LES VAGABONDAGES D UN CRANE
et le conduisit dans le chœur, où l'on chanta solennellement les vêj>res des morts... Les prières finies, l'on porta le cercueil au côté méridional de la nef, et on le posa contre la muraille {eu marge : entre deux confessionnaux), dans un caveau (jui lui avait été destiné, entre la chapelle du titre de Sainte-Geneviève et celle du titre de Saint-François... »
Le lendemain, on devait entendre l'oraison funèbre delà bouche de l'un des chanoines; d'ordre du roi, défense fut faite de la prononcer publiquement; on redoutait que, « parmi la foule des auditeurs qui seraient ravis d'entendre prononcer cette oraison, il se glisserait infailliblement quel- ([ues censeurs mal intentionnés, qui [)ourraient en faire un mauvais usage ». On fit, néanmoins, un service solennel avec la même magnificence que la veille.
Au sortir de Sainte-Geneviève, M. d'Alibert mena quelques personnes qualifiées et quelquesuns des principaux cartésiens qui avaient été de la cérémonie, chez le fameux Bocquet, où il avait fait préparer un splendide et somptueux repas, auquel assistèrent, entre autres convives de marque, MM. de Montmor et d'Ormesson, maîtres des requêtes; le sous-précepteur de Mgr le duc de Bourgogne et de Mgr le duc d'Anjou; le célèbre physicien Iiohault, un des disciples favoris du phi-
losophe; le iiiatliémalicieii AuzouL. Le médecin ordinaire du roi, J.-li. Denys, était aussi du fesliu. Le Père général de Sainte-Geneviève, « le neuvième jour d'après », priait à dîner la plupart des mêmes personnages et « M. de Rohault fit, après le repas, diverses expériences de l'aimant, pendant la récréation des Pères de la maison ».
Le 12 avril 1791, dans une pétition présentée par le petit-neveu de Descartes à l'Assemblée nationale, celui-ci sollicitait, pour son grand-oncle, l'honneur « d'èlre placé oii doivent (Ure déposées les cendres des grands hommes ». Sur la proposition de son président, l'Assemblée renvoyait cette pétition à l'examen du C.omilé de constitution ; elle ne fui rapportée qiut' le P'' octobre 1793, par Marie-Joseph Chénier, qui proposa à la Convention, au nom du (iOmité d'insti'uclion publifjue, de placer Descartes au Panthéon. En conséquence, PAssemblée rendait, le lendemain, un décret, accordant à René Descartes « les honneurs dus aux a:rands hommes, » et ordonnait de « transférer au Panthéon français son corps, et sa statue faite par le célèbi'e Pajou ». Les graves événements politiques qui se succédèrent firent ajourner l'exécution de ce décret et la Convention termina sa session, sans fixer le jour où le philosophe devait recevoir l'hommage de la gratitude nationale.
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