‹ Légendes et curiosités de l'histoire (volume 2)Chapitre 7 sur 113 · E SORCIER · texte numérisé non relu

E SORCIER

CATHERINE DE Mi:DICIS, EPOUSE ET MKRE ',[)

figliuolanza : à fille d'esprit, jamais la postérité ne manque ^ »,

Au Musée de Versailles, un portrait, dû, croiton, au pinceau de Glouet, représente Catherine de Médicis âgée de dix-huit à vingt ans. Sur cette peinture, qui a sa réplique à Chantilly, dans un crayon délicieux de facture, on retrouve les lèvres gourmandes, le menton fuyant, la chair d'une adorable blancheur, dont la jeune fille tirait sa séduction et son charme.

Coquette, des dames de la Cour nulle ne l'est moins. Catherine porte déjà ces crôpelures de cheveux aux tempes, qu'elle conservera jusqu'à un âge avancé. Et cependant, elle s'efforce de plaire à son beau-père d'abord, demandant à s'enrôler dans la Petite Bande et à suivre les chasses du roi, s'y faisant remarquer, entre toutes, par son endurance et sa gaieté.

Pour son mari, elle est la compagne de bonne humeur constante, déférente et soumise. Ce n'est pas l'amante, elle ne sait être que l'amie. La conduite du roi, ses privautés avec la duchesse de Valentinois, n'altérèrent en rien l'affection que Catherine lui portait. « La reine, écrit un ambassadeur, aimait son époux au delà de tout ce

1. Cf., dans notre Cabinet secret de r Histoire, le chapitre : « La stérilité de Catherine de Médicis. »

qu'on peut imaginer. » Elle n'était occupée qu'à prévenir ses moindres désirs, à lui éviter toute fatigue, à le garder de tout ce qui pouvait lui être pénible. Le roi lui témoignait, do son côté, une amitié sincère; il lui faisait seulement grief de ne point lui donner l'héritier qui devait perpétuer sa race; alors qu'une dame piémontaise, sœur d'un écuyer du dauphin, l'avait rendu père d'une fille, qu'on élevait à la Cour, sous les yeux même de la reine.

Catherine n'est pas la dernière à se désoler de son infécondité. En vain a-t-elle consulté les médecins ; en vain supplie-t-elle l'archiàtre de lui indiquer un régime. Après la Faculté, elle recourt aux médicastres : sorciers et matrones, breuvages magiques et secrets do commères, elle se déclare prête à tout, pour se tirer de peine.

Les diplomates, toujours aux aguets, en font le thème de leurs dépêches. L'envoyé du doge informe son maître que la « sérénissime dauphine est d'une bonne comploxion, sauf en ce qui regai"de les qualités physiques propres à en faire une femme à enfants [sic) ». Non seulement elle n'en a point encore; mais on appréhende qu'elle en puisse jamais avoir, « bien qu'elle ne manque point d'avaler toutes les médecines capables d'aider la génération » : d'oii l'ambassadeur conclut qu' « elle court de grands risques d'augmenter

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son infirmité, plutôt que d'y porter remède ».

L'entourage de la reine connaît son désir ardent de maternité; c'est à qui s'emploiera à lui indiquer des formules.

Au connétable de Montmorency, qui vient de lui faire connaître une recette, elle ne sait comment exprimer sa gratitude : « Je ne vous remercierai point de ce que vous m'avez envoyé, lui écrit-elle, car s'il plaît à Dieu qu'il me serve, je ne tiendrai ce bienfait, qui est le plus grand qui me serait à venir, que de vous '. »

On a laissé entendre, et nous devons en parler parce que le bruit en courut avec persistance, que Catherine aurait eu des faiblesses pour certains gentilshommes de la Cour; on a publié des noms, articulé des faits. Parmi les officiers que leur charge appelait à la Cour, François de Vendôme, vidame de Chartres, était réputé un des plus brillants. Le chevalier, doué d'un joli physique, ne manquait point d'esprit. Ces dames de \a Petite Bande en raffolaient. Catherine l'avait, entre tous, distingué, pour ses façons de grand seigneur. Un jour qu'il s'agissait, au palais des Tournelles d'organiser une de ces comédies (jue Catherine avait mises en vogue, et dans lesquelles chacun

1. Correspondance de Catherine de Mèdtcls, ôdit. 11. de la Perrière, t. I, 6, 11.

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ambitionnait de jouer un rôle, le vidame fut désigné pour être le principal acteur; il devait avoir pour partenaire la reine en personne. Il fut donc appelé dans les appartements privés, afin de répéter avec elle le rôle qui lui avait été réservé.

Ces tête-à-tête auraient amené, dit-on, entre les deux acteurs, une intimité d'autant plus grande que l'esprit même du sujet la comportait et que la pièce était dans la note licencieuse de l'époque. Le beau chevalier se si'rait si bien identifié avec l'amoureux dont il était chargé d'exprimer la passion; il se montra si naturel dans ses brûlantes déclarations, si pressant dans ses instances, que, sous l'innocent prétexte de l'art, Catherine voulut paraître aussi bonne comédienne que lui. Elle joua avec un talent si vrai, que l'animation dramatique du gentilhomme se manifesta bientôt par des transports réels ; et l'Italienne n'essaya j)as même de les réprimer, car ils n'étaient pas moins conformes à ses propres désirs qu'habilement prétextés par la nature du personnage que le capitaine incarnait. Le reste si' devine : l'heureux Vendôme fut comblé d'honneurs ; il devint le favori de la princesse. Le vert, qui était la couleur du vidame de Cliartres, fut (h's lors adoj)té par Catherine de Médicis, <jui ne le ipiitta qu'à son veuvage. Gela se passait au commencement

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