Le Palais de Scaarus. par I'. Mazois
27(î LEGENDES ET CURIOSITES DE L HISTOIRE
N'est-ce pas Plutarque qui raconte qu'Alexandre devinl très superstitieux sur la fin de sa vie? Il avait l'esprit si troublé, que les faits les plus indifférents en soi, pour peu qu'ils lui parussent singuliers ou inatlendus, il les regardait comme les signes précurseurs de quelque catastrophe.
Son palais était rempli de gens qui faisaient des sacrifices, des expiations ou des ])ropliéties. Il n'entreprenait rien sans consulter les aruspices.
Une bataille de corbeaux dans les airs le retint longtemps aux portes de Babylone, sans qu'il osât prendre sur son courage d'entrer dans cette cité; il se contenta de camper dans le voisinage, en attendant de plus favorables présages.
On ne saurait accuser Jules César de petitesse d'esprit, ni de manque de bravoure, ce qui ne remj)èchait point de partager les superstitions de tous les Romains de son temps. Un de ses historiens rap[)oite ([ue le vaiiK(ueur des Gaulois, avant une fois eu son char renversé, n'y monta })lus jamais, sans réciter trois fois des paroles cabalisti(|ues, qui avaient le don de prévenir cette sorte d'accident.
Nous citions tout à l'heure une des superstitions d'Auguste; ce ne fut pas la seule dont il fut affligé. Tombait-il de la rosée, lorsqu'il par-
lait pour un long voyage, tle tei-re ou de mer, c'était signe de bonheur et d'un retour prompt et heureux.
Tels phénomènes, en a|)paience insignifiants, ne laissaient pas de le frapper : dans File de Caprée, il crut remarquer que les jjranches d'un vieux chêne, desséchées et courbées vers la terre, s'étaient relevées à son arrivée ; il en éprouva tant de joie, qu'il demanda aux Napolitains de lui céder l'ile de Gaprée, en échange de celle d'Enarée. -
Il y avait des jours où Auguste se serait gardé de se mettre en route : ainsi, ne partait-il jamais au lendemain d'un jour de foire; et il ne commençait jamais une affaire sérieuse le jour des Nones, « afin d'éviter la malignité des présages attachés à certains noms », comme il le déclarait à Tibère.
Soil ([u'il fût convaincu de la sagesse de celle leçon, soit ([ue lui-même partageât les terreurs etles ap[)réhensiojisd'Auguste.Tibèie, à lexemple de celui qui avait, avant lui, occupé le trône, craignait beaucoup le tonnerre : dans les temps d'orage, il ne manquait pas de ceindre sa tête d'une couronne de laurier, qui [)assail pour pi-eserver de la foudre '.
1. L'aigle, le veau-marin, le laurier {a) et la vigne blanche (b), étaient regardés comme les préservatifs les plus puissants
Lhabitiide qu'avait Néron, de portei- sur sa poitrine une feuille de plomb, quand il était couché, venait de ce qu'on lui avait, persuadé qu'il n'était procédé plus efficace pour conserver la voix; car il avait la prétention d'être un excellent chanteur. Son maître de chant devait se tenir constamment à s(^s côtés, pour l'avertir d'épargner ses poumons cl de mettre un linge devant sa bouche. Il prenail, dans le même but, des lavements et (les vomitifs, et s'abstenait soigneusement de mets et de boissons susceptibles d'abîmer ses cordes vocales.
Flattant les manies superstitieuses de son temps, Trajan s'en fut consultei" l'oracle d'Héliopolis, sur l'issue de la guerre qu il entreprenait '.
contre la foudre. Jupiter choisit le premier, Auguste le secoiul (c), et Tibère ne manquait jamais de se couronner de lauriers tpiand grondait le tonnerre [d\ Un commentaleur de Suétone a cru devoir réfuter avec gravité les vertus attachées à la couronne de Tibère, en s'appuyant sur ce que, peu d'années au- ])aravanf, un laurier avait été fra|)i)é par la foudre dans Rome (e).
«) Aqiiila, vilulus marinas el laui-us fulmine non f'erienliir. (Plin., Nal. llisl., t II, c. 55.)
b) COLUMELLA, iili. \.
c) SiKTOMi S, 1/7. Auij., r.\r..
d) Id., 177. Tih., (;lm\.
e) Note 2, p. 10!», col., I.ugd. P.atev., HW;7.