Grasset, Demi-fous, demi-responsables
Ainsi se prononce la science sur ce monstre de perversion et après comme avant ce verdict, on trouvera peut-être que nous ne sommes guère plus avancés.
Ceux-là pourront seuls s'étonner des incertitudes de la science, qui n'ont jamais abordé les problèmes de médecine mentale. Rien de troublant comme ces questions de responsabilité plus ou moins atténuée, que s'efforcent de tirer au clair des spécialistes dont la bonne foi ne dé» guise pas toujours l'embarras.
Dans le cas qui nous occupe, il s'agit, semblet-il, d'une « perversion sexuelle, obsédante et impulsive », poussant le sujet aux pires monstruosités, tels qu'assassinat avec égorgement. éventration, dépeçage ; toutes manifestations aboutissant à un spasme génital, tin dernière de ces horribles cruautés.
Cette marque sanguinaire du sadisme a été mise en évidence par tous les aliénistes. Pour le professeur Régis ', entre autres, il est hors de conteste que beaucoup d'actes de cruauté envers les humains ou les animaux ont, à l'insu même de leur auteur, une origine plus ou moins sadique : ainsi en est-il de certains traitements corporels dont l'usage n'a pas entièrement disparu.
LE. Régfs. Précis de Psychiatrie. 3* édition, p. 154.
en particulier des fessées iniligées aux enfants ; ainsi, de ces entraînements violents des foules, qui se traduisent soit par le goût de spectacles sanguinaires, comme les courses de taureaux I i i;i ; soit par des crimes collectifs (crimes des foules , où les femmes se font particulièrement remarquer par les mutilations qu'elles infligent aux hommes : rappelez-vous l'épisode de Germinal !
Sont-ce de purs déments, ces antiphysiques, dont le maréchal de Rays et le marquis de Sade nous offrent, à des degrés divers, un type caractéristique ?
A s'en tenir au premier de ces deux personnages, l'irresponsabilité peut-elle être plaidée ?
Sa physionomie, nous dit-on 1, portait la marque d'un détraquement évident; mais a-t-on, seulement, un portrait authentique de Gilles de Laval 2 ?
Il était, « secoué de tics nerveux... Il grinçait fréquemment des dents et ses lèvres minces étaient agitées d'un perpétuel frémissement ». N'a-t-ori pas été jusqu'à découvrir, dans le jeu de ses sourcils et surtout l'expression sinistrede ses regards, quelque chose d'étrange et d'affreux '.'
1. M V.-E. Ilichelet, dans un article du Correspondant médical.