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LES FEMMES GROSSES DEVANT L*£CHAFAUD

Que des femmes aient sacrifié leur honneur, pour sauver leur existence menacée, qui songerait à leur en faire grief? Elles savaient qu'une déclaration de grossesse pouvait, sinon leur assurer le salut, au moins prolonger leur vie de quelques semaines : qui leur reprocherait pareille défaillance ?

Disons-le pourtant, à l'honneur du sexe prétendu faible, elles eurent rarement recours a ce subterfuge. On les cite, celles qui ne montrèrent pas devant l'échafaud cet héroïsme tranquille qu'on a, bien à tort, comparé à une passivité résignée.

Elles se rencontrent dans tous les rangs, et on ne saurait en faire l'apanage d'une caste.

C'est la princesse de Monaco qui, du reste, rougira d'avoir recouru à un mensonge déshonorant pour prolonger ses jours ; mais c'est aussi la mère Duchesne, la femme d'Hébert, « l'homme au style de corps de garde et de coin de rue », selon l'expression de notre confrère Billard, qui nous révèle sa piètre attitude, en présence du couperet dont son triste mari avait éprouvé le tranchant.

Espérant gagner du temps, elle se déclare enceinte de trois mois; la femme Prioux (la sagefemme commise à cet effet remmène dans un local, près du greffe, où les deux médecins Thiérv et Bayard, dans un rapide examen, ne trouvèrent

aucun symptôme de grossesseet diagnostiquèrent

qu'il ni] avait pas lien à surseoir.

Écrasée d'humiliations et baissant le front sous le nom d'Hébert, elle traversa Paris sur la même charrette que la charmante et infortunée veuve de l'imprudent, spirituel et brave Camille, et, à l'instar du hideux pamphlétaire, son mari, elle tomba en défaillance devant la guillotine : on fut forcé de la hisser sur la plate-forme.

Pas plus que l'âge et la beauté, la qualité d'étrangère ne trouvait grâce devant l'inflexible tribunal.

i "ne jeune princesse polonaise, la princesse Lubomirska, dont il existe, au Musée Csartorvski, de Cracovie, un ravissant portrait, se trouvait a Paris, à l'époque de la Terreur. Sous l'accusation d'avoir entretenu avec la Dubarry une correspondance contre-révolutionnaire, on l'arrête et on 1 enferme à la Petite-Force, dans le quartier des filles dejoie!... Trois mois plus tard, elle comparaissait devant ses juges.

Fouquier-Tinville demande la mort pour celte femme, accusée d'avoir trempé dans un des comj»]«.t< tramés pour le salut de la reine. Le tribunal prononce la sentence réclamée par l'accusateur public.

La |>iiiK :esse se déclare enceinte de six semaines.

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Après examen, les officiers de santé prononcent qu'il n'y a pas le moindre signe de grossesse et que la jeune femme doit être livrée au bourreau.

Pour Mmes d'Hinnisdal et de Fleurv. pour la veuve de l'avocat général au Parlement de Paris, Jolv de Fleurv, mêmes constatations négatives : toutes ces jeunes femmes s'acheminent, dans la même charrette, vers le lieu d'expiation. Et qu'ont-elles à expier ?Leur jeunesse, leur rang, leur beauté !

Toutes les ruses, toutes les feintes sont déjouées et, quand elles sont découvertes, les juges n'en, sont que plus intraitables. C'est ce qui arriva pour Mme de Kolly.

Mme de Kolly était l'épouse d'un fermier général, placé à la tète d'une banque dont le véritable objet était de faire passer des fonds aux émigrés. Le mari est arrêté le premier le 11 janvier 1793; deux jours après, sa femme était, à son tour, incarcérée à l'Abbaye, puis de là, transférée à la Conciergerie.

Après l'exécution de son mari, Mme de Kolly, déjà mère de sept enfants, avait, dès le lendemain du jugement, mandé le commissaire de police de sa section et lui avouait que, « n'ayant aperçu, depuis le 26 février, aucun des signes de la nature, elle était enceinte depuis ledit terme ».

LEGENDES ET CURIOSITÉS bE L HISTOIRE

Deux médecins, Naury et Souberbielle, accompagnés de la sage-femme Paquin, sont alors commis à l'examen de la prisonnière. Les hommes dé l'art se déclarent dans rimpo$sibilité de conclure avec certitude ni dans un sens ni dans l'autre. On verra plus tard.

Cinq mois se passent. Un nouvel examen est requis.

Mme de Kolly déclare, cette fois, qu'elle a menti, au moment de ^a condamnation, en se disant enceinte, mais qu'elle t'est devenue réellement depuis ; « quelle était actuellement convaincue de sa gros . parce que ses menstrues

qu'elle attendait le 15 de ce mois, n'avaient poii.i paru; et qu'enfin, elle avait tous les symptômes de sse depuis trois semaines ».

Un nouveau sursis lui est accordé. Les hommes de 1 ait reviennent la visiter pour la troisième fois.

« Elle raconta, est-il consigné dans leur rapport, qu'elle avait eu une fausse couche le 20 sept ;mbre dernier, qu'elle l'avait tenue cachée et qu'elle pouvait nous en donneriez preuves, parce qu'elle avait conservé le fœtus dansunpotoù il y avait de l'esprit de vin, que nous nous sommes fait réprésenter et, l'ayant examiné, nous avons onnu par sa forme et ses dimensions, qu'il.

lit au moins quatre mois de conception, ce qui

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nous a déterminé à croire que la fausse couche n'a point existé, attendu quelle n'était grosse que d'après deux mois ; de plus, elle nous a déclaré quelle s'était mise depuis dans le cas de devenir grosse de nouveau, à peu près du 30 septembre au 1er octobre dernier; sur ce que nous lui avons demandé le nom de la personne avec laquelle elle avait eu affaire, elle nous a répondu qu'elle avait communiqué, dans les lieux d'aisances qui se trouvent dans la petite cour, avec un homme habillé de gris, vêtu simplement et de la moyenne taille, à elle inconnu et auquel elle avait donné un assignat de cinquante francs ; elle nous a affirmé ne l'avoir jamais vu que cette seule fois.

De suite, nous l'avons examinée et touchée; non seulement nous n'avons trouvé aucune marque de fausse couche, mais même aucun signe de grossesse. Par continuation de l'ordonnance portant que nous questionnions les concierges et guichetiers de ladite maison d'arrêt, nous les avons interrogés tous les uns après les autres ; ils nous ont répondu séparément et unanimement que tous ceux qui avaient des permissions d'entrer pouvaient communiquer avec les détenus par la petite cour, mais que personne ne pouvait monter dans leurs chambres que les quatre guichetiers, ainsi que son fils aîné, jusqu'au moment de sa détention.

D'où nous concluons que, malgré toutes les facilités des communications quelle a pu avoir, et toutes les raisons et subterfuges qu'elle a pu employer pour nous déterminera faire croire à sa grossesse, elle ne Test point et ne Ta pas été depuis qu'elle est en prison1. »

Le tribunal, se jugeant suffisamment éclairé, requérait l'exécution du jugement dans les vingtquatre heures. Le 8 octobre 1793, Sanson réclamait sa proie .

Mais, pourrait-on objecter, dans les cas relatés, il s'a°it surtout de simulation de o-rossesse, et la justice ne pouvait que suivre son cours. Voici l'histoire de trois femmes « qui virent approcher, dans l'angoisse et l'épouvante, le moment tite ta maternité : trois femmes dont la naissance de l'enfant fut le signal du supplice ».

La première, la citoyenne Marie- Anne Latreille, veuve-du général Quétïrieau, exécuté pour n'avoir pas réussi à battre les Vendéens, s'élant déclarée sur le point d'être mère, avait été séparée des autres condamnés. Les officiel-, de santé, « après un examen exact >, affirment qu'elle présentait tous les « sympthômes (sic) qui caractérisent ordinairement une grossesse d'environ quatre mois ». Elle p 'iivait se croire sauvée.

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