Lé Roi, op. cit.. iw
! Les médecins, particulièrement F«àgon, responsables de la mort du grand Roi, nous détachons ces phrases lapidaires :
Louis XIV, a sa mort, avait toutes les parties si entier •-. si saines, et tout si parfaitement conforme, qu'on jugea qu'il aurait vécu plus d'un siècle^ sans les fautes qui lui mirent la gangrène dans le sang l. Tant d'eau et tant de fruits2 qu'on lui donnait. >an^ être corrigés par rien de spiritueux, en émoussant les digestifs, tournèrent -mu sang en gangrène. »
Quoi qu'en pense le caustique mémorialiste, la dernière maladie du Roi est de celles due Jes
1. (-'était l'opinion de beaucoup de contemporains, que Louis XIV lut parvenu à un âge plus avancé, s'il avait été mieux - ';<• Un régime de vie différent «le celui que le roi avait observé et des remèdes donné à temps, eussent pu la prévenir . écrivait un seigneur de la Cour, annoni = la mort
du lioi. Madame (la Palatine dit, d'autre part, le 27 août 1715: Le Roi «'-tait d'une bonne et forte constitution; je crois qu'on aurait pu le sauver, si on s'y «'-lait pris ;'i temps. » Propos de s du monde, qui veulent s'ingérer d eine, n'y enten-
dant goutte.
i La morl «lu B<d lut attribuée à ce qu'il avait été exp pendant plus de trois h< rës à l'ardeur du soleil, dix jours auparavant, à cheval, en passant la revue des troupes cam «lan- l.i plaine «V Marly, donl il setrouva fort échaufléjet de retour à Marly, d avait mangé < nviron quarante figues et bu ensuite trois grands au à la glace. (Piton,
• •//.. 361, note 2 II faul chercher ailleurs, selon n«>u<. la ! mort;
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fautes des médecins ne pouvaient produire, que leur habileté était impuissante à prévenir.
La gangrène sénile à laquelle succomba Louis XIV, était un aboutissant fatal, à un âge avancé, eh»'/ un sujet dont l'alimentation, avait toujours été mal r dont le régime de vie ne s'était
jamais amend
L sarchiatres ont fait leur métier en conscience ; leurs erreurs ne sont imputables qu'aux préjugés <>t à rigoorance de leur époque.
C'est le malade, dont la docilité ne fut pas toujours exemplaire, qui a aide la nature dans son oeuvre de destruction, en s'affranchissant de la servitude d'une hygiène qui lui était à chargé
Mais s'il ue s'est jamais contraint sur le chapitre de ses passions et de-ses caprices, convenons quVn dépit des infirmités qui l'ont accablé presque toute sa vie Louis XIV sut toujours : la majesté de son rang, là même où on la pouvait rencontrer en in plus fâcheuse poslur
1. V. les détails sur les derniers moments de Louis XI V, dans - Uo/7s mystérieuses de ï Histoire. 2' série.
2. Il avait pris de bonnekeure lbabitudc de recevoir sur In chaise percée et 'l'y enfrelenir les personnages qui venaient converser a - M. .Journal du valet de chambre Dubois, | » i«> rite. 25: cf. Mœurs intimes du passé, première série,)
Il n'est pas de mystère plus irritant, d'énigme qui ait davantage piqué la curiosité, sans la jamais lasser.
Il y a quarante ans, on comptait déjà cinquantedeux écrivains qui s'étaient occupés de la déchiffrer ; depuis, combien de noms se sont ajoutes à la liste établie par un érudit d'une scrupuleuse conscience ! Le dernier travail paru sur la question date d'un an à peine *.
1. B1BL. : Notice historique sur Cannes et les îles de Lérins, suivie d'une dissertation sur l'Homme au masque de fer, par A.-L. Sardou, Cannes, 1867; L'Homme au masque de fer, par Mari us Topin, Paris, 1870; La Vérité sur le Masque de fer. par Th. Iung. Paris, 1873 ; Trois énigmes historiques, par Jules Loiseleur, Paris, 1883 ; Le Masque de fer, révélation de la correspondance chiffrée de Louis XIV, par Emile Burgaud et le commandant Bazeries, Paris, 189?; Légendes et Archives de la Bastille, par Fr. FuncksIîrentano, Paris, 1898; Le Prisonnier masqué delà Bastille, son histoire authentique, par Anatole Loquin (d'Orléans)
Nous apporte-t-il la solution désirée ? Il serait téméraire à son auteur de l'oser prétendre.
