Dans les Indiscrélions de l'histoire, 1 " série
surpris. Il en fut ainsi jusqu'à la mort de Henri II : quand le coup de lance de Montgomery aura dépêché le roi chez Pluton, alors Catherine reprendra les rênes ; elle exigera la restitution des joyaux de la couronne, des domaines royaux, et Diane sera contrainte de s'exécuter, quelque mauvaise grâce qu'elle apporte à cette restitution.
Catherine a-t-elle exercé d'autres représailles ; à quoi cela lui eût-il servi ? Quand le rustre de Saux-Tavanne lui a proposé de « couper le nez » à la favorite, ce nez rond et rouge qui ne pouvait plus exercer de séduction, Catherine s'est contentée de sourire et de hausser les épaules; comme elle a ri, lorsque, dans un accès de courtisanerie poussée à l'excès, le duc de Nemours s'est offert à défigurer à jamais Mme de Valentinois, en lui jetant au visage « de Feau forte distillée ».
Faut-il croire qu'elle préférait recourir à des procédés plus expéditifs, et que les pamphlétaires ont dit vrai, qui nous dépeignent Catherine connue une « artiste en poison », prompte à se débarrasser de ceux qui la gênent, avec cette arme des traîtres et des faiides? Nous avons fait justice de ces imputations ' et nous estimons superflu d'y revenir,
1. (If. Puisons el Sortili'gcs, pav les docteurs Cabanks et L. .Nass. 2' série.
UNE TENTATIVE DE VITRIOLAGE AU XVl'' SIECLE 10:^
Avons-nous à défendre encore Catherine contre les insinuations des moralistes qui se sont institués les censeurs de sa conduite privée .' Sous le couvert de l'anonviue, Brantôme ne l'a guère ménagée; mais, à part la reine d'Ecosse, Marie Stuart exceptée, qu'on nomme celle qui a trouvé grâce devant le sire de Bourdeilles !
L'historiograj)lie des Dames Galantes raille la coquetterie d'arrière-saison de la reine-mère, nous dit son peu de vergogne à montrer une chausse bien tirée sur une jambe qu'elle savait belle et admirée. Des lijjellistes ont décrit ces festins, où Catherine se faisait servir par des dames d'honneur il moitié nues et qu'elle fouettait de sa main, se délectant à leurs contorsions. Mais qu'en fautil croire au juste ? Quelle est la part du pamphlet, quelle est celle de la vérité ? Bien avisé qui la pourrait démêler.
Là où tous se rencontrent, c'est pour vanter le goût éclairé, les aptitudes artistiques que Catherine de Médicis tenait de ses ancêtres, et qu'elle avait importés à la Cour de France. Meubles, bijoux, tableaux, livres, émaux, les inventaires attestent qu'elle dépensa, sans compter, pour en acquérir, et des plus beaux et des plus rares.
A Clouet, à Corneille de Lyon, elle demanda les « pourtraitures » de ses enfants, de tous les membres de sa famille, en peinture, en tapisseries.
A sa mort, on trouva près de cinq mille volumes, dont huit cents manuscrits, grecs et latins, pour la plupart d'une ancienneté qui en douille le prix.
Son château de Saint-Maur en était rempli jusqu'aux combles. Histoire, théologie, astrologie, médecine, la bibliothèque de ("atherine contenait des trésors inestimables. Très bibliophile, elle tenait à un habillage somptueux, pour les ouvrages qui avaient ses préférences ; très collectionneuse, elle poursuivit la possession de tout ce qui était bibelot.
Elle avait, plein les armoires, des éventails en cuir du Levant; des masques, des miroirs, des « poupées habillées en damoiselles, ou vêtues de deuil », voisinant avec des verreries de Venise, des laques de Chine, des objets en nacre, en ivoire, en corail, en ciislal de roche. Dessinant à merveille, elle faisait elle-même les plans de ses nombreuses constructions. Habile à broder, elle passait son temps, au dire de Brantôme, à « besogner après ses ouvrages de soye, où elle estoit tant parfaite (|u'il estoit possible ».
Catherine aimaittrop l'art pour ne pas s'intéresser aux artistes : Jean Goujon, Philibert Delorme, Bernard Palissy ont éprouvé ses bienfaits. Elle chargeait Amyot de l'éducation de ses enfants; elle se faisait présenter Ronsard, et encourageait du Bellav.