‹ Légendes et curiosités de l'histoire (volume 2)Chapitre 47 sur 113 · Cf. Ch. Vatel, Histoire de Mme du Barry, II · texte numérisé non relu

Cf. Ch. Vatel, Histoire de Mme du Barry, II

2. Dans les Mémoires de la minorité, écrits sur l'ordre même du Roi, Massillon donne au Roi d'excellents préceptes sur l'art de bien parler et de bien répondre, plus nécessaires aux monarques qu'aux autres hommes. « Il semble, écrivait l'orateur sacré, que parce que nos princes sont grands, ils soient dispensés de paroles; et c'est certainement une grande erreur. Il y a mille occasions dans lesquelles un prince qui parle à la multitude gagne plus que par le poids de toute son autorité... Combien Henri IV, par exemple, ne rencontra-t-il pas d'obstacles, qu'il surmonta parce qu'il savait parler ! Yinsisle sur cet article par l'amour et l'attachement que je sens pour mon Roi. » Malgré linsistance du prélat, Louis XV persista dans le mutisme indolent, qui accrédita en Europe l'opinion que cette impuissance de parler était « un des tics de la maison de Bourbon ». Ed. Fourmer, L'Esprit dans l'histoire, 1882, 343. On savait par cœur, dit La Harpe (Mélanges inédits de littérature, 1810, 260), les trois ou quatre questions insignifiantes que le Roi ne manquait pas de faire à tout étranger qui lui était présenté, et qui étaient constamment les mêmes. L'anecdote suivante, rapportée par Chamfort, confirme le manque de

ne peuvent [)i-escjLie jamais sortir de sa bouche. « Vous eonnaisse/, mon embanas et ma limidité, disait-il à ^Nlme de Mailly, à propos de hi maréchale de Belle-Isle ; j'en suis au dëses})oir; j'ai eu dix fois la bouche ouverte pour lui parler.»

Le duc de Luynes convient, toutefois, qu^en général, le Roi |)arle très bien, (|uand il veut parler; il s'ex|)rime en très bous termes et conte même agréal)lement.

Avait-il à prononcer des paroles (jui dc'cidaient du sort de celui aiupiel (dles s'adressaient, sou troul:)le le reprenait; il était « si (muii, (|ue son menton en tremblait d'une façou \ isi])le. »

l*]tait-ce mau(|ue de coui-age, ou [)aress(' iutcllectueUc !' IjC duc de ("Jioiscul penche pour celte dernière et, dans l'embarras (bi Roi, ne xcui voir que sou incapacilc'. Mais est-il un juge im[)artial ? Chassé du pou^()ir, il ne se consohi jamais de sa disgrâce, et son ap|)i'ecialion peut bien se ressenti r (h' son (h'pit.

Il est bien |)rouv('' aujourd'hui (\i\o Louis XV

lal(Mii oratoire de Louis XV : « Le roi de Prusse demandait à (LAlembert s'il avait vu le roi de France. — Oui, sire, lui dit eelui-ci, en lui présentant mon discours de réception à l'Académie l'rançaise. — Eh ! bien, reprit le roi de Prusse, que vous a-t il dit? — Il ne m'a pas parlé, sire. — A qui donc parle-t-il ? poursuivit Frédéric. » Il est vrai que Louis XV n'avait pas le mot aimable pour son interlocuteur, mais on lui en attribue de malicieux et, parfois même, d'assez méchants,

oui Liiic |)(»lili(|ii(' pcrsoiuu'llt' cl des \ iics ([ui no manqiiaiont pas d'originalitô; par conlro, il ost exact que sa conversation était à peu près nulle; qu'il ne s'intéressait à rien ou presque, en dehors des histoires de chasses et des aventures scabreuses. Seuls, les ragots le mettaient en joie et les rapports de police étaient le genre de littérature qu'il préférait.

On ne s'expliquerait pas, chez un homme qui, sans être d'une intelligence supérieure, avait, pour y suppléer, une conception assez haute de son rôle, ce goût confinant à la vulgarité, si on méconnaissait cette dominante de son caractère, qu'il nous reste à développer : le besoin de distraction, nécessaire pour dissiper l'ennui, l'incurable ennui, dont, toute sa vie, Louis XV porta le lourd fardeau.

Hors la chasse et les chiens, rien n'intéressait, n'amusait, no fixait ce jeune mari, ce jeune souverain. « Imaginez un Roi de France, l'héritier de la Régence, tout glacé et tout enveloppé des ombres et dos soupçons d'un Escurial, un jeune homme à la fleur de sa vie et dans l'aube de son règne, ennuyé, las, dégoûté... Louis XV apparaissait, dans le fond des petits appartements de Versailles, comme un grand et maussade et triste enfant, avec ([uelque chose dans l'esprit de soc, de méchant, do

sarcastique, qui était comme la vengeance des malaises de son humeur: un sentiment de vide, de solitude, un grand embarras de la volonté et de la liberté, joint à des besoins physiques impérieux, et dont l'emportement rappelait les premiers Bourbons : c'est là Louis XV à vingt ans '. »

Il suffira de reprendre chaque ligne de ce croquis, d'en appuyer quelques-unes, d'en atténuer d'autres, d'apporter ci et là des retouches, pour en faire un portiait présentable,

A qui aime se contenter de brèves définitions, celle-ci plaira par son laconisme. L'Histoire pourrait nommer Louis X\ d'un mot : c'est le roi ennuyé; il ne désire rien, il n'aime rien, il ne croit et ne pense à rien, ([u'à échapper à l'ennui'-.

L'ennui, « cette mélancolie de l'esprit », est la grande maladie d'un siècle où l'on se rue au plaisir, à la joie de vivre, sans frein ni mesure; où l'on chante et où l'on soupe : apparences trompeuses, qui dissimulent un mal profond, incurable, une lassitude, un découragement sans remède.

La société est aussi malade que les particuliers : névrose, neurastliénie, qu'importe l'étiquette ? On dit alors « vapeurs », terme gracieux

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