Iti. LA t'omi;, Mémoires (Gonôvo
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transcrivait les remarques et les observations que lui dictait le cardinal, en marge du manuscrit de « l'Opinion de l'Académie française sur le Cld », dont Chapelain était Tenu soumettre le texte au fondateur de la nouvelle institution.
Un certain nombre de copies de lettres de Richelieu portent cette mention : « de la main de chirurgien » ou « du chirurgien » : il s'agit, vraisemblablement, du chirurgien attaché à la personne de Richelieu, qui aura été utilisé aux mêmes fins que l'apothicaire ou le médecin.
Le chirurgien n'est pas celui qui a le moindre rôle, et il est à présumer qu'il a dû plus souvent tenir la lancette que la plume. Richelieu s'est, plusieurs fois, fait saigner de nuit, et ce n'élait pas simple caprice : il y avait à cela des raisons qu'on peut dire scientifiques, si Ton veut bien se souvenir qu'à cette époque, l'astrologie passait pour une science, et (|u'elle sera, longtemps encore après, tenue pour telle.
Le cardinal, fervent adepte de l'astrologie judiciaire, en quoi il partageait l'opinion des esprits les plus, éclairés de son temps, ne manquait pas de consulter les tableaux astronomiques, avant de se décider à la saignée ; pour que celle-ci fût protitable, il ne l'ignorait pas, la connaissance des signes du Zodiaque, qui dominent chacun une partie du corps spéciale, était essentielle : mais le
mal a ses exigences et ne laisse pas toujours le temps de consulter les astres ; en pareille conjoncture, on procédait à l'opération au mépris des règles ordinaires ; la maison médicale tout entière était réunie et chacun occupait son poste.
Tandis que le médecin tenait d'une main la poelette et, de l'autre, la chandelle entortillée, que venait de lui passer le chirurgien, après l'examen de la veine à ouvrir, celui-ci, avant d'appliquer la ligature d'usage, marquait de deux traits d'ongle la place de l'incision. Deux aides, spécialement chargés de tenir la poelette vide de réserve, et de l'échanger contre celle remplie de sang, passaient à l'opérateur la bande et les compresses. Lorsque le médecin avait déclaré que la saignée était suffisante, ils emportaient dans un lieu froid les poelettes remplies, soigneusement numérotées, pour l'examen du sang, versaient au chirurgien l'eau fraîche de l'aiguière, afin de laver sa lancette, enfin, lui donnaient la serviette pour essuyer l'instrument et ses mains.
Après la saignée, il fallait empêcher le patient de céder au sommeil. Avec le cardinal c'était précaution superflue, car il semblait alors plutôt disposé à causer et, contrairement à ses habitudes, se montrait même expansif. Pour un homme qui ne manquait pas d'adresse, l'heure était propice ; il n'était occasion plus favorable de conquérir les
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faveurs du cardinal-ministre. (]eux qui avaient la charge de cette précieuse santé étaient mieux en posture ({ue quic(>n(|ue de tirer avantage de la situation ; aussi n'y ont-ils pas manqué pour la plupart. Peu, cependant, en oui abusé.
A consulter l'état des gages, on constate (|ue les appointements de ceux qui servent le cardinal étaient des plus modestes.
Gitoys, le médecin particulier de Richelieu, n'est inscrit que pour 900 livres; ses fonctions de médecin du roi lui en rapportaient, la môme année, 2.000.
Depois, le médecin du commun et de l'Académie, ne reçoit que 300 livres par an : c'est une somme équivalente, (|u'alloue à son médecin la reine mère, du moins au début. Mais Depois n'a pas le titre de médecin de Son Eminence ; il ne joue dans la maison du cardinal qu'un rôle effacé ; il a, pourtant, été employé à certaines négociations ([ui réclamaient quelque habileté et il s'est acquis, ])ar ce moyeu, des titres à la gratitude du ministre.
Le traitement que reçoit Citoys, qui a toute la confiance du cardinal, est un des plus élevés comparativement aux autres, aprè« celui du jardiniei- de Ruel, toutefois. Les appoiutenienls allout's à l'apothicaire et au chirurgien sont bien infé-
rieurs. Ce sont, en effet, des « opérateurs manuels », des artisans, placés fort au-dessous du médecin dans la hiérarchie médicale.
Les apothicaires, en leur qualité de marchands, passaient avant les chirurgiens, mais après les médecins; on en signale qui étaient mieux appointés que ces derniers, tels ceux d'Anne d'Autriche ; mais c'est une exception.
