V.-Eugène DICK
Château-Richer, août 1879.
Legende des Forges du Saint-Maurice
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Cher lecteur, vous aimez sans doute les vieilles et naïves légendes du moyen-âge ! Eh bien !
dans vos voyages de touriste sur la rive nord du St-Laurent, je Vous conseille de suivre quelque jour la route désolée qui s’avance au-delà des coteaux des Trois- Rivières, et de vous rendre à ce nid qu’on appelle le Poste des Forges St. Maurice. Rien ne sent plus la légende que ce village, Lorsqu'on arrive au bord de la côte qui borne son horizon, et qu’on aperçoit, au pied, ces maisons longues et sombres, groupées autour d’un fourneau qui annonce plus d’un siècle d’existence; lorsqu’on regarde ce manoir qui rappelle les châteaux du
moyen-âge, on se demande si l’on n’est pas sous le coup d’une illusion; si, au lieu d'un village canadien, on n’a Pas sous les yeux un tableau qui nous retrace le lieu de quelqu’une des scènes qui ont effrayé et charmé notre jeune imagination.
L'isolement où se trouvent les Forges St. Maurice, par suite de la mauvaise qualité du sol environnant, cette petite rivière qui ne se gonfle jamais et ne tarit jamais, qui parait limpide, et dont les vases engloutiraient limprudent qui voudrait se baigner dans le cristal] trompeur de ses eaux, les fiots noirs du St.
Maurice qui se précipitent avec un sourd murmure dans la savane qui s’étend d’un côté avec Son impénétable fourré, le Coteau qui s’élance de l’autre cô-
té comme une imprenable muraille, tout fait de ce village un des endroits les plus mystérieux du Canada.
Mais, le soir, lorsru’on voit les flammes qui s'élèvent continuellement à plusieurs pieds au-dessus du fourneau, et répandent une lumière blafarde sur tout le village; lorsqu’én voit sous cette lumière les travailleurs errant comme des fantômes autour de leurs vieilles habitations, avec leurs vêtements noircis par le charbon et la fumée, et surtout lorsqu'on pense qu’il y a quelques années, le village était tout environné de plusieurs lieues d’épaisses forêts, on se sent l’ima gination surexcitée, et l’on se dit involontairement: “il doit s'être passé ici des choses étranges.” Il s’en est passé en effet, et
pour connaître ces choses-là vous ne serez pas obligé de faire cent lieues : interrogez le premier-venu du village, il vous en contera de terribles. La génération nouvelle n’a rien vu par elle-même, et cela n’est PaS surprenant: Ja demeure Proprette et moderne du Dr. Beauchemin, et la chapelle qui s'élève en face de cette maison semblent en effet nous dire que la religion et la civilisation ont pénétré dans les Forges, et que leur contact a fait fuir les apparitions et les Sabbats d’autrefois.
Un jour, je cheminais vers St.
Boniface avec le père Comeau, un bon vieux du temps passé :
nous arrivions à l'endroit appelé la Pinière, à quelques arpents seulement des Forges. Père, lui dis-je, il paraît qu'il s’est passé
autrefois, dans ces endroits-ci, bien des choses extraordinai:..
—Oui, monsieur, des choses | ) me on n’en voit plus auïs:,,.
hui. Dans ce temps-là, 1: :
min des Forges passait, out long, au milieu d’une epaisse +, rêt, je me rappelle bien d’avo::
VU Ça dans ma jeunesse.
— Connaissez-vous alors Je Poste des Foges ?-—S; je le connais ? Oui, je vous en assure.
C’est proche dela Pointe-du-I ac, ma paroisse, et puis je venais souvent travailler là, il y avait toujours de l'ouvrage, et l'on avait de si bons prix.
