LEE
Mais ce sont là des détails de mise-en-scène, des escarmouches d'avant-garde sans importance.
La vraie partie ne s'engage que lorsque le flibustier, après avoir bien sondé le terrain et reconnu les points faibles de l'ennemi, démasque enfin ses grosses batteries et fait marcher son corps de bataille.
C’est alors que les phrases de roman s’avancent graves et tristes; que le soupir suit le soupir, comme la vague suit la vague ; que les yeux pratiquent une gymnastique mytérieuse : que les prunelles, enfer ou paradis, s’allument de flammes sinistres ou brillent d’une clarté langoureuse; que la tête, fidèle à ses instructions, se penche mollement à droite ou à gauche, suivent le dégré de mélancolie indiqué par la situation. C’est alors aussi que les ‘compliments entrent en ligne. D’abord fusées inoffensives, ils deviennent balles, puis obus, puis mitraille et boulets ramés.
LA
Cela dure quelques jours, quelques Semaines, quelques mois même,
Il semble que le Hasard— ce dieu qui voit plus clair qu'un vain peuple ne le pense— se plaise à mettre en face l’un de l’autre les féroces combattants.
Enfin, de timides, hésitantes, voiiies qu’elles étaient, les déclarations d'amour du flibustier deviennent directes et brûlantes.
Dans une scène à la Ponson du Terrail, l’habile homme se déclare brisé par une lutte épouvantable contre un sentiment qu’il n’osait avouer,—sentiment impla- Cable qui le conduira au tombeau, s’il n’est point partagé. I] dépose ses armes aux petits pieds de la triomphatrice, se Soumettant d'avance à un verdict, qui sera pour lui la vie ou la mort.
En semblables circonstances, les jeunes filles ne sont point
barbares. C'est là leur mc; n-
dre défaut. Aus:i, auatre-
vingt-dix-neuf fois sur cent, le flibustier ne reçoit pas son billet de passage pour la barque à Caron, mais bel et bien un aveu FONSISSENt 00
Et le tour est fait.
Ce n'est pas plus malin que ca: