LES VAGABONDAGES D UN CHANK
mains do MM. H<t;geillychl, Arkejilioll/, Aligieii, SpaiM-maii, Aiiigien... »
Berzélius s'i'lail adiessi' à Ctis ici-, en sa (jualité de seciélaiii' poipétuel de l'Académie des Sciences ; mais rautie secrélaiie perpétuel, Delambie, avait i-édigé une longue note, destinée à être annex(^e aux piocès-veibaux de l'Académie, et dans laquelle il donnait son sentiment sur l'objet en litige.
Reprenant, comme on dil au Palais, les laits de la cause, et remontant à la première exhunialion, celle qui avait été pratiquée à Stockholm, en 1666, Delambre rap[)elait qu'à ce moment, sauf l'os de la main, remis à l'ambassadeur qui l'avait réclamé, aucune autre partie du corps n'avait été distraite ; si le crâne eût été absent, nul doute qu'on l'eût remarqué et signalé.
« Le crâne était-il entièrement dissous et faisaitil partie de cette cendre sur laquelle les os furent couchés ? N'en reslait-il aucun fragment reconnaissable et que l'ambassadeur eût pu demander, au lieu de l'os de la main ? En seize ans, un crâne, renfermé dans un tombeau de pierre et dans un cercueil de [)lomb, peut-il être réduit tout à fait en poussière ? » Le savant n'osait décider.
Quoi qu'il eu soit, en 1819, lorsque les restes de Descartes furent transportés à l'église Saint- Germain-des-Prés, et qu'on ouvrit publiquement
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la caisse où ils étaient renfermés, on constata qu'il n'y avait qu'an os d'une forme reconnaissable, c'était l'os de la cuisse ; « le reste était de très petites dimensions, fort ])eu remarquable, ou tout à fait réduit en poudre. » Aucun os qui ressemblât à un crâne, ou à un fragment quelconque de crâne.
Personne, sur le moment, ne songea au crâjie. «On le supposa réduit en poussière, comme le reste^ à l'exception d'un seul os et de quelques fragments fort petits. » Et, très perplexe, Delauîbre conclut : « Dans le doute, il paraît convenable de supposer l'authenticité, de laquelle nous doutons beaucoup cependant, et de conserver précieusement le don de M. Berzélius; sauf à lui demander quelques renseignements ultérieurs, s'il peut se les procurer, ce qui est assez douteux, puisque sa lettre d'envoi ne parait pas celle d'un témoin bien convaincu. »
Il y a, cependant, un argument qui militerait en faveur de l'authenticité, et dont on a omis de faire état. Avec la plus entière bonne foi, Delambre n'avait pas manqué de reproduire un passage, tiré des Mémoires cojicei-nani C/t/'istine, reine de Suède, et dont l'auteur est le Suédois Archenholtz, (jiii, vraisemblablement, était l'écho d'une tradition vivace en son l)ays.
Dans le premier volume de ces yl/(''/y/(-»//C6-, publié
CRANE l'RESUMÉ DE DESCARTES
[Muséum d'histoire naturelle.)
l.LtiiiNDlis, m.
LliS VAGAIiONUAGES 1) UN (,HANE 323
en 1751, on peut lire ce qui suit, et dont Timportance n'a pas été assez soulignée :
«... On ne saurait passer sous silence un fait qui ne sera connu ([ue de peu de personnes, que M. Hof, professeur au Collège de Skare, en Westro-Gothie, vient de publier. C'est que l'officier des gardes de la ville de Stockholm, qui eut la commission de faire lever le cercueil de Descartes, de l'endroit où il était enterré et de le transporter en France, aïant trouvé moyen d'ouvrir la bière, il en ôta le crâne du défunct Descartes, qu'il garda le reste de ses jours fort soigneusement, comme une des plus belles reli(|ues de ce grand philosophe. Après la mort de l'officier, ses créanciers, au lieu d'argent comptant, qui les aurait fort accommodés, ne trouvèrent guère d'autre chose que ce crâne, qui a passé depuis en d'autres mains... »
Neuf ans après, dans un quatrième volume des mômes Mémoires , l'auteur glisse cette note, très explicite :
«... Au reste, j'ai déjà marqué, à l'endroit cité, qu'lsaac Planstrom, officier des gardes de la ville de Stockholm, ôta le crâne de la bière de Descartes, qu'il y en substitua un autre, et garda celui-ci... 11 faut que je dise ici, qu'à mon dernier voyage en .Suède, Tan 1754, je fis l'acquisition d'une partie de ce crâne qu'on atteste être le véri-
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table et dont l'autre partie repose dans le cabinet de feu M. de Hœgerflycht, qui sera échu à quelqu'un de sa famille, »
Cette dernière phrase prête à l'équivoque : comment Archenholtz a-t-il pu acquérir une partie du crâne, alors que lierzélius prétend avoir adressé à Guvier le crâne entier ? A moins d'admettre que l'historien suédois ait conservé le maxillaire inférieur, qui fait, en effet, défaut.