Dans les mortes Saisons, nous n'avions rien de mieux à faire que de venir y £agner quelques SOUS.-—Avez-vous eu connaisanvous-même des choses extraordiaaires qu’on raconte,
—J'ai eu connaissance de certaines choses, mais pas de toutes, j'étais trop jeune dans le temps; mais le plus vieux de mes frères a tout vu cela de ses yeux, tout entendu de ses oreilles.—Comme ça vous devez au moins avoir entendu raconter ces faits bien souvent: ne pourriezvous pas me les rapporter, cela abrégerait le chemin ?— Vous pourriez en trouver de plus savants que moi là-dessus, car je n'ai pas une bien bonne mémoire; mais enfin je vous raconterai volontiers ce dont je me souviens.
L'origine de tout ce qui arriva ainsi aux vieilles Forges se trouve dans une difficulté survenue entre M. Bell, propriétaire du Fourneau, et Melle Poulin, des Trois-Rivières,
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Mille Poulin avait aux environs des Forges des terrains couverts de superbes érables, et M. Bell faisait couper ces: érables pour en faire du charbon. Elle voulut l'empêcher comme de raison:
mais c’est en vain qu’elle fit procès sur procès, elle ne put jamais rien gagner. Mlle Poulin n’était pas des plus dévotes : puisque, dit-elle, je ne puis pas même empêcher les autres de prendre ce qui m'appartient, je donne tout ce que j'ai au diable!” Elle n’avait pas d’héritiers, et elle mourut sans faire de testament se contentant de répéter: “Je donne tous mes biens au diable ! Ils ne jouiront pas en paix de ce qu’ils m'ont volé !”
Le diable prit cette donation au sérieux, et depuis ce moment il se mit à agir en maître sur les
terrains qui environnent les Forges et dans les Forges même ; la vieille sembait aussi quelquefois venir en personne jeter la terreur au sein de Ja population.
Deux femmes s’en allaient à pied du côté de la ville: elles étaient un peu en deça de la Pinière, lorsque tout à Coup elles a- PerÇçurent quatre hommes qui portaient une tombe. C'était une chose bien étrange: mais ce qui était plus étrange encore, c’est que ces hommes ne Suivaient pas le chemin, ils s’enfonçaient dans le bois. Les deux femmes n’eurent pas peur d’abord; mais l’une d'elles ayant dit: “c’est Mlle Poulin qu’ils portent en enfer !” toutes deux furent saisies à l'instant d’une telle frayeur, qu’elles s’enfuirent à toutes jambes vers les Forges et renoncè-
rent à leur Voyage. La nouvelle eh un moment fit le tour du poste; tout le monde en parlait, et tout le monde avait peur.
Comme pour confirmer ce récit, on commença bientôt à voir chaaue après-midi, un homme qui se promenait sur le bord du Coteau, un papier à la main, semblant tenir ses Comptes. On le voyait parfaitement, et personne cependant ne pouvait lui distinguer les traits du visage. C'était cemme une ombre. I] n'avait Pas, à proprement parler, de couleur; mais s’il eût fallu lui en don ler une, on se serait accordé à dire qu’il était noir. Bien long- LEMpPS on vit cet homme mystérieux se promener ainsi chaque après-midi; et jamais personne n'ôsa aller lui adresser la parole.
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Les commères ne Mmanquaient pas de dire que c'était un £g'ardien que le diable avait mis sur ses propriétés, et qui tenait ses comptes.
Mais l'endroit où il y eut plus de bruit, ce fut au troisième coteau, à:la Vente-au-diable, comme on appelle cela encore aujourd'hui.
C'était précisément ce teirain qui avait été légué au diable :
aussi les démons y tenaient leur :
sabbat. A un certain endroit, ceux qui passaient Je SOI, voy aient un grand feu, et une quantité de personnes autour du feu:
ils entendaient des bruits de chaînes, des hurlements, des cris de rage, ou des éclats de rire à faire sécher de frayeur. Ils s’en.
tendaient appeler, ils entendaient des blasphèmes horribles: vous comprenez que les pauvres vVOy-
ageurs après avoir vu ou entendu de semblables choses, se rendaient aux Forges plutôt morts que vifs. C'était devenu une chose bien terrible que de sc “oir obligé de passer là durant la nuit, On avait peur d'y Passer même le jour, et PerSonne ne voulait plus aller bucher en cet endroit.
