De critique historique ser.iit plu- e$aot
Nodier se tut. Sur ces derniers mots, les deux amis quittèrent silencieusement le cimetière de Clama rt. Dumas n'oublia jamais cette excursion dans ce lieu désolé. Plus tard, il l'a racontée : à son tour, il dénonça la sépulture ignorée du tribun de 1789. mais sa voix n'éveilla nul écho.
Voilà donc ce que nous apporte la tradition orale : en 1868, on était persuadé que la dépouille de Mirabeau reposait dans l'ancien cimetière Sainte-Catherine, sur l'emplacement duquel s'élèvent aujourd'hui les écoles du boulevard Saint- Marcel.
Dans le quartier, peut-être existe-t-il encore. à l'heure actuelle, des personnes assez âgées pour avoir recueilli cette version, qui a compté de nombreux partisans1 et qui. il faut le reconnaître, a pour elle la vraisemblance. Toute autre, néanmoins, serait, selon nous, la vérité.
S'il est acquis, en efl'et, que le corps de Mirabeau fut, à sa sortie du Panthéon, inhumé dans le cimetière dépendant de Saint-Etienne-du-Mont, c'est-à-dire celui de Sainte-Catherine, il ne l'est pas moins qu'en 1798 — et c'est ici le fait nouveau, dont la découverte est due aux patientes inves-
1. Notamment M. Charles de Loménie qui, postérieurement a la publication de notre travail, faite en août 1909, a consacré à la recherche de la sépulture de Mirabeau un long article Y. le Temps, 10 novembre 1910) .
tigations du très distingué archiviste, M. Coyecque — , il est, disons-nous, établi qu'à la date du •27- vendémiaire an XII (18 octobre 1798), la Direction des Domaines, en réponse à une requête qui lui avait été adressée par la citoyenne Lasteyrie du SaiPant, sœur de Mirabeau, autorisait cette dernière « afaire exhumer les restes funéraires du citoyen Riquetti-Mirabeau du cimetière Etienne-du. Mont, où ils avaient été déposés lors de leur sortie du Panthéon », à la charge, par la pétitionnaire, de faire connaître le lieu où elle les aurait fait transporter.
Quant au cercueil de Mirabeau, vide des débris anatomiques qu'il contenait, après avoir été retiré du cimetière Saint-Etienne-du-Mont, il avait été déposé, ainsi que celui de Marat, dans une des deux salles attenantes au cimetière.
Dans une lettre du 12 messidor an VI (30 juin 1798 . l'architecte déclare que « ces cercueils sont tout à fait mutilés et presque mis en pièces » ; et il propose de les mettre, avec d'autres, à la disposition de l'Administration du Muséum d'Histoire naturelle, « pour servir à des travaux de couverture l ».
La sœur de Mirabeau obtint la remise du cercueil en plomb de son frère ; elle fut, en outre,
1. La Révolution française [ revue d' A. Aulard), t. XI AI 1 1 janvier-juin (1905), 55.
OU SONT LES RESTES DE MIRABEAU? 32ô
autorisée à faire exhumer ses restes, comme le prouve la lettre de l'Administration des Domaines.
Où fut alors transporté ce qui restait du cadavre de Mirabeau ?
Il n'est pas vraisemblable que ce soit à Clamart. cimetière des réprouvés. Si Mlle de Mirabeau avait demandé le corps de son frère, c'était un sentiment de piété fraternelle qui l'avait inspirée et son désir était certainement de mettre à l'abri des tribulations nouvelles celui qu'elle chérissait d'une sincère affection.
M. Covecque s'est mis en quête de ce lieu de sépulture et si ses recherches n'ont pas abouti à un résultat définitif, elles ont projeté une forte lueur sur ce problème encore obscur.
Un des premiers interrogés, le marquis Du Saillant, arrière-petit-fils de la sœur de Mirabeau, et qui a été élevé dans la propriété du Saillant, en Corrèze, aux côtés de ses grands-parents et de sa grand'tante, n'a jamais ouï dire autour de lui, que Mirabeau ait été inhumé en cet endroit.
L'aurait-il été au Biffnon, en Gâtinais, localité dans laquelle il était né et qui doit à cette circonstance l'appellation de Le Bignon-Mirabeau, qui lui a été conférée par décret, en 1881 ? Le Bignon n'étant qu'à 115 kilomètres de Paris, il y aurait quelque apparence ; mais dans un pays où le souvenir du tribun est resté si vivant, ou
-.i statue se dresse depuis vingt ans, sa sépulture pourrait-elle être ignorée au point que nul n en ait jamais entendu parler ?
Rien non plus n'a été découvert dans la chapelle du château de Marais où, nous le rappelons, Mirabeau avait demandé à reposer, aux côtés $e son père e1 de sa grand'mère, dont la pierre tombale révèle encore la sépulture « contre le mur extérieur de l'abside ».
Ne pouvant exécuter à la lettre le testament de -.mi frère, Mme du Saillant aurait-elle songé « à satisfaire, dans la plus large mesure possible, le désir de Mirabeau, en le déposant, du moins, a quinze cents mètres du château, dans le même caveau qui. depuis sept ans. contenait les restes de son père et de son aïeule ? » Là-dessus, le témoignage de l'entrepreneur de maçonnerie qui a fait, en 1865, l'ouverture du caveau, a été for« mel : il n'y avait que deux corps, ceux de deux endants du tribun; il n'y avait pas celui de Mirabeau, qui, conséquemment, n'a pas été transporté .1 Argenteuil.
La réinhuination aurait-elle eu lieu à Paris, dans 1< jardin de l'hôtel de Mme du Saillant, qui habitait, rue de Seine, un hôtel qui existe encore, bâtiments «-t jardin, au numéro 6 de la même pue ? Mais .Mme du Saillant n'était propriétaire que pour un tiers de cette habitation et la condition de
propriété, généralement imposée pour les inhumations en terrain particulier, ne se trouvait qu'imparfaitement remplie. En tout cas, rien, aujourd'hui, ne permet d'y soupçonner la présence d'une sépulture l.
On a pensé au cimetière de l'Ouest ou de Vaugîrard. dont remplacement est, approximativement, représenté par le sol du boulevard Pasteur, à son intersection avec la rue de Sèvres et la rue Lecourbe, et par les propriétés comprises entre le boulevard et le débouché de la rue Blomet dans la rue Lecourbe.
Une moitié de ce cimetière a été désaffectée, en 1837, pour rétablissement du boulevard extérieur ; » l'autre le fut en 1856. Chaque fois, les familles furent invitées à déplacer leurs sépultures; quant au contenu des tombes abandonnées, on le transporta à l'ossuaire- : c'est ainsi que le cimetière du Montparnasse recevait, le 27 novembre 1835, par les soins du comte F. de Lasteyrie, les restes de trois membres de sa famille.
Mme du Saillant aurait-elle fait enterrer son frère dans le cimetière où, en 1798, elle avait tout lieu de supposer qu'elle serait, elle-même, un jour ensevelie, c'est-à-dire le cimetière de Vaugi-