LEE
Mais, qu’on le sache bien, Je flibustier blasé, repu de succès, inaccessible aux chaudes émotions de Pamour, est encore plus à craindre que celui dont le coeur:
n’est pas complètement fermé à ce sentiment. Il tisse mieux sa trame, et sa tête, libre de toute entrave, calcule plus froidement les bonnes et les Mauvaises chan-
dns 0 ——
ces d’une attaque. La sensiblerié ou toute autre pensée de remords ne se mettant pas en travers de ses projets, c’est d’une main sûre et d’un oeil calme qu’il ajuste sa victime.
Aussi la pauvre fillette, dont la prédilection du bandit a fait Choix, circonvenue de toutes parts, enlacée dans des filets invisibles, fascinée par une force occulte, irrésistible, fatale, reçoit d’aplomb tous les coups et ne tarde pas à succomber...
N’allez pas croire que j’invente Ou que je charge à plaisir ce tableau des plus voyantes et plus sombres couleurs de ma palette !
Foi d’honnête homme, je n’exagère rien. Ilest à ma connaissance? personnelle que des faits de ce genre arrivent tous les jours et que leurs auteurs ne
sont pas marqués du fer rouge.
C’est que, voyez-vous, le flibustier (de salons—ce Bédovin pillard de coeurs que recouvre un vernis de civilisation—est un être à part dans la société, une sorte de bête féroce qu’on devrait fouetter et exporter au grand désert de Saharah. JIla la manie des conquêtes et est pris d’une véritable rage de se faire aimer, tout en gardant luimême la parfaite possession de son coeur.
Pour arriver à Son but, tous les moyens lui Sont bons. Il joint, à l’hypocrite finesse du renand, la ruse du serpent et la patience de la tortue. Que lui importe le trouble, qui lui importe le temps, pourvu qu’il puisse ajouter aux trophées de ses victoires bassées le coeur pantelant d’une
nouvelle victime !.