Il est arrivé que le diable se Montrait bien inoffensif et semblait prendre plaisir à amuser les Passants. Un dimanche, par un des froids les plus piquants du mois de janvier, les gens des Forges s’en allaient à Ja messe aux Trois-Rivières : arrivés à la V ente-au-diable, ils apercurent un homme qui était OCCUpé à se faire la barbe, auprès d'un arbre.
Îl était en Manches de Chemise, tête nue, et se Mmirait dans une Petite glace suspendue à l’écor-
pl
ce de l’arbre par une épingle. Les gens ne purent s'empêcher de rire en voyant une pareille farce, mais ils ne ne doutèrent pas que c'était le démon à qui il avait prit fantaisie de venir faire le drôle,
Présque tous ceux qui passaient à la Vente-au-diable avaient quelqu’avarie dont ils se Souvenaient longtemps. Souvent par exemple, les chevaux s’arrêtaient, tout-à-coup, comme s’ils eussent eu es quatre pattes coupées, et plus moyen de les faire repartir! C'était bien terrible de se trouver pris comme cela, en pareil endroit, surtout durant la nuit. Mon Dieu, je frémis, rien que d'y penser ! On dit pourtant qu’ils avaient un moyen infaillible de faire partir les che AUX, vous allez rire, mais ce n’est pas
moi qui ai inventé cela, on me la Conté cent fois: ils viraient leur bride à l'envers, et aussitôt les chevaux Partaient comme à l’é- Pouvante.
— Père, lui dis-je, il faut avouer que le moyen est passablement Singulier, mais je ne vous accuserai pas d’avoir inventé cela, car j'ai moi-même entendu lapporter la chose bien des fois.
— Vous voyez, reprit-il, qu’il Y avait beaucoup de choses 6.
tranges sur le Chemin des For-
£eS; mais aux Forges même, Je démon avai
Y avait chaque soir un gros chat noir qui venait se Coucher au pied du fourneau, à un endroit où iln’y a PAS moyen de résister une minute, tant la chaleur est é- Pouvantable, TI] restait là plu.
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sieurs heures de suite, les pattes appuyées sur le courant de crasse (gangue) qui coulait du fouineau. Les travailleurs essayaient de l'envoyer; ils lui donnaient des coups de barre de fer: le chat aussitôt se renflait le poil, et devenait plus gros qu'un demiainot. La peur s’emparait des hommes, ils le laissaient tranquille, et alors le chat revenait à sa grosseur ordinaire. Dans ce temps-là, c'était la façon d'aller passer un bout de veillée au fourneau, de sorte que tous les gens du poste ont vu ce fameux chat bien des fois. Quant il était resté longtemps, il se levait et, au lieu d’aller sortir par la porte, il semblait entrer dans le fourneau et disparaissait.
Vous savez que les flammes s'élèvent toujours au-dessus de
la cheminée du fourneau; el bien ! on voyait un petit bonhomme qui allait s'asseoir sur le bord de la cheminée et qui restait là, Souvent, une grande par:tie de la nuit.
Je me permis ici d'interrompre le récit du Père Comeau.
—Puisque le diable était à se montrer si souvent que cela, c'est donc que les gens des Forges étaient bien méchants !-]] y avait des méchants, ce qui ne doit pas surprendre, puisqu'il venait là des gens de toutes les parties du Pays, mais le grand nombre étaient d’assez bons chrétiens, qui se distinguaient par une gran£e foi. Ils ne faisaient pas leurs devoirs religieux aussi fidèlement que Îles gens des autres paroisses, mais il leur était impossible de faire mieux
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que cela. Il est arrivé des scandales parmi eux, mais assez rarement.
