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Bibliothèque de l'École des Charles, III

avec le maréchal de Rays? Avant d'étiqueter sa psychose, peut-être convient-il d'en dessiner les linéaments. L'étiologie et le tableau symptomatique doivent précéder, comme dans l'étude de tout cas pathologique, la formule diagnostique.

11 y a huit ans que cette idée diabolique me vint, expose

le prévenu devant le tribunal chargé de le juger. Ce fut l'année rnème où mon aïeul, le sire de la Suze, alla de vie à trépas. Or, étant d'aventure en la librairie dudit i tiâteau, je trouvai un livre latin de la vie et des mœurs des Césars de Rome par un savant historien qui a nom Suetonius ; ledit li\re était orné d'images fort bien peintes, auxquelles se voyaient les déportemens de ces empereurs païens, et je lus en cette belle histoire comment Tiberîus, Caracalla et autres Césars -'ébattaient avec les enfants et prenaient un plaisir singulier à les martyriser. Sur quoi je voulus imiter lesdits Césars et le même soir je commençai à le faire en suivant les images de la leçon et du livre. Pour un temps, je ne confiai mon cas à personne ; mai> depuis je dis le mystère à plusieurs personnes, entre antre- à Henriet et Poitou, que j'avais dressés à ce jr u. Ce furent les susdits qui aidaient au mystère et avisaient à trouvei les infant- pour mes besognes â.

Comment les émissaires du maréchal se procuraient-ils ces enfants? Ceux-ci étaient subitement

1. Morel, la Folie héréditaire (Gaz. hebd., 1861); cité par Tiioinot, Attentais aux mœurs el perversion* du sens yénitul,

enlevés, sans qu'il fût possible de savoir ce qu'ils étaient devenus. Disparus, nul n'entendait plus jamais parler d'eux Etaient-ils morts, vivaient-ils encore, quel sort leur était réservé ? Personne n'était en mesure de répondre ; par ignorance ou par crainte, toutes les bouches restaient closes. ;On avait vu des petits mendiants frapper à la porte du château de Tiffauges, où les attirait l'appât d'abondantes aumônes. Sur les routes, des hommes, au service du maréchal, parlaient à l'écart à de « gentils escholiers » ou de gracieuses fillettes, à qui ils distribuaient force friandises, pour les décider à les suivre.

D'autres fois, ils traitaient directement avec les parents, à qui ils demandaient leurs fils, pour les engager dans la troupe des pages de leur puissant seigneur; ils leur faisaient entrevoir les riches costumes, tout chamarrés d'or, les cadeaux nombreux dont ils seraient comblés et les malheureux finissaient par céder à ces suggestions perfides.

Lors des premières disparitions, on crut à quelque accident naturel; seules, les familles s'affligèrent au foyer déserté, consolées par des parents et voisins, qui prenaient leur part de leur malheur. Mais partout on entendait plaintes semblables; partout pères et mères couraient, réclamant à tous les échos leur progéniture, battant les champs et les buissons, parcourant routes et Heu-

ves, pour retrouver le sang de leur sang, criant leur désespoir aux passants, qui fuyaient épouvantés. On les voyait, dit un des feuillets de l'enquête, « s'en complaindre doloreusement » et se redisant les uns aux autres « de prendre bien garde à leurs enfants ». Un vent de mort passait sut- les villes et les campagnes; partout la « bète d'extermination >• ravissait de nouvelles victimes, Minôtaure vorace, jamais assouvi.

Un voyageur de Machecoul arrive un jour à Saint-Jean-d'Angély. A table, ses hôtes lui demandent d'où il vient. De Machecoul. répond-il. A ces mots, la terreur se peint sur tous les visages.

)uoi ! de Machecoul! Mais on conte sur ce pays des choses terribles; on dit qu'on y mange les petits enfants ! »

Bientôt les ravisseurs ne se cachent plus, ils opèrent au grand jour.

Ici. c'est une pauvre femme à qui on enlevé, -"ii- promesse d'argent-, son enfant âgé de dix ans, < l'un des plus beaux du pays ». Quand elle en demande des nouvelles, on lui répond ironiquement que les Anglais, ces éternels ennemis de la France, ont enlevé nombre de gens du pays et demandent, comme rançon, des enfants, beaucoup d'enfants !