Chez Richelieu, lé poste d'apothicaire et celui de chirurgien étaient loin d'être des sinécures, si l'on en croit un pamphlétaire, qui assure que le cardinal « se fait seigner toutes les sepmaines et bailler des clystères tous les jours ^ ».
Sans ajouter foi à une déclaration qui nous est suspecte, nous avons un témoignage, celui-là positif : c'est un mémoire de l'apothicaire du cardinal, aussi explicite (|u'il soit possible de le désirer.
Pour l'année 1G35, tant le sieur Perdreau que ses aides ont eu l'honneur d'administrer à «Monseigneur l'Eminentissime cardinal-duc », 75 clystères et 127 bols de casse, sans préjudice de nombreuses tisanes et médecines laxalives, composées de rhubarbe, sirop de fleurs de pêcher et autres drogues. Le mémoire s'élève, pour cette seule année, à la somme respectable de L401 livres
1. Vrais el bons aduis de français jidèle, par M. de Morgues, 1631, in-4", 106.
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14 sols, pour l'unique personne du ministre, ses serviteurs non compris. Ne nous en étonnons point : c'était la thérapeutique en cours.
Quand l'apotlucaire de liichelieu ne ])0uvait opérer lui-même, il était remplacé par son garçon, qui le suppléait pendant ses absences et qui lui succédera dans sa charge. Lorsque le cardinal dicte son testament à Narbonne, ce garçon apothicaire, du nom de Blouyn, est désigné, après le gazetier, pour un legs de (i.OOO livres, de même importance que celui attribué à Citoys.
On retrouve Blouyn au chevet de sou maître c\[)irant ; il recueille ses dernières instruc-. lions, sa dernière parole de remerciement. A la mort de Richelieu, Blouyn occuj^era les mêmes fonctions auprès de ]Mazarin, deviendra ensuite valet de cham])re ordinaire du jeune roi, [)uis [)iemier valet âv chambre de S;i Majesté. Il était intendant de Versailles, quand il périt d'un accident de voiture; il avait survécu plus de vingt ans à son premier bienfaiteur.
Après les apothicaires Perdreau et Blouvn, il convient d'accordei" plus qu'une mention au chirurgien de Son Eminence, qui, de loutes les personnalités de l'entourage immédiat du cardinal, est un de ceux dont la physionomie mérite le plus de nous retenir.
^lathieu Berthereau était entré au service du
cardinal en 1638. Il avait été le condisciple de Richelieu au Collège de Lisieux, où le jeune Duplessis, à peu près du même âge que lui, faisait ses études dans le même cours. S'étant rencontrés sur les mêmes bancs, sans doute se sont-ils, dès cette époque, liés d'amitié. A la sortie du collège, ils se perdaient de vue, chacun suivant sa voie ; et tandis que le futur ministre, déjà brillant cavalier, allait terminer son éducation de noblesse à l'Académie de Benjamin, Berthereau fréquentait l'Ecole de médecine et commençait à l'Hôtel-Dieu ses travaux de chirurgie pratique.
Le jeune carabin de Saint-Gôme, parvenu au grade de chirurgien militaire, retrouvera le jeune Richelieu, devenu ministre tout-puissant, devant La Rochelle.
Plus tard, Berthereau, à la suite de plusieurs expéditions, reçoit le titre de chirurgien-major des places et armées royales, outre de nombreuses récompenses et pensions dont il sera gratifié « pour avoir pansé le siège du cardinal » : il est un de ceux qui ont été appelés à « jouer sur lui des couteaux », concurremment avec le sieur Juif, autre chirurgien que Richelieu tenait, non sans raison peut-être, en défiance.
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Quand le cardinal est à Ruel, il a sous la main un barbier-chirurgien de la localité, qui tient une boutique suffisamment achalandée par la domesticité et les personnages de qualité, que le séjour du minisire attire dans l'endroit ou tians le voisinage.
Le barbier n'est appelé au château que dans de rares occasions, quand le chirurgien attaché à la personne du ministre, pour une cause quelconque s'en trouve éloigné. Il en est de même du chirurgien du commun, aux gages de 300 livres, plus spécialement préposé à tondre les joues età tailler la barbe des officiers et des pages, dont il s'évertue à faire le poil proprement. Celui-là manie la lancette avec autant d'habileté que le rasoir, et il est connu pour la dextérité avec laquelle il pratique une saignée ou fait les pansements.
