‹ Légendes et curiosités de l'histoire (volume 2)Chapitre 8 sur 113 · CATHERINE DE MEDICIS · texte numérisé non relu

CATHERINE DE MEDICIS

(R. Galleria Uffizi. Florence.

CATMERINE de MKDtClS, EPOUSE EÎ MEtlË (;"

de 1543; quelques mois plus tard, Catherine donnait à son époux un fils, le futur François II. On a fait le même conte, aux circonstances près, pour Albert de Gondi, qu'on a rendu responsable des naissances successives des princes Louis (1549), Charles (1550) et Henri (1551). Mais n'a-t-on pas, aussi, donné à entendre que Catherine aurait eu une liaison avec le premier cardinal de Lorraine ?

Ame sans tendresse, Catherine ne nous apparaît point sous le jour où on la veut montrer.

Sans doute, elle* a introduit chez nous des mœurs qui, au delà des monts, étaient monnaie courante. On lui a reproché, non sans motif, tel banquet qui fit scandale, comme celui de Chenonceaux ; la curiosité dissolue dont elle se rendit coupable, quand elle voulut vérifier, sur le cadavre de Soubise, tué lejour de la Saint-Barthélémy, comment était fait un homme impuissant; mais avant de la juger, replaçons-la dans sou cadre.

Ce monde où l'intérêt personnel et l'intrigue tiennent tant de place, est un monde dont le plaisir est l'unique objectif. Pour lui, tout est prétexte à fêtes : bals, mascarades, chasses, parades et bergeries.

Les femmes occupent le premier rang, tiennent la tête dans cette sarabande folle.

xA.u temps du roi François, on s'en était tenu à la galanterie, et personne ne se fût trouvé pour protester contre les « fleuretages », ce mot si galamment français. Il en était pour ne pas se contenter de cette viande creuse, mais on les connaissait, on se les désignait.

Les progrès de l'immoralité s'accentueront sous le règne de Henri II et, plus encore, sous celui de ses successeurs. C'est à Henri III qu'un ambassadeur étranger osait dire de ne pas craindre la peste, « parce que la Cour est une plus forte peste sur la(|uelle l'autre ne peut mordre ».

Sous des dehors d'élégance, de raffinement de politesse, les mcnurs étaient des plus grossières sous la Renaissance : on conte (ju'un des plaisirs du roi Henri II était de mener les filles de la reine voir le rut des cerfs dans la forêt de Fontainebleau. Le duc d'Anjou possédait une coupe à figures erotiques, dans laquelle il trouvait plaisant de donner à boire aux dames et aux demoiselles, ce {|ui ne laissait pas de les amuser fort. Les livres obscènes circulaient librement ; on les vendait à la foire Saint-Germain, et le roi les achetait pour s'en divertir.

Sous Henri III, la paillardise était, publiquement et notoirement, pratiquée entre les dames; et le roi forçait un de ses gentilshommes à épou

CATHERINE DE MÉDICIS, ÉPOl SE ET MÈRE 09

ser une femme qu'il avait engrossée. Catherine suivit l'élan, elle fut de son temps.

Qu'elle ait dépravé ses fils pour enlever à leurs mains débiles les rênes du pouvoir, rien n'autorise à lui prêter d'aussi diaboliques machinations. Gomment les eùt-elle empêchés de choisir leurs maitresses dans la troupe voluptueuse des filles d'honneur,alors que tous les seigneurs leur en donnaient l'exemple? Avait-elle à abréger la vie de ces enfants chétifs, dont le destin était marqué ? Ailleurs ' nous avons fait justice de ces imputations.

Faisons une revue rapide de cette mauvaise descendance.