« L'Histoire n'a pas le droit de se prononcer sur ce qui ne sortira jamais du domaine des conjectures l », écrivait Henri Martin ; et Michelet allait plus loin, qui déclarait sans ambages : « L'Homme au masque de fer sera toujours vraisemblablement un problème insoluble. »
On conte que M. de Laborde, valet de chambre et favori du roi Louis XV, ayant demandé au souverain de lui révéler le vrai nom du prisonnier mystérieux, ne reçut jamais que cette réponse : « Je le plains, mais sa détention n'a fait de tort qu'à lui et a prévenu de grands malheurs ; tu ne peux pas le savoir. » Et, quand on le pressait par trop, Louis XV convenait qu'il avait témoigne, dès son enfance, du même désir dont était possédé son interlocuteur et qu'on lui avait toujours dit qu'il ne saurait quelque chose qu'à sa majorité.
Le jour de sa majorité, les courtisans qui assiégeaient la porte de sa chambre se pressèrent autour de lui en l'interrogeant et il leur répondit, comme il répondra plus tard à son valet de chambre : « Vous ne pouvez pas le savoir ! »
Paris, 1900; Crimes et Procès politiques sous Louis XIV, par Louis Matte, Société Française, 15, rue de Cluny, Paris, 1910. 1. Histoire de France, t. XIV, 601.
Un secret aussi bien gardé, que Napoléon regrettait de n'avoir pu pénétrer, dont Louis-Philippe avouait n'avoir jamais été instruit, mais que d'autres monarques ont donné à entendre qu'ils n'ignoraient point, restera-t-il à jamais impénétrable ? Plus d'un siècle de discussions et de controverses ne devrait-il aboutir qu'à un aveu d'impuissance?
De chaque côté de Cannes, la côte de Provence décrit une légère courbe formant deux golfes : celui de Napoule et celui de Jouan, séparés par la pointe de la Croisette. Devant cette pointe, et à quinze cents mètres de la plage, s'élèvent, comme des sentinelles avancées, deux îles placées l'une devant l'autre, de grandeur inégale, mais toutes deux d'une forme allongée et entourées de rochers et de récifs, qui en rendent l'approche dangereuse. La vue de ces îlots, désignés sous le nom commun d'îles de Lérins, mais plus généralement connus sous celui d'îles Sainte-Marguerite et Saint-Honorat, évoque le souvenir du détenu masqué qui, selon une légende indestructible, y aurait été enfermé, par ordre de Louis XIV, le 30 avril 168?, selon les uns ; sept années seulement plus tard, selon d'autres qui veulent paraître mieux informés.
La première dépêche officielle, relative au pri-
sonnier dont nous recherchons l'identité, est de
Depuis deux ans. le gouvernement de Louis XïV avait conçu le projet d'acquérir un établissement dans le Montfenratj annexe éloignée du duché de Mantoue, et il avait jeté les yeux sur Casale, capitale de Montferrât, située sur le Pô, à quinze lieues de Turin, atin de posséder de la sorte une des entrées de l'Italie.
L'occasion était des plus propices pour traiter avec le duc de Mantoue, « gueux, grand joueur et dépensier », et qu'on pouvait aisément gagner, « en lui donnant une bonne somme d'argent et une pension considérable, pour entretenir la garnison de la ville ei du château ».
Avec un prince aussi léger d'esprit que d'argent, il deviendrait facile de s'entendre. Des négociations lurent, en conséquence, entamées, et il fut arrêté entre les négociateurs, tant au nom de Louis XI V qu'au nom du duc de Mantoue, que la remise 3e sale --rail faite aux troupes françaises, le plus secrètement possible, afin de ne pas éveiller les susceptibilités de l'Espagne et surtout de la cour de Turin.