Le défaut des femmes était de médire, de sacrer, de se chicanner entre elles, de se crier des sottises d’une porte à l’autre. Le défaut des hommes était de blasphémer et de tenir de mauvais discours. Les mauvais discours se tenaient surtout par les jeunes gens qui se réunissaient au fourneau, ce qui explique peut-être la présence du chat dont je vous ai parlé.
Il arrivait aussi je crois que le bon Dieu permettait ces appa- ‘itions-là pour effrayer les gens et les retenir dans Y devoir. Ils avaient besoin de celà peut-être, ils étaient si isolés, si loin des prêtres !
Un samedi soir, le bourgeois
des Forges avait organisé un grand bal. Les travailleurs s’y trouvaient presque sans eXCeption.
On était sur le dimanche: il n'y avait plus dans les Forges que les deux ou trois hommes nécessaires au fourneau, les por--
tes et les fenêtres étaient fer- | mées gt barrées : et chez le bour- £eois les danseurs s’en donnaient de leur mieux, au son du violon.
Tout-à-coup, les portes et les fenêtres des Forges se trouvent uvertes, et le g10S marteau Commence à battre boum, boum, boum, comme si l’on eût été en plein lundi. Les deux ou trois personnes restées au fourneau et les plus proches voisins coururent voir ce que c'était. Ils aper- Surent un homme qui avait une jambe sous le gros Marteau, et
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qui tournait cette jambe sur un sens ct sur l’autre, pendant que le marteau battait, absolument comme on fait d’une barre de fer que l’on veut écrouir:. Les flammèches s'échappaient en quantité, et la jambe s’allongeait comme si cle eût réellement été de fer rougi. Les Spectateurs ne s’en tenaient plus d'épouvante.
Cependant il se trouva un homme assez brave pour s‘avancer et essayer de pénétrer dans les Forges, mais au moment où il arrivait dans la porte, tout se trouva fermé et barré comme auparavant. Il s’éloigna: les portes se rouvrirent et le mar tcau recommenca à battre.
On courut avertir le bourgeois.
Il vint promptement et put tout voir de ses yeux: il essaya de pénétrer dans les Forges, mais la
porte se trouva fermée et le marteau arrêté. Il donna ordre aussitôt de faire cesser la dan- Se. Chacun s’en retourna chez Soi bien elfrayé, et l'on n’entendit plus rien Je reste de la nuit.
Il y eut encore un autre fait du même entre.
Les Charretiers avaient pour habitude, du moins quelques-uns d’entre eux d'aller chercher un Voyage de mine le dimanche au Matin; on disait que c'était nécessaire afin qu’il y en eût assez Pour alimenter Je fourneau pendant toute la Journée.
Un dimanche, au soleil levant, plusieurs Charretiers s’en allaiént chercher des Charges avec leurs voitures à quatre roues et à deux chevaux.
Arrivés au haut de Ja côte, ils rencontrent quelqu'un qui reve-
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nait déjà avec une charge.
Cet homme était assis sur le devant de sa voiture, mais il avait son chapeau tellement sur les yeux que personne ne pouvait lui voir le visage. Les charretiers se mirent à l’insulter:
“Tu t'es levé bien matin; je crois que tu as passé la nuit en garouage. Qui es-tu ? Réponds donc, vilaine bête !”?
Le charretier noir ne disait mot; mais arrivé dans la côte, au lieu de faire un demi-cercle pour entrer dans le village, il s’avança tout droit, et disparu dans le précipice.
Les charretiers prirent cette vision pour un avertissement, et depuis ce temps ils se dépéchèrent plus le samedi et ne furent jamais obligés de travailler le dimanche.
