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Terminons ce chapitre par quelques considérations au fil de la plume sur la manière de vivre et les relations de notre Lovelace dans le monde.
Autant, dans un salon, il est mManiéré, Complimenteur, cauteleux et d’une poh esse alambiquée,— autant, en dehors, avec le sexe barbu, il est sec, pédant et sot. Les petits succès qu'il remporte quotidiennement sur les poupées enrubannées qui font l’ornement de nos Salons ont doublé sa bêtise de fatuité. Habitué à triompher d'ennemis qui, pour la plupart, ne démandent D:S mieux que d’être vaincus et V mettent énormément de bonne grâce, notre individu se persuade aisément qu’il est Supérieur aux
autres hommes et que tout doit plier sous lui.
Ces demoiselles et ces dames Ont si souvent ri des fadaises apprises par ceux qui leur a r'écitées, que la Conviction la plus enl'aCinée dans Sa cervelle est qu’il a de l'esprit, Aussi, il faut voir avec quel vertigineux aplomb ji] Vous débite les ineffabilités les moins tolérables et les paradoxes les plus échevelés.
Le flibustier a beaucoup de Connaissances Mais fort peu d’amis. Ses façons CaSsantes et.
son insupportable fatuité le font fuir, à dix arpents à la ronde, des gens intelligents. Les sages l’évitent Par dégoût et les imbéciles, Par rivalité de Efofession.
S'il avait des revenus ou un Salaire décent, quelques parasi-
tes et une demi-douzaine de dés.
hérités feraient semblant d'éprouver pour lui de la sympathie, sauf à monter bonne garde autour de sa bourse.... mais— res horribile dictu ! —ces paltoquets-là n’ont jamais le sou...
pour la bonne raison qu’ils ont sans cesse été occupés de toute autre chose que de leur avenir et de leur établissement.
Ils vivent, pour le plus grand nombre, d’expédients, et il n’est Pas un pouce carré de leurs luxurieux vêtements sur lequel le tailleur n’ait une dizaine d’hypothèques.
Comment voulez-vous, maintenant, avec une bourse plate, de la bêtise à revendre et des prétentions ridicules, que quelqu'un de sensé marche dans votre sillage ?....
Aussi, Choyé, dorloté et gâté Par le chignon et la crinoline, le Pauvre flibustier est-il en complète défaveur auprès du pantalon.
Il s’en Console et s’en venge, en portant des Coups de plus en plus terrible aux Coeurs féminins -—<COUps qui ont Souvent de longs et douloureux échos dans Je camp des barbus.
Quand un flibustier de salon a jeté son dévolu sur une jeune fille, il décrit autour d’elle une Série de cercles Concentriques qui le rapproche bien vite de sa proie. Comme ces grands vautours qui, avant de fondre sur le gibier qu'ils Convoitent, planent un moment au-dessus, puis l’en ‘erment dans des spirales infranchissables, notre homme cultive d’abord les connais:
sances et les amis de sa future conquête. Anneau par anneau, et avec une persévérance digne d’une meilleure cause, il remonte cette chaîne humaine, jusqu’à ce qu'enfin il se soit hissé . assez haut pour entrer de plein pied dans le salon où trône sa Dulcinée.
Une fois là l’affaire est bonne et les choses marchent comme sur des roulettes.
Il ne s’agit plus que d'étudier le caractère de la jeune fille et de faire subir au sien propre les modifications exigées par les circonstances.
Tout cela, d’ailleurs, est prévu par le code de la flibuste, et il ne faut ici que posséder une bonne mémoire et se bien pénétrer de son rêle,
Il est bien entendu qu'à un sujet mélancolique, porté à la rêverie, il faut opposer une figure d'outre-tombe, pâlis par la poudre de riz, faiblement éclairée à la lumière Mourante de deux veux quasi-fermés, ct ri.
dée, de temps à autre, par de petits sourires tristes.
La pâleur Surtout est ici de rigueur. Car— comme la dit Emile Souv: tre—‘“les poètes en ont tant parlé, qu’il est désor:mais convenu que c’est le cachet d'une sensibilité profonde et d’une âme-type. Etre pâle est uñ don du ciel, un moyen de se faire une position Sociale, un état Comme celui de ventriloque ou d’albinos ; le tout est de tirer par ti de ce présent de la nature.”
Il est donc extrêmement im-
portant pour tout flibustier qui se respecte de savoir être pâle à de certaines heures. Il ne faut pas lésiner sur la poudre de riz, marchander avec le fard. Qui veut la fin veut les moyens; et ce n’est pas pour l’économie d’une misérable pincée de ces pr'écieux ingrédients que l’on voudrait s’exposer à manquer un effet ou à faire trainer un siége en longueur !.....