Car tout le reste concorde parfaitement, ainsi que le fait observer très judicieusement M. Charles Adam, dans l'étude où nous avons puisé les principaux éléments de notre démonstration. Le crâne envoyé par Berzélius et que ^I. Edmond Périer a retiré des collections du Muséum, pour le présenter à r Institut, porte bien les deux noms de Pltinstroiu et A' Hœgerflycht^ et on y trouve mentionnés ceux tles possesseurs successifs qui en établissent l'incontestable filiation.
Nous devons, toutefois, reconnaître que deux objections ont été faites, qui ne laissent pas d'être sérieuses: comment le larcin du crâne a-t-il pu être opéré, alors que toutes les précautions semblent avoir été prises lors de rinhumation et, plus taj'd, au niomenl de Texhunuition ?
D'après Cu\ icr, ce i làne n'aurait pas séjourné dans la terre; d'autres lui ont trouvé une coloration rouge, « provenant sans doute de la terre oii
LES VAOARONnAOES D UN CHANE 325
il u séjourné «. Nc^ pourrait-uu eludici- ce preiiiici" point, en recherchant et étudiant la nature du sol dans l'ancien cimetière de Stockholm, oii Descartes tut enterré? Et, en second lieu, vérifier, comme le demandait Delambre, sur le crâne en question, si, conformément à ce qu'on voit dans la médaille frappée en Hollande et représentant Descartes avec le plus de naturel, il existe, au milieu du front, un sillon vertical montant de la racine du nez vers le haut du front, interruption très marquée tant sur la médaille que sur la belle estanipe, gravée par Edelinck, et qui passe pour la reproduction la plus fidèle que nous possédions des traits du philosophe ?
Même après ces deux vérifications, nous n'oserions assurer que tous les doutes seront dissipés; car, en matière de reliques historiques, nous avons appris à garder quelque méfiance.
S'il faut en croire une tradition d'autant plus vivace qu'elle échappe à tout contrôle, les trois grands poètes tragiques de la Grèce auraient tous trois péri dans des circonstances singulières. Écoutons l'historien Valère Maxime relater la mort d'Eschyle :
« Eschyle était sorti un jour de la ville qu'il habitait en Sicile, et s'était assis au soleil. Un aigle, qui portait une tortue, vint à passer au-dessus de lui : trompé par le poli de sa tête, entièrement chauve, qu'il prit pour une pierre, il y laissa choir la tortue, afin de la briser, pour ensuite pouvoir plus commodément la manger.
« Ainsi finit le créateur et le père de la mâle trao-édie ».
Ce récit n'a que le tort de pécher par l'invraisemblance. Se peut-il qu'il se soit trouvé, au moment précis où l'accident s'est produit, un témoin c(ui en aurait consigné aussitôt le détail sur ses
tablettes; ou que l'aigle, notoirement connu pour son coupd'œil pénétrant, se soit fourvoyé au point de prendre un crâne, fùt-il poli comme une bille d'ivoire, pour un fragment de roche? Enfin, quelque intelligence que l'on prête à ce vivant aéroplane, nous concéderions difficilement qu'il ait, avant d'entamer son repas, mûri autant de sages réflexions. Admettons donc que l'historien latin a voulu nous en faire accroire, se gaussant d'avance de la crédulité de ses contemporains, mais ne soupçonnant guère, ([uelque grande que lût sa fatuité, que la postérité s'embarquerait, toutes voiles dehors, dans ce vaste bateau.
I']n veine d'inspiration, notre conteur ne s'arrête j)as à jui-route. Eschyle a été victime d'une tortue; Euripide fut dévoré par des chiens.
Un soir, après avoir soupe chez le roi Archélaûs, en Macédoiue, le dramaturge regagnait la maison de son hôte, lorsqu'il fut attaqué par une bande de ces canins. En vain essaya-t-il de lutter; affamés sans doute par un long jeûne, les carnivores le dévorèrent, et son corps fut découvert littéralement en pièces.
Des faits de cette nature l'histoire n'en enregistre heureusement pas beaucoup ; car la démonstration serait faite que l'animal « ami de l'homme » ;iuiail fâcheusement usurpé sa réputation,
\'oici, toutefois, une anecdote i|ui met en scène