Mais ce que tout le monde des Forges et des environs a entendu, ce que j'ai moi-même entendu mille fois de mes oreilles, c’est celte voix mystérieuse qu’on a appelé le BEUGLARD ! Cette voix se faisait entendre tous les soirs et souvent même pendant le jour: elle semblait venir de quelqu'un qui planait dans lJ’air.
Tantôt elle paraissait s’approcher, tantôt elle s’éloignait ostansiblement, tout en criant comme D l'ordinaire :
ha-ou ! ha-ou! Ils continuêrent à marcher sans rien dire. Mais le beuglard approchait toujours, et il vint un moment où il ne paraissait plus qu'à un demi arpent; ses cris ha-ou ! ha-ou ! retentissaient alors d’une manière effrayante au milieu des grands arbres qui les
environnaient. Pâles, les cheveux hérissés, les jeunes gens s’arrêtèrent et se regardèrent instinctivement. Mon frère, qui était le plus vieux, dit à ses compagnons :
“nous sommes fautifs, pour des catholiques c’est mal de marcher pendant la messe comme nous faisons, sans mên.e penser à prier. Arrêtons-nous et disons le chapelet, la Ste. Vierge nous protégera.” Ils déposèrent leurs fardeaux sur la neige, se mirent à genoux dessus, et commencèrent le chapelet. Le beuglard aussitôt se mit à reculer, sa voix diminuant à mesure, jusqu’à ce qu’elle s’éteignit dans la profondeur du bois.
Quand le beuglard nous faisait peur, nous avions tous recours aux mêmes moyens que mon frère aîné: nous faisions un bon si:
gne de croix et nous disions quelques prières. Il y en avait aiors qui priaient pour l’âme de Mlle Pouiin, parce qu’ils croyaient que c'était elle qui venait demander es prières.
D’autres croyaient que le beuglard n’était autre que le démon, qui vengeait ainsi les injustices faites à Mile Poulin, en reconnaissance de la cession qu’elle lui avait faite de tout ce qu’elle possédait. On a demandé bien des fois aux curés ce que cela pouvait être, ils n’ont jamais voulu se prononcer:
C'est singulier comme dans ce temps-là il paraissait y avoir des esprits partout. Tenez il n'y a pas longtemps que nous avons passé une côte appelée ln côte jaune; eh bien ! au pied de cette côte-làa, des charretiers voy-
aient un homme noir qui se tenait debout, et qu'on ne put jamais fairé parler. IIS avaient beau lui crier toute sorte de ch5ses, pour l’irriter et le décider à dire ce qu’il était, jamais ils n’a- Vaient de réponse. Un jeune homme S’AVisa, un soir, de présenter au fantôme une ardoise et un crayon, afin qu'il écrivit ce qu’il était ou ce Qu'il voulait.
L'homme noir prit l’ardoise et le crayon, et écrivit, mais per:sonne ne put rien Comprendre à son écriture.
Il 5e passa des choses extraor-dinaires même dans le temps où les forges ne marchaient plus.
On vit par exemple, en plein midi, un gros ours qui passait à petit pas au milieu du village.
Grand émoi de tous côtés ! Les chasseurs Saississent leurs fusils,
et aCCourent en toute hâte; on tire un coup, deux COUPS, trois COUPS, dix coups, vingt coups, et l'ours ne parait pas avoir une égratignure. Il s’avance lentement, comme s'il n'avait encore rien entendu ni rien senti, Un certain Michelin, bon Ivrog sic et bon sacreur, qui avait tiré plusieurs coups de fusil, se trou- Va dans une grande colère, I] dit à l'ours: “puisqu'il n’y a pas moyen de te tuer, tu vas tou- Jours me mener un bout !” et il sauta sur Ja mystérieuse bête.
L:le continua tout simplement Sa route, Michelin eut peur et descendit pPr'omptement de sa nouvelle monture.
Il y avait longtemps que nous marchions.— Père Comeau, lui dis-je, vous m’avez conté tant de choses extaordinaires, que je me
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