D'après les Souvenirs de Mme de Caylas, dans le Cabinet
secret de l'histoire.
comte de Vermandois est mort publiquement, de la petite vérole, dès 1683, à l'armée, et il a été enterré dans le chœur de l'église d'Arras.
On ne saurait davantage mettre en cause, et pour une raison analogue, ni le duc de Beaufort, tué par les Turcs1, à la défense de Candie, en 1669 ; ni le duc de Monmouth, exécuté en public à Londres, en 1685.
Le Masque de fer serait-il, comme on Fa prétendu, un fils d'Anne d'Autriche, un frère aine de Louis XIV ?
On sait que la reine avait un goût particulier pour le linge fin l, que le prisonnier manifesta, lui aussi : cette similitude de goûts peut-elle être invoquée au même titre qu'une tare héréditaire ?
L'hypothèse est hasardeuse, et rien, absolument rien ne la justifie. Et quand on prouverait qu'un fils serait né à la reine, à l'insu de son royal époux, encore faudrait-il administrer la preuve que ce fils fut l'homme au masque de fer.
Les égards particuliers dont on Ta entouré ? Racontars sans fondement, assertions dépourvues de base.
On a parlé d'une visite de Louvois à Sainte- Marguerite : or, Louvois, à cette date, s'était
1. V. le chapitre que nous lui consacrons {Les Morts mystérieuses de l'Histoire, 2e série).
2'i'2 LÉGENDES ET CURIOSITES DE L HISTOIRE
cassé la jambe droite et, pour hâter sa guérrson, les médecins l'avaient envoyé aux eaux de Barèges, d'où il n'a pas bougé.
On a vu. d'autre part, ce qu'était, le pauvre mobilier reserve au prisonnier, mobilier des plus modestes, sans le moindre luxe, si on le compare surtout à celui d'autres prisonniers de distinction, tels que Fouquet ou Lauzun.
Où a-t-on enfermé, du reste, l'homme masqué,, à son entrée à la Bastille ? Est-ce dans une chambre des appartements ?Non, dans une tour, dans la troisième chambre sud de la tour de la Bertaudière, consigne le lieutenant Du Junca sur son registre.
Quant à sa nourriture, elle était des plus ordinaires. Ce n'est pas qu'on fût mal nourri à la Bastille ; mais notre prisonnier ne fut ni plus mal ni mieux traité que ses co-détenus.
Mais alors, pourquoi le masque ? La question revient, obsédante.
Ce n'est qu'en Italie que se retrouve cet usage de couvrir d'un masque le visage des prisonniers: les personnes arrêtées a Venise, par ordre des inquisiteurs d'Etat, étaient conduites masquées dans leurs cachots. Or, Matthioli, — voici qu'il reparait ! — était Italien. Le masque, le ministre du duc de Mantoue et son compagnon de débauches le portait toujours avec lui : pourquoi lui auraiton interdit d'en faire usage ?
Si c'est, au contraire, un autre que Matthioli, que Ton veuille nous faire accepter comme l'homme au masque, on explique le port de ce loup de velours d'une différente manière : n'était-ce pas là, nous dira-t-on, un moyen de tenir le prisonnier au secret, tout en lui permettant de se promener au grand air, de concilier la sévérité des règlements avec les sentiments d'humanité ?
Explication bien laborieuse, pour être acceptée sans réserves.
Faudrait-il donc, en fin d'analyse, accueillir l'hypothèse, qui vient d'être rajeunie une fois de plus dans une récente publication, de l'identification avec Matthioli, sous le prétexte que nous venons de dire, et pour la raison aussi que le nom se rapproche, par sa désinence, de Marchioly, qui est celui que portait, l'individu inhumé dans le cimetière de Saint-Paul ? Il n'y a là, croyonsnous, qu'une vague, très vague similitude onomastique,
Pour conclure et à ne s' en tenir qu'aux faits certains, aux seules pièces officielles, le mystère reste entier; et, dussions-nous être accusé d'avoir irrité la curiosité sans la satisfaire, nous aurons le courage de reconnaître que, pas plus que nos prédécesseurs, nous n'avons découvert le mot décisif de cette obscure et troublante énigme.