AvF.NEL, Lellres de Richelieu, t. I
Li: CARDINAL L»UC L)i; RICHELIEU
(Par Daios).
LEGt.NDl;s, III.
il usait, |)Oiii- se <lél)ariassri- des ennemis (|iii le gênaient. Ijéchafaïul, l'assassinat, le [)()ison, toutes ces armes il les a employées; sans doute aui'ait-il ai'gué ((lie ce n\''tail (|iriii> mécanisme de gouvej'nement ?
Que iTa-l-on [)as dit encore ! Qu'il avait le modèle de deux toits, la Bastille et Vincennes, et (ju'api'ès avoir joué avec des petits chats comme avec des emblèmes de perfidie, il se délectait à voir en abrégé la résidence de ses victimes'.
Il eut l)ien d'autres délassements, (jui ne tc'uioignent peut-être pasd'unesprit trèsé(juilibré et, ici, nous entrons dans le domaine de la névrose, nous côtoyons les frontières de la folie. Mais il convient de citer les textes et les références; car- le propos (|ue nous allons re|)roduire a été souvent rapport!», sans attribution à son antenr.
Le cardinal de liichelieu, conte la princesse Palatine dans ses Mémoires, malgré tout son esprit, a eu de grands accès de folie. Quelquefois, s'imaginant cire à cheval, il sautait autour d'un billard, en ruant et hennissant ; cela durait une heure, puis ses gens le couchaient et le couvraient bien pour le faire suer; à son réveil, l'accès était passé et il n'y paraissait plus.
A ne s'en tenir ([u'à la lettre, on éprouve une 1. Cf. les Almanaclis de la liévolulion. par (L W'F.LscHiNOLr..
lie LÉGENDES ET CURIOSITES DE L'niSTOlftË
impression plutôt pénible, en songeant à un accès vésanique : pour fortifier un diagnostic ([u'on sent fléchissant, on doit rap])eler que Richelieu eut, dans sa famille, (|uel(|ues excentriques ou monomaniaques.
Son frère, d'aborti, Alphonse-Louis Duplessis, était sujet à d'assez étranges lubies. Destiné à être chevalier de Malte, dans la prévision d'un naufrage on avait voulu, alors qu'il était encore enfant, lui apprendre à nager; jamais on ne put en venir à bout. Un joui', ses parents lui enfirent de grands rcprociies, lui disant qu'il n'était bon à rien. Pi([ué du mol, il va droit à la rivière et se jette à l'eau; sans un pécheur, qui accourut avec sa barque, il se noyait.
Quand il fut cardinal, ses excentricités ne manquèi'ent pas de faije jaser : ne s'imaginail-il pas, à certains moments, (juil était Dieu le I^èie ! On en i-iait autouj- de lui, mais on se gardait de le conliaiier, et ([iiand il fut question de faire son poili'ail, sa nièce n'oublia pas de recommander au peintre de faire son oncle en « Dieu le Pèie, bien ressemblant».
D'Urfé et Racan avaient mis les pastojales à la mode, Alphonse de Richelieu les voulut mettre en action. 11 fit habiller en bergères les plus belles dames de Lyon, tandis que le prélat, houlette en main, jouait des bergeries ; et ce cardinal Gela-
LES MANIES DE lUCHELIEU 117
don, discourant sur le Tendre, faisait, parait-il, assez singulière figure.
La sœur de liichelieu, Nicole, avait épousé Urbain de Mailh', marquis de Brézé, alors que Richelieu n'était encore qu'évèque de Luçon. Marie de Médicis l'avait prise coiiinie dame d'atours, mais elle ne fut pas longtemps à s'apercevoir de ses extravagances : ne s'était-elle pas mis en tète qu'il lui était interdit de s'asseoir, au risque de se briser? Elle croyait avoir le... séant en verre, et elle craignait de se casser !
Douce et inoffensive manie ; mais les brutalités de sou mari développèrent, chez elle, le germe de la folie, qui était resté latent.
Il n'y avait pas d'avanies que ne lui fit le marquis, de complicité avec sa maîtresse, qu'il affichait ostensiblement. La malheureuse épouse devint folle à lier, et on dut l'enfermer au château de Saumur, où elle mourut, très regrettée d'ailleurs; on lui fit de splendides obsèques et, dans l'oraison funèbrequi fui prononcée sur sadépouille mortelle, on vanta ses extraordinares vertus.
La fille de la défunte, Clémence de Maillé, princesse de Gondé, venait mourir, exilée et prisonnière, à Chàteauroux, où son mari, puis son fils, la tinrent enfermée, à la suite d'une scandaleuse aventui'e, qu'a contée Mme de Sévigné. Elle
fut bien vengée par rhc'^ritagc, (iiTelle laissait aux Gondé, de la folie malernelle.
Les pamphlétaires, ([iii n'avaient aucune raison de ménager le eardinal, firent des allusions ouvertes à eette tare familiale. Une chanson populaire le pi'oelamait expressément:
Cardinal, vous êtes De race de fol .
Que la malepeste Vous torde le col !
Avant la Palatine, Tallemant avait consigné dans ses Historiettes les faiblesses du cardinalministre ; mais Tallemant, autant que la Palatine, est une méchante langue et on doit tenir en défiance ses racontars. Une autre version, puisée à des sources moins suspectes, offre à nos yeux plus de vraisemblance.
Richelieu eut, toute sa vie, le goùl des exercices j)hysiques et de (|iielc(ues-uns même qui rappelaient plus les libres allures du seizième siècle (|ue la dignité du dix-septième '.
Malgré les grandes occupations qu'avait le cardinal de Richelieu, il ne laissait pas (juelquefois, lit-on dans un recueil justement estimé -, de trouver le temps de
1. Cf. les Sporis et les Jeux d'exercice dans l'ancienne France,
par J. JUSSERAND.