‹ Légendes et curiosités de l'histoireChapitre 73 sur 99 · V. le t. I de l'ouvrage précité, n · texte numérisé non relu

V. le t. I de l'ouvrage précité, n

la baronne de Diétrich, née Ochs. que j'avais connue à Paris, il y a six ans. M. de Diétrich, auteur de plusieurs ouvrages estimés d'histoire naturelle, était eu ce temps-là homme d'affaires du comte d'Artois, et secrétaire à la guerre...

Quand je fis mon entrée, je trouvai madame entourée de ton tes sortes de gens, depuis le maréchal de camp jusqu'au petit scribe municipal et au bourgeois en bottes et camisole. A mon arrivée, comme à celle de tout visiteur, elle se leva du sofa, un honneur qui ne m'échut jamais de la part d'une dame à Paris.

La conversation roulait presque toujours sur les nouvelles politiques et sur la Constitution. Chacun causait au voisin, ou même émettait son avis en se mêlant au petit bonheur à la conversation générale. Deux groupes seuls jouaient aux échecs. Le maire fumait la pipe dans son cabinet, en faisant une partie de dames avec le commandant. Tous les soirs on met là le couvert pour douze personnes (invitées spécialement, dit ailleurs Reichardt : la réception préalable commençait à neuf heures.

Vers onze heures, nous primes part au souper, et ce fut alors une conversation charmante. Le ci-devant duc d'Aiguillon et le général Broglie, un Français très vif et aimable celui-là même dont la correspondance avec son père émigré s'étale dans les gazettes , m'intéressèrent tout particulièrement. D'Aiguillon est un homme de belles manières, mais très gros. Il n'y avait guère que des militaires à table. Deux officiers d'artillerie extrêmement distingués ils brillent en général tous à leur avantage)^ contrastaient singulièrement avec un vieux colonel des Suisses et quelques officiers d'un régiment allemand. Après le souper le cercle se rétrécit à nouveau, et cène fui plus qu'entre sept personnes que la conversation continua

agréablement jusqu'à une heure du matin... Passé une heure, nous lûmes encore le Moniteur, qui, dans la nuit, avait apporté de Paris l'important décret déclarant traître à la patrie quiconque prendrait part à une délibération anticonstitutionnelle.

Le même Moniteur annonçait, le 6 mai 1792, que ia déclaration de guerre au roi de Bohème et de Hongrie avait été proclamée à Strasbourg le 24 avril précédent : en réalité, c'est le 25 avril qu'eut lieu la proclamation et c'est dans la nuit suivante que la Marseillaise fut composée. Rouget de Lisle l'a confirmé en ces termes [ : « Je fis les paroles et l'air de ce chant à Strasbourg, dans la nuit qui suivit la proclamation de la guerre, fin d'avril 1792. »

La guerre avait été décidée à Paris, le 20 avril : cinq jours plus tard, le maréchal Luckner recevait les dépêches ministérielles qui lui annonçaient ce grave événement. Aussitôt ordre fut donné d'arborer sur la cathédrale les drapeaux aux couleurs nationales (tricolores depuis peu) puis de traduire et d'imprimer la déclaration de guerre.

L'après-midi, entre trois et quatre heures, des détachements de tous les régiments de la ville, des bataillons de volontaires et de la garde na-

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