La, c'est une malheureuse qui a envoyé son

gamin âgé de 15 ans, avec sa petite sœur, de 7 ans, chercher du pain; ils ne reparaissent plus.

Partout où séjourne le baron, à Tiffauges comme à Ghamptocé, à Nantes ou à Machecoul, il prélève son cruel tribut.

11 a des pourvoyeurs cà son service, des complices dont il fait ses compagnons de débauche et d'orgies. Les uns se contentent de partager ses plaisirs connus; les autres préparent ses plaisirs secrets et parfois en prenent leur part, audacieux sans scrupules, prêts à tout, même au crime. Pour l'infâme besogne dont ils sont chargés, des complicités sont nécessaires : ils ont embauché à leur service plusieurs femmes, perdues de mœurs, qui deviendront les plus actives entremetteuses des plaisirs du jeune baron.

Parmi ces femmes, le souvenir est resté, dans les campagnes bretonnes, de l'une d'elles, que le peuple avait surnommée la M effraye, « d'un nom strident comme celui de l'orfraie». La Meffraye semait la terreur partout où elle passait. Cette vieille femme — elle paraissait âgée de 55 à 60 ans — parcourait les campagnes, les landes; elle approchait des petits enfants qui gardaient les bètes ou qui mendiaient ; elle les flattait et les cajolait, mais toujours en se tenant le visage à moitié caché d'une étamine noire ; elle les attirait jusqu'au château du sire de Rais, et on ne les revoyait plus.

Elle apparaissait comme une bonne fée, dans son accoutrement mystérieux. Elle abordait ceux et celles qu'elle avait marqués de son doigt fatal, avec bonté, leur parlait avec douceur, leur faisait les plus belles promesses. Les enfants la suivaient sans méfiance, quand, tout à coup, des hommes masqués, surgissant dune haie ou d'un bois voisin, se jetaient sur les pauvres êtres sans défense, les bâillonnaient, les enfermaient dans des sacs ou poches d'où leur nom d'empoc heurs, qui longtemps leur resta , et victimes, ravisseurs, corruptrice, tous disparaissaient sans laisser de traces.

Si, le plus souvent, revenait aux familiers du baron le soin de lui ramener leur butin, il arrivait parfois à ce dernier de désigner lui-même la proie qu'il convoitait. Des croisées de son château, apercevait-il un enfant au teint frais, aux joues vermeilles, un signe suffisait: la frêle créature était saisie et. sans plus de retard, conduite dans la chambre à coucher du maréchal.

Ce qui se passait ensuite, les révélations faites au procès nous en instruiront.

Avant qu'il ait pu revenir de son étonnement, l'enfant avait les mains ligottées ; on le bâillonnait, pour étouffer ses cris; on lui passait une corde au cou, puis on ['élevait à trois pieds de terre et on le suspendait à un crochet \ixé au mur.

Sous le poids du corps la gorge se resserrait, la face devenait vultueuse, les premiers signes de l'asphyxie apparaissaient.

Mais les bourreaux ont guetté le moment où le dernier souffle va s'exhaler : ils dénouent rapidement la corde et l'enfant reprend ses sens.

Le seigneur, qui roulait tout à l'heure des veux terribles, se fait doux et miséricordieux. Il prend le petit être sur ses genoux, lui prodigue mille caresses, l'assure qu'il a voulu seulement lui faire peur et, quand, souriant, il renaît cà l'existence, lorsqu'il reprend goût à la vie, il ordonne de le bâillonner de nouveau. Il contraint l'enfant à se prêter à tous ses caprices de bête en rut, jouant de sa victime au gré de son imagination, exécutant toute cruauté qui lui passe par la tête, toute monstruosité née de ses rêves, avec l'attention savante d'un artiste.

Son stupre accompli, le misérable saisissait brusquement l'enfant, d'un coup de dague lui ouvrait le ventre, mettait à nu les entrailles, et du sang qui jaillissait et inondait le parquet, « il se polluait de nouveau en des cavités étranges ouvertes par le poignard ». Il riait des dernières contorsions de ses victimes, et, le verre en main, avec ses complices, accompagnait de chants bachiques leurs ultimes convulsions.