Le premier garçon, espéré comme le Messie, est, d'apparence, un bel enfant ; mais des yeux exercés ne s'y trompent pas. Le médecin Fernel trouve à ce gros joufflu des boursouflures inquiétantes. Ce strumeux, dont le nez ne se purge pas, ne lui dit rien qui vaille et le pronostic se vérifie à la lettre : François II succombera non pas au poison, mais à une otite suppurée, propagée aux méninges et à l'encéphale. « On pensera ce que l'on voudra, écrit un historien, sage et judicieux, de la mort du roi ChaiKs, arrivée quatre mois après le départ du duc d'Anjou pour

1. Dans les Morls my&lérieiisex de l'IIisloire, nouvelle édition.

la Pologne, » et, connue pour mieux faire entendre ce que le sous-entendu déguise mal, il ajoute que « véritablement, il faut avouer que cette princesse étoit trop savante dans la destinée de cet Etat et de sa famille ».

La calomnie a la vie dure ; que n'a-t-on inventé sur les derniers moments de Charles IX et sur les causes de sa mort ! Bassompierre rapporte, dans ses Mémoires^ qu'ayant représenté au jeune Louis Xlll, qui sonnait du cor, que cet exercice lui dessécherait les poumons et le ferait périr prématurément, comme Charles IX : « Bon, bon, répondit le roi, sachez que Charles IX n'est mort (|ue pour avoir (Une chez (iondi (la créature de Catherine), immédiatement après une querelle qu'il eut avec sa mère. »

Comparez les relations des témoins oculaires, et vous aboutirez à de tout autres conclusions. Jean Michel, ambassadeur de Venise, mandait à son maître :

Le roi est faible, il aura grand besoin de se ménager sur tous les exercices du corps qu'il aime beaucoup, tels que la paume, le manège, les armes ; ce sont exercices de prince, mais trop violents pour lui. Chaf[ue fois que le roi se fatigue, il a besoin de grand repos, car il a peu. (l'haleine et la respiration, difficile.

Le 22 avril 1574 — Charles IX succombera le

3U mai suivant — l'anibassadeur de Toscane écrivait :

Depuis le départ du roi de Pologne, le roi est souffrant ; il a très mauvaise mine ; on nous a dit en bon lieu qu'il ne saurait vivre longtemps, il s'est trop fatigué à la chasse.

Le l"'' mai, « il est survenu une crise; on a cru le roi mort ».

Le 12, « LL. MM. ont pris le deuil, excepté le roi qui garde le lit... »

Le 21, u il a beaucoup de fièvre... Le roi ne vivra pas vieux '. »

Cette fièvre lente, continue, s'accompagnant de fréquentes hémoptysies, dicte le diagnostic, que nous avons, à une autre place, longuement discuté, et que nous nous contentons ici de formuler : Charles IX a succombé à une bronchopneumonie tuberculeuse du poumon gauche ; une voniique donna issue à une grande quantité de pus qui, envahissant la trachée, produisit l'asphyxie.

Le vrai est que tous les enfants d'Henri II et de Catherine étaient voués à une mort précoce. Expiaient-ils, ces innocents, des fautes ancestrales

1. Vie de Catherine de Médicis, essai historique, traduit de l'italien d'Eugène Alberi, de Florence, par Mlle S... (Sala). Paris. II.-L. Delloyc, 1844.

et, dès leur naissance, étaient-ils marqués de la tare originelle ?

La mère de Catherine, nous l'avons dit, était morte en couches ; son père n'avait survécu que quelques jours à sa femme; tous deux victimes, assurent les chroniqueurs, « de la maladie honteuse que Laurent avait contractée à Paris ' ». De pareilles allégations demanderaient à être étayées de preuves.

On a voulu expliquer la stérilité de Catherine, par r « avariose » de Henri II; mais celle-ci estelle certaine? A voir la descendance, on a des doutes, mais on ne saurait aller au-delà d'une présomption.

Mettons à part Elisdheth^ l'aînée des filles, née robuste, mais qui sera « Valois authentique, romanesque, aventureuse, gâtée de névrose ».

Cldiide, la future duchesse de Lorraine, comme sa grand'mère Claude de France, est rachitique, coxalgique et passe sa vie dans une armature.

Louis, duc d'Orléans, qui vient ensuite, meurt, à vingt et un mois, de la rougeole, et surtout d'athrepsie.

Cliarles-MaximiUen, qui paraît si vivace, deviendra le maniaque impulsif Charles IX, miné par la bacillose.

Page 1