‹ Légendes et curiosités de l'histoireChapitre 31 sur 99 · Gilles de Rais, par l'abbé Bossard, pp. lxxxiv et cxiv · texte numérisé non relu

Gilles de Rais, par l'abbé Bossard, pp. lxxxiv et cxiv

2. Signalons, entre autres, aux Archives Nationales (U. 787. p. 1-70 . une copie de la procédure française : et. à la Bibliothèque Nationale, une autre copie de la même procédure [ms; fs. 16.641, 1°- 1-303). Dans le manuscrit de Thouars, publié par P. Marchcgay. le procès latin est en tète, du f° 1 au f° 308 : le procès français occupe les f#s 309-418 (Cf. Chr. Méd., 1905, p. 17.".. note 1 . Le récit de l'exécution du maréchal a été reproduit, d'après un manuscrit conservé au château de Serrant, dans la Revue des Provinces de ï Ouest (V, p. 177-9).

Curiosités de l'histoire de France, 2e série (Procès célèbres). Paris, I85fi 4. Notre vénéré confrère, le Dr G. de Closmadeuc (de Vandans une lettre particulière qu'il nous adressait le 16 novi'iubre 1910, dous Taisait observer qu'il y avait des divergences i sensibles entre le texte latin de la procédure et la traduction française qu'en a donné le bibliophile Jacob . Celle-ci serait une paraphrase, a--»-/, peu exacte par endroits : mais quant aux fait- eux-mêmes qui y sont énoncés, on en trouve la con-

le texte des principales dépositions, celles du sire de Rays et de deux de ses complices, les sieurs Henriet et Pontou i d'autres écrivent Poitou, ou Poictou . Nous reproduisons un peu plus loin le texte même de la copie des Archives, sans suppressions, dans son intégrité.

Henriet et Poitou, dont il va être question, se trouvaient, seuls, aux mains de la justice, tandi> que les autres Lrens de la maison du maréchal avaient réussi à prendre la fuite : on se contenta de constater leur absence, sans prescrire de nouvelles poursuites x.

Après avoir conté dans quelles circonstances il est entré ou service du maréchal, d'abord eu qualité de lecteur, puis comme chambellan, enfin comme favori et confident. Henriet expose comment il aida, avec Poitou et Petit-Robin, deux autres familiers du sire de Rays. à enlever, d'une tour du château de Champtocé. des cadavres d'enfants, à moitié pourris, qu'ils mirent dans trois grands coffres. « qui puaient fort ». Henriet a compté trente-six tètes d'enfants, mais les corps étaient plus nombreux que les tètes.

flrmation dans les textes des Archives et de la Bibliothèque Nationale que nous avons confrontés.

1. L'Italien Preloti ne figure pas dans le jugement et le principal complice du maréchal ne fut pas même condamné par contumace. S'est-il échappe de sa prison ? A-t-il été relâché? On en est réduit, sur ces divers points, aux conjectures.

2. Le sceau du sauf-conduit de Gilles de Rays. que nous reproduisons un peu plus loin donnait aux agents et aux délégués dudit seigneur la liberté d'aller et de séjourner en quelque endroit que ce fût et de s'en retourner quand bon leur sem blait), sur toutes les terres relevant du seigneur qui avait délivré le sauf-conduit, authentiqué par l'apposition de son sceau. Un simple cachet de bronze pouvait, ainsi, autoriser les plus criminels abus de pouvoir par des agents trop zélés. {Revue archéologique, oct. 1857-mars I^ô8i.

Il1- LEGENDES ET CURIOSITES DE L HISTOIRE

Il reconnaît qu'à son tour, il a livré des enfants 2. qui étaient menés le soir en la chambre du maréchal et servaient à ses plaisirs.

Le lalin vient à son secours, pour pré îser d'horribles détail- : « Babitabal eos, apud eos calebat et reddebat naturam saper ventrem eoriim cum maxima delectatione. sed habitationem efficiebal semé! tantummodo quo sua voluptate. »

Après avoir assouvi sa luxure, le sire de Etays prenait plaisir à couper la gorge à ses innocentes victimes : ou bien il ordonnait tantôt à Gilles de Sillé, tantôt à Poitou, tantôt à Henriet. d'enfoncer an poignard dans la jugulaire des enfants, de manière que le sang jaillit sur lui et l'inondât de jets intermittents : la chaleur de ce sang ruisselant >ur sa chair lui causait ane sorte de délectation extatique.

Alors, tandis que le sire se couchait, ses trois complices nettoyaient le plancher et brûlaient, dans la vaste cheminée, les corps des enfants égorgés. Pendant que se poursuivait l'incinération, le sire s'étendait avec complaisance sur les sensations qu'il avait éprouvées : il se délectait à respirer cette odeur nauséabonde de chair et d'ossements brûlés.

Interrogé sur le nombre d'enfants qui ont été ainsi mis à mort, l'accusé déclare qu'il n'en saurait dire le nombre; mais il estime que. depuis dix ans, il en a vu occire deux cents, qu'on tuait * en diverses manières et après divers traitements ».

Le déposanl s'étend ensuite sur les pratiques diaboliques de son maître et dit en terminant que le bon -ire ne peut être puni. 4 attendu qu'il n'était pas libre de ses intention- et de ses faits, car il se trouvait soumis à la possession du diable, quoi qu'il lit pour B'en délivrer ».

Cette hantise du diable domine, à l'époque, toutes les imagination- : elle a joué mi tel rôle dan- l'affaire, qu'il importait de ne point omettre de la souligner '. ne fût-ce que par ce

1. L'auteur de la thèse sur « la Psychose de «iilles de Rai- » a justement insisté sur ce rôle de la puissance satanique. C'est une des parties les plus soignées de son travail.

qu'elle nous aide à déchiffrer cette énigme psychologique qu'est le sire de Rays.

Voici, maintenant, la déposition in extenso d'Henriet.

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