‹ Légendes et revenants [microforme]Chapitre 5 sur 11 · LAPS · texte numérisé non relu

LAPS

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sens tout effrayé et comme ahuri (ajoutez que les ténèbres qui nous entouraient n'étaient pas propres à me rassurer); cependant je voudrais que vous me parleriez d’un persennage qui 4 sa Célébrité aux Forges St. Maurice.—D'Edouard Tassé”? repritil aussitôt.— Oui, d'Edouard Tas sé; vous l’avez connu ?

—Je l’a: connu familièrement.

Je vous surprendrai peut-être e” vous disant que s’était un bon garçon. tel qu’on en rencontre rarement; mais ne doutez pas de ma parole, c’est la pure vérité.

Tout le monde aimait à travailler soùs son commandement.

“Allons, les enfants. disait-il, un petit coup de coeuï', nous nous reposerons ensuite.” Tous les hommes se mettaient à l'ouvrage, c'était un plaisir de voir comme

les choses MarChaient. Bientôt le repos promis arrivait, on badinait, on riait ensemble, on oubliait la fatigue. Tassé disait de nouveau: ‘allons les enfants, un petit coup de coeur maintenant !” tout le monde se mettait gaiement à l'ouvrage. On allait ainsi d'étape en étape; le soir arrivé personne ne sentait de fatigue, et il se trouvait qu'on avait fait beaucoup plus d'ouvrage qu'avec Certains bourreaux qui ne fai- Saient que tempêter autour des hommes, et ne leur: donnaient Pas Un moment de relâche. Tassé n'avait que deux défauts: il sacrait et il avait des entrevues àavecl e diable: le premier défaut avait produit le Second, mais tout de même C’étaient deux choses bien Surprenantes chez un homme de son caractère. Il n’y avait

pas à comprendre cet homme-là.

Le diable semblait le suivre partout pour le taquiner. Un jour, il se faisait mener par un charretier des Trois-Rivières: comme ils arrivaient à la Pointe-au-Diable, le cheval! s'arrête tout-àcoup, et impossible de le faire repartir. Tassé ne fait ni un ni deux, il débarque, fait quelques pas, et se met à s’entretenir avec un personnage invisible. Le charretier entendait bien deux voix différentes, il s’apercevait que la dispute était extrêmement vive, cependant il ne voyait que Tassé.

La frayeur le saisit, mais que faire ? Le cheval ne voulait point marcher. Après s'être ainsi chicané longtemps avec on devine qui, Tassé revint à la voiture et dit au charretier: “ça va aller maintenant.” En effet, le che-

al partit, et on se rendit sans entraves aux Forges.

Une autre fois il revenait de la Pointe-du-Lac et se faisait conduire par un habitant de la place. C'était en hiver et sur un beau chemin de glace. Tout-àcoup le cheval se met au pas, et commence à tirer sur le bout de la corne, comme s’il y avait eu dix hommes d’accrochés à la caviole. Iya quelque chose sous les lisses, dit le maitre du cheval; on débarque, on examine, il n’y avait rien. On part; c'était encore la même chose. “Je vois bien ce que c’est moi,” dit alors Edouard Tassé : et, mettant la main dans sa poche, il en tire une poignée de copes qu'il jette

dans la neive. Il sembla que la Cariole retombait sur le chemin, on entendit un bruit sec, pan !

et le cheval partit aussitôt grand train. Notre habitant se rendit aux Vieilles Forges, et il jura alors ses grands dieux que jamais Edouard Tassé ne mettrait le pied dans sa voiture.

Mais ce qui contribua le plus à faire la mauvaise renommée d’Edouard Tassé, c’est la bataille en règle qu'il eut un soir avec le diable:

I! en avait averti d'avance les gens de la maison où il se trouvait, et leur avait bien défendu de sortir, quels que fussent les cris qu’ils entendraient. Vers huit heures, en effet, une voix appela Tassé: il sortit aussitôt, et la bataille commença. Les COUPS retentissaient comme de vrais coups de masse; on entendait des cris de chat, des hurlements effrayants: quelques fois

les jouteurs, en se ruant sur la maison l’ébranlaient jusqu’à sa base, et faisaient tomber avec fracas le mortier qui retenait les pièces. Les enfants pleuraient, les femmes criaient, tout le monde pensait que Tassé allait se faire tuer par le diable. Au bout d’une demi-heure, le combat cessa, et Tassé entra dans la maison tout couvert de sueurs et de sang, Il] avait le visage et le corps meurtris, et sa chemise était déchirée en lambeaux. Cependant il se dit vainqueur: “Je SaVais bien, répéta-t-i] plusieurs fois, qu’il ne me battrait pas, je n’en ai pas peur.” Depuis ce moment, Tassé fut la terreur du poste des Forges St. Maurice, et l’on a mis sur son compte cinq cent fables plus effrayantes les unes que les autres.

Edouard Tassé est mort à St.

Boniface, il n'y a que quelques années, dans les sentiments d’un bon chrétien. Il n’est pas surprenant qu’il soit mort en bon Chrétien, car malgré tout comme je vous l’ai dit, c'était un riche Caractère.

—Père Comeau, pardonnezmoi si j'ose encore vous interroger; ne pourriez-vous pas me dire, pour terminer, sur quoi l’on s’appuie pour chercher un coffre-fort à la Pinière ?

— Voici ce qu’on m'en a compté, reprit le bon vieillard :

Melle Poulin était riche, elle avait beaucoup d'argent dans son Coffre-fort. Pour que personne ne pût mettre Ja main sur cet ar-

gent, elle le fit enterrer dans la Pinière, et jeta ensuite ses clefs dans le ruisseau. Elle mourut,

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