Malgré cette convention, les jours et les mois s'écoulaient, sans que les engagements pris par l'envoyé mantouan hissent tenus. Se voyant joué, Louvois enjoignît à un officier, connu pour sod
L ENIGME DU v MASQUE DE VELOURS » 215
esprit résolu autant que pour sa bravoure, de se rendre secrètement à Pignerol, petite ville située dans le Piémont et acquise par la France de la maison de Savoie. Le commandant, chargé de la garde des prisonniers renfermés dans le donjon de la citadelle de Pignerol. fut seul prévenu de l'arrivée prochaine de l'officier, qui se présenterait sous le nom de Richemond et devait passer, aux yeux de tous, pour un prisonnier d'Etat. Comme détenus de marque, il n'avait à ce moment en surveillance que Lauzun et Fouquet.
Après qu'il eut acquis la conviction que les promesses faites par la principauté de Mantoue ne seraient pas tenues et que l'agent du prince avait joué double jeu, Louvois donna des instructions pour- attirer ce dernier dans un piège, et il chargea le prétendu Richemond, qui r/était autre que Catinat, du soin de l'arrêter.
Par une lettre du 27 avril (1679), le gouverneur de la citadelle était avisé de l'arrestation prochaine « d'un homme de la conduite duquel Sa Majesté n'avait pas sujet d'être satisfaite ».
Trois choses lui étaient recommandées : le nouveau prisonnier ne devait pas avoir ce commerce avec personne ; Saint-Mars (le gouverneur) avait ordre de le traiter de façon qu'il eut lieu de se repentir de sa mauvaise conduite : tout le monde devait ignorer que Pignerol comptait un nouvel hôte.
Fl«. 19. — PIGNEROL A L'ÉPOqI
(D'ap
tBNU LE « MASOUE4DE FER ».
temps.)
On persuada au trattre que Catinat avait les mains pleines d'argent et avait mission de les ouvrir toutes grandes pour lui ; on réussit, par ce subterfuge, à l'attirer dans une église, a un demimille de Turin.
L'ambassadeur et l'Italien montèrent dans un carrosse, qui les conduisit rapidement vers un i petite hôtellerie, où les al tendait Catinat, hôtellerie située en territoire français. Là, on procéda, sans lui laisser le temps de s'expliquer, à l'arrestation du fourbe, qui s'était joué, avec tant cl e désinvolture, du Roi-Soleil et de ses ministres.
11 y avait eu violation manifeste du droit international, atteinte à l'autorité du duc de Mantoue, dont le personnage mis sous les verroux était Je sujet : qu'importait à Louis XIV ? Il avait vengé son injure, sans se soucier- des conséquences que pouvait entraîner un coup de force, dont les circonstances lui avaient fait une impérieuse nécessite.
Il fut convenu que le nouveau prisonnier serait d isïgné sous le nom de Lestang, « personne à Pignerol ne sachant le nom du fripon, pas même les ofliciers qui oui aide a l'arrêter ».
Il était recommande au gouverneur « de le t raiter fort honnêtement, pource qui regarde la propreté <•( la nourriture, mais bien soigneusement
pour ce qui pouvait lui ôter tout commerce1 ». Ces recommandations n'étaient que la marque d'une sollicitude qu'en haut lieu on trouva trop empressée ; les recommandations du ministre furent autrement sévères : « Il faut, mandait Le uvois à M. de Saint-Mars, tenir le nommé Lestans dans la dure prison que je vous ai marquée dans mes précédentes, sans souffrir qu'il voge de médecin, que lorsque vous connaîtrez qu'il en aura absolument besoin. »
Tout différent était le régime auquel é! aient soumis les autres prisonniers, à l'exception des détenus du commun, qui n'étaient pas moins rigoureusement traites. Le surintendant Fouquet, cpii était à Pignerol depuis quatorze ans et Lau/.un depuis huit années, avaient un valet à leur service. Ils occupaient, au-dessus l'un de l'autre, chacun, un étage du donjon "2.
Dans les premiers temps, on les avait mis au secret le plus absolu, les privant d'encre, de plumes et de papier : plus tard, on se relâcha de cette rigueur et il leur fut accordé de se voir, de manger ensemble, de se promener dans toute la