Mais il est de ces pansements qui nécessitent une main plus délicate que celle d'un praticien, si exercé soit-il ; ceux-là, la femme d'un chirurgien de Paris en est chargée : serait-ce parce qu'elle conserve la formule de quelque pommade lénifiante, de quelque secret de famille qu'elle garde jalousement ; toujours est-il que le nom di^ la femme Bernard figure sur les comptes pour uîïë somme de près de 150 livres, qui suffit à attester ses services.
Le dernier article du chaj)itre de la santé de
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Richelieu, ou qui s'y rattache étroitement, est celui de la table.
Dans une maison de l'importance de celle du cardinal, on présumef[ue les fournitures de vivres constituent une des principales dépenses. Mais ce qu'il nous importe surtout de connaître, c'est la manière dont le cardinal se nourrit, son régime de vie habituel, son hygiène particulière.
Généralement, Richelieu ne soupe pas; mais, à moins que ses souffrances ne soient intolérables, il s'assied à sa table les joui-s où il i-eçoit des invités auxquels il tient à témoigner une considération particulière. Manger en sa compagnie est résexvé aux privilégiés qu'il honore de son estime.
Le cardinal est, d'ordinaiie, crunc sobriété extrême : on ne lui sert à son repas que deux plats et une salade. Cette frugalité est chez lui un principe ; il estime qu' « une heure qu'on donne au ventre tient tout le jour l'esprit en tourment ».
Nul ne reçoit avec plus de magnificence, presque de somptuosité. Comme dans toutes « les maisons réglées », il n'y a pas moins de trois services, composés cliacuu d'un grand plat, deux moyens, six petits, et quatre assiettes-entrée : potage et hors-d'œuvre, pour le premier; rôts, salades et entremets, pour le second ; et, pour
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finir, un service complet d'entremets, avant d'arriver au dessert.
On aura une idée de ce qui se mange chez le cardinal par ces doux menus-types : les jours gras, on sert, le matin, deux chapons bouillis, deux queues de mouton, une pièce de bœuf de quatre livres, un plat de six langues de mouton, une épaule de mouton, une salade ; le soir, deux chapons rôtis, deux potages, une haute côte de mouton, un jarret de veau, un aloyau de quatre livres, un gigot, un plat de lapin, du veau rôti, une douzaine d'alouettes, une salade.
Les jours maigres, deux bons potages, deux carpes d'un pied et deux doigts : Tune à l'étuvée, l'autre frite; deux plats de huit œufs chacun ; un plat de morue ; deux omelettes de huit œufs chacune ; une salade.
Contrairement à ce qui se passe chez d'autres seigneurs, voire chez le roi, tout chez le cardinal est d'une ordonnance et d'une propreté impeccables. Les écuelles sont soigneusement lavées et le parquet ne présente pas les traces du repas précédent, comme au château royal.
Les convives se gardent de cracher à terre ce qui est trop dur à mâcher, ou ce qui leur fait mal au cœur, même en employant dextrement la main gauche, comme doit le faire tout « honnête homme » .
Pas un qui s'aventurerait, sous le regard perçant
du maître, à ne pas essuyer sa cuiller avant de la mettre au plat, à ne pas goûter son vin posément. Pas un qui n'évite de boire, en mangeant un œuf, afin de mieux savourer le bouquet des vieux vins dont l'amphitryon est fier.
La nappe, savamment plissée, est éblouissante de blancheur, ainsi que les serviettes ; le couvert est placé à droite de chaque assiette ; les fourchettes ne sant })as encore d'un usage courant; mais le cardinal n un couvert complet, pour lui personnellement.
Son Eininence a trop le souci du confortable pour supporter une négligence dans le service, même quand Elle est loin de sa résidence accoutumée.
C'est l'habitude, sous le règne de Louis XIII, quand on part en voyage, de « traîner » avec soi toute sa maison, do se faire accompagner, non pas seulement de ses serviteurs, mais de se faire suivre de tout le mobilier jugé indispensable : literie, tables et chaises, tapisserie, linge de lit et de corps, vêtements, armes, vaisselle, batteries de cuisine, sans oublier lés provisions de bouche, dans le cas oii la disette de vivres se ferait sentir en quelque endroit écarté.
Le cardinal a horreur de l'imprévu, et ce n'est pas chez, lui que les draps manquent en cours de l'oute, ou (|U(' les coffres apportant les objets de