En confessant toutes ces infamies, il s'avouait

" plus content de jouir des tortures, des larmes, de L'effroi et du sang, que de tout autre plaisir ! »

Tandis que louis cadavres étaient encore chauds, si les enfants étaient beaux à son goût, il leur coupait la tète lui-même, la baisait avec frénésie « et après, avait habitation avec eux» !

Un témoin déposera que le sire « prenait plaisir à faire démembrer par les aisselles les enfants et à voir leur sang couler ». Il jouissait de la mort plus encore que de la douleur. Les râles, les grimaces des agonisants exaltaient son orgasme : aux dernières convulsions, il se vautrait sur le corps, comme une bête immonde, et l'inondait d'une infâme pollution.

Petites filles ou jeunes femmes, certaines à la veille d'être mères, le misérable ne distinguait pas : il confessa cyniquement « avoir fait mourir plusieurs fillettes en bas âge et même femmes enceintes ».

Combien de créatures furent ainsi souillées, meurtries, égorgées, le compte en est malaisé à établir. A défaut de chiffres précis, quelques indices préalables nous serviront à établir cette funèbre statistique.

Vers la fin de Tannée 1437, ou dans les premiers mois de Tannée suivante, on apprenait que Gilles de Ravs venait de lever une armée et se

disposait à assiéger Machecoul ; la place n'offrant que peu de résistance ne tardait pas à tomber aux mains des assaillants.

De Machecoul, la troupe se dirigeait sur Champtocé, qui cédait bientôt à son tour et se rendait, après un simulacre de défense, au maréchal.

Quel était le but de cette opération de guerre, à une époque où l'ancien compagaon de la Pucelle, le valeureux combattant de jadis, semblait avoir renoncé à reprendre les armes ?

Ayant assemblé les chefs de l'expédition, Gilles leur faisait prêter serment de ne rien dévoiler de ce qu'ils allaient voir et apprendre. Après cet acte solennel, qui leur liait, pensait-il, à tout jamais la bouche, de Rays menait ses hommes dans une tour retirée du château et, arrivés là, il leur déclarait qu'à cet endroit même, gisaient sans sépulture les restes de nombreux enfants mis à mort, qu'il fallait se hâter d'anéantir.

Dans le silence commence alors une effrayante besogne. À l'aide d'une longue corde, Poitou et Robin, les deux acolvtes du maréchal, descen. dent dans l'affreux tombeau. Une odeur fétide et cadavéreuse, une humidité pénétrante, les enveloppent de toutes parts ; à la lumière blafarde qui tombe sur les murs et le sul de ce réduit, ils aperçoivent un monceau de membres humains, gisant çà et Là, des têtes séparées de leur tronc,

des ossements desséchés ou moisis par l'humidité du lieu. Trois mois, au moins, s'étaient écoulés, depuis que René de la Suze s'était emparé du château ; et les enfants, dont les restes étaient ensevelis dans cette tour, étaient morts longtemps avant.

Les deux serviteurs, malgré leur effroi, poursuivent leur immonde besogne : ils entassent pêlemêle tous les ossements dans un sac ; quand il est rempli, Hicquet et Henriet Griard le retirent, à laide de la corde qui a servi à descendre leurs deux complices ; ils amoncellent les restes mutilés sur le pavé de la chambre, tandis que, d'un ail impassible, Gilles surveille leur travail l.

Un des acteurs de cette horrible scène reconnaîtra plus tard « avoir trouvé trente-six morts, dont il vit treute-six tètes, qui furent mis en trois coffres bien liés avec des cordes et (qui furent) menés par eau à Machecoul et non restés à Champtocé, parce que ledit sire n'y fut qu'un jour ou deux... »

Un bateau, amarré dans les saules, attendait le macabre colis ; Gilles y montait avec ses serviteurs et « le convoi, porté par la rame et le courant, descendait le cours du fleuve, traversant les bourgs et les villes où, près de leurs foyers dé-

]. Proclt civil, f° 313 (Bossard, 176).

serts, tant de pères et de mères pleuraient leurs enfants disparus ».

Quelques semaines auparavant, à Machecoul, sur l'ordre de Gilles de Rays, on avait, durant près de trois semaines, extrait du fond de la tour, située dans la cour du château, dans l'endroit le plus retiré, les corps de quatre-vingts enfants !

Dans la vaste cheminée avaient été placées, sur deux landiers, des bûches longues et grosses et deux ou trois fagots de bois ; par-dessus, on mit les membres mutilés des victimes, qui furent recouverts de paille et de feuilles sèches ; puis on alluma le feu. Les flammes consumèrent ces débris informes et les cendres furent jetées dans l'eau des douves et de l'étang du manoir. Le vent dispersa ce qui en restait.

Ces précautions prises, comment ne pas se croire à l'abri de l'impunité ? Qui, d'ailleurs, des serviteurs, des amis, des complices, aurait eu l'audace d'élever la voix, pour dénoncer le toutpuissant baron, dont le peuple, terrifié, ne prononçait le nom qu'en se signant, qu'il soupçonnait être le véritable coupable, mais qu'il n'osait attaquer de front ?

Qui allait s'ériger en accusateur ?

La justice des hommes est lente à s'émouvoir et plus le coupable est placé haut dans la hiérar-

chie sociale, plus elle hésite, plus elle a de peine à l'atteindre.

Comment toucher à ce personnage d'un orgueil hyperbolique, à ce fanfaron de scélératesse, dont les propos révèlent l'inconscience la plus stupéfiante? « Je suis né sous une telle étoile, dit-il un jour devant ses familiers, que nul au monde n'a jamais fait, ne pourra jamais faire ce que j'ai fait moi-même. » Et, pour les étonner davantage : « Il n'est personne au monde qui sache et qui puisse même comprendre tout ce que j'ai fait dans ma vie ; il n'est personne qui en la planète puisse ainsi faire, o

Il dirait vrai. On reste confondu devant ces raffinements de luxure, devant ces crimes inouïs, dont le nombre et la variété déconcertent : et peut-être le monstre eùt-il échappé à la justice humaine, s'il n'avait commis une suprême imprudence, qui causa irrémédiablement sa perte.

On sait quelle était la puissance et l'autorité de l'Eglise à l'époque féodale. Qui touchait à ses privilèges, qui faisait violence à ses clercs ou profanait ses temples, était frappé d'excommunication, cette mort morale, et la sentence, une fois rendue, on l'exécutait d'une manière inflexible.

Or, le sirr de Rays avait jeté dans les fers un clerc dy diocèse de Nantes ; il avait souillé l'église

de Saint-Etienne-de-Mer-Morte, située dans les limites de ce même diocèse : il relevait de la juridiction de l'Eglise et de son représentant, l'évêque Jean de Malestroit. Ce haut dignitaire ecclésiastique tiendra à mener lui-même l'enquête, entendra de nombreux témoins, accueillera toutes les dépositions, les contrôlant par t#us les moyens en son pouvoir.

En quelque lieu qu'il se rende, les plaintes sont uniformes. Elles revêtent un accent de sincérité qui frappe le prélat et quand, après avoir pris connaissance de tous les faits qui lui ont été signalés, sa conviction est faite, Jean de Malestroit jettera publiquement le gant à l'omnipotent et redouté seigneur.

... Nous avons découvert et les dépositions des témoins nous ont prouvé... que Gilles de Rays, notre sujet et justiciable, par lui-même ou par certains hommes, ses complices, a étranglé, tué et inhumainement massacré un très grand nombre d'enfants ; qu'il a commis sur eux des crimes contre nature ; qu'il a fait ou fait faire souvent nombre d'horribles évocations des démons ; qu'il leur a fait des sacrifices et des offrandes ; qu'il a passé un pacte avec eux, sans compter d'autres crimes, énormes et nombreux .. Nous savons que Gilles a perpétré et commis ces crimes et d'autres encore dans les limites de notre diocèse...

[ ne enquête secrète fut poursuivie, sur les mœurs

et la vie du prévenu. Sur lui pesaient les plus

graves présomptions, mais on hésitait encore à l'inculper.

Les accusations se multipliant, se précisant, le mandat d'arrêt était lancé contre le maréchal.

Gilles de Rays était alors dans son château de Machecoul. Quand le capitaine d'armes breton vint pour l'arrêter, il délibéra un moment s'il opposerait de la résistance. Son entourage l'y poussait. Qu'avait-il à craindre ? Pourrait-on jamais prouver sa culpabilité ? Au grand jour d'un débat public, son innocence allait éclater.

Sa résolution prise, il s'avança lui-même audevant du capitaine, un nommé Labbé, qu'il avait reconnu.

« J'avais toujours eu le dessein, dit-il devant ses gens, de me faire moine ; voici venir Y abbé sous lequel je dois m'engager. » Satisfait de cette boutade, qu'il trouvait sans doute du meilleur goût, le maréchal se laissa docilement emmener.

L'information fut ouverte en présence des commissaires du duc de Bretagne, dont on avait dû obtenir l'assentiment, en sa qualité de suzerain «lu seigneur de Rays. Deux seulement des complices de ce dernier se trouvaient sous la main de la justice ; les autres avaient pris la fuite.

L'acte d'accusation ne contient pas moins de

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Fig 6. Photographie d'un parchemin original, de 1429, provenant de Trémoille el Gilles de Rays. La signature, qui parait avoir été écrite à Vf tère d'authenticité n'esl pas douteux, bien <jue, le plus souvent, le s* lieuse pièce à l'obligeance «le notr*- distingué confrère, M. le I)r .1. Hi

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la Tremoille : il s'agit d'un traité d'alliance entre le seigneur de la

avec du sans . est celle de Gilles de Raya lui-même: son carac-

;nât Gilles tout court. Nous devons ia communication de cette eu-

quarante-neuf articles, partagés entrois chefs principaux : crimes sur les enfants ; crimes de magie et de sorcellerie ; violation des immunités ecclésiastiques.

Le « promoteur », qui représentait ce que nous nommerions aujourd'hui le ministère public, entre de suite dans le vif de l'affaire. Il rappelle les meurtres de ces petits êtres égorgés, tués, démembrés ; leur immolation, en vue de sacrifices diaboliques ; les lenteurs calculées de leur mort et les traitementsodieux que leur cadavre a subis,

Il entre dans le détail des scènes de magie et de l'évocation du démon ; puis, revenant sur les aN tentats contre les enfants : « le nombre des vic^ times, s'écrie-t-il, s'élève à cent quarante et peut' être davantage ! »

Les orgies de table, les débauches de toute nature auxquelles Gilles de Rays s'est livré, tous les crimes enfin qui font de l'accusé « un infâme, un hérétique, un idolâtre, un apostat et un relaps », sont énumérés et le réquisiteur termine par le dernier grief, qui n'est pas le moins important aux yeux de la justice ecclésiastique : l'invasion à main armée, dans l'église paroissiale de Saint-Etienne, la violence faite à un clerc de la sainte Eglise.

L'opinion commune et la voix publique dénoncent, dit-il, Gilles de Rays comme « sorcier, sodomite, invocateur des esprits malins, devin, meur-

trier d'enfants, pratiquant les arts magiques, etc. » L'accusateur termine en demandant l'application sévère des peines encourues pour de tels crimes, à savoir l'excommunication et les autres pénalité déterminées parle droit canonique.

Il semble que jamais réquisitoire ne fut plus solidement étayé et, bien que terrible dans le fond, qu'il ne put être plus modéré dans la forme. Rarement juges accordèrent mieux la fermeté avec la modération, les sévérités de l'accusation avec les droits de la défense.

Tout se passe au grand jour, devant une foule qui remplit le tribunal et s'étend au dehors sur un long espace. Toutes les plaintes sont communiquées à 1 accuse : elles lui sont lues plusieurs fois en langue latine et en langue vulgaire. Il lui est loisible de les discuter, d'y répondre: on le confrontera, s'il le désire, avec ses accusateurs; toutes les formes de la justice, en un mot, sont rigoureusement observées.

La procédure suivie dans les débats de Nantes est conforme aux règles de la procédure ecclésiastique alors en vigueur. On a menacé le coupable de la torture, pour arracher ses aveux, mais il est prouvé que celle-ci n'a pas été employée.

Il y a quelques années, devant un aéropage de savants ' érigé en Cour suprême. <>n a soutenu

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