rôle joué par Diane auprès du couple royal.
Plus tard, à Sedan, « tôt après la prise d'Ivoy», Diane, en compagnie de la reine ^ veille le roi, atteint d'un flux dysentéri(|ue ; de même qu'elle aura soin « de la conception et nativité » des enfançons, veillant « à les faire duement nourrir par femmes nourrices vigoureuses ».
Comme nous l'avons dit ', Diane a pénétré si avant dans l'intimité de l'auguste couple, qu'elle forme en quelque sorte le sommet du triangle conjugal et vient en compléter l'harmonie.
Les mœurs bourgeoises de notre époque s'offusquent de cette alliance des deux souveraines, celle de la main droite et celle, plus puissante, de la main gauche, unissant leurs efforts pour assurer le bonheur de leur roi; mais au seizième siècle, on ne songeait pas à s'en montrer