Cf. Correspondance historique et archéologique
2. La lettre suivante, que nous avons découverte dans un recueil littéraire Gazette anecdotique, 1882, 2e série, 74), nous donne, sur les derniers moments de Rouget de risle,des détails d'autant plus précieux qu'ils sont restés inconnus de ses biographes : cette lettre est adressée, par un des plus fidèles n mis de Rouget, M. Yoiart. A Monsieur le Commandant Le Forestier >■. Elle est datée de « Choisy. le 2i* juin 1836. »
> Nous n'avons pas pu. mon cher Charles, ni ma femme ni moi, t écrire dans le moment de la catastrophe qui, quoique prévue, par la grave maladie de notre ami Rouget de Lisle, est cependant arrivée plus tôt que nous ne pensions, par la décrois- >.mce rapide des facultés morales et des forces physiques île noire pauvre malade. Le 24. il vint encore seul de sa chambre dan- la salle à manyer : il y rentra ensuite pour n'en plus s'orlir. Il 6C leva encore le lendemain, puis il se coucha le 25 soir, et 1<'- accidents survinrent On employa les sangsues et les sinapisrnes. puis enfin les vésicatoires. Il eut un mieux passa- -.•I [| u.- reconnue plus personne. Il ferma les yeux. Sa respiration s'accéléra, -on agonie commença, et i\ minuit, du 26 au 2~ . il rend il le dernier soupir.
Tel est, cher ami. le récit succinct de:- derniers moments
Il avait pris sa retraite d'officier dès 1796. Quarante ans lui restaient à vivre. Il les vécut dans l'oubli le plus profond, sans qu'on ait, toutefois, de son vivant, songé à lui contester la paternité de cette Marseillaise dont il ne se montra, du reste, jamais vain.
Les réclamtrtions ne devaient surgir que plus tard ; et, en l'absence du principal intéressé, qui n'était plus là pour répondre, le débat devint bien vite âpre, passionné.
Rappelons d'abord les circonstances dans lesquelles fut composé le Chant de guerre pour V armée du Rhin, qu'on ne devait baptiser que plus tard Marseillaise et qui, plus exactement, aurait dû s'appeler la Strasbonrgeoise. Voici comment un confident de Rouget de Lisle a conté Tincident, d'après une version qu'il tenait de celui qui v avait joué le principal rôle :
« Dans la nuit qui suivit la déclaration de la guerre cà l'Autriche et à la Prusse, Rouget de Lisle était invité à souper chez Diétrich. Parmi les convives, se trouvaient, outre les membres de la famille, MM. Victor de Broglie, d'Aiguillon et Alexandre du Chatelet [. Quelqu'un exprima le re-
du meilleur des Français. Il n'est nul besoin de redire les regrets et le vide qu'il laisse dans notre intérieur. •> 1. M. du Cbastellet commandait la forteresse de Schlestadt.
gret que Tannée française n'eût pas un chant digne Je la cause et des idées qu'elle allait défendre.
Si les convives étaient dévoués patriotes, quelques-uns étaient bons musiciens ; Diétrich avait une belle voix de ténor-, sa femme jouait du clavecin: quant à Rouget de Lisle, on connaissait talents sur le violon et sa facilité à tourner le couplet ; on avait même apprécié de lui quelques compositions d'un sentiment tout classique, qui dénotaient un musicien aux tendances sérieuses. Diétrich, s'adressant à lui. l'engagea vivement à entreprendre cette composition, pour laquelle son double talent de poète et de musicien semblait le désigner. Tous les convives se joignirent a lui ; on but du Champagne, on reviril a la politique et on se sépara vers une heure du matin, les tètes échauffées, les convives cherchant a s'exciter les uns les autres par un dernier mot : Aux armes, citoyens, l'étendard de la guerre est déployé !... Marchons J... Soyons libres jusqu'au dernier soupir!... »
On revoit le cadre dans lequel s'est passée la scène; bien mieux, on peut reconstituer la soirée fameuse où naquit le chant immortel, à l'aide d'un récil contemporain '.
On a de lui une lettre datée du 29aVriI 1702, demandant à Diétrich le chant de guerre de M. de liste, qu'il lui avait promis. 1. V. le n° 12<; 3* année) de la Curiosité universelle.
Ce n'est pas à cette soirée même qu'assistait le voyageur dont on va lire la relation; mais, chez le maire Diétrich, l'ordonnance des soirées quotidiennes était réglée, pourrait-on dire, et celles-ci se ressemblaient toutes. Ou va. d'ailleurs, retrouver la plupart des personnages dont Rou'get de Lisle évoquait les noms quarante ans plus tard, et qu'il avait désignés a son confident comme ayant assisté à l'éclosion de la Marseillaise.
Reichardt, maître de chapelle du roi de Prusse, avait entrepris, en I7(J2. un voyage en France, une sorte de mission dont les trois objectifs principaux étaient Strasbourg, Lyon et Paris. Il publia la même aimer, a Berlin, un récit do son voyage, en allemand1, qui abonde en détails pittoresques ou curieux sui l'histoire de la Révolution. La lettre, qui se rapporte à la soirée paieriez le maire de Strasbourg, est particulièrement intéressante; c'est ce qui nous engage à en produire le texte intégral2.
Strasbourg, le 21 janvier 1792.
Au sortir de la Comédie française, très médiocre, nous nous rendîmes chez le maire. Je retrouvai en sa femme
1. Verlraule Briefe uber Frankreich aufeinerRei&eim Jahr 17P2 Geschrieben. Berlin, 1792; 2 vol. in-S Lettres confidentielles sur la France, écrites au cours d'un voyage en